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Dopage: comment la Russie trichait, selon le rapport McLaren

Détruire, falsifier ou escamoter : pour protéger ses athlètes... (photo Andy Wong, archives AP)

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Détruire, falsifier ou escamoter : pour protéger ses athlètes dopés, la Russie avait mis en place différents systèmes, explique le rapport McLaren.

photo Andy Wong, archives AP

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Agence France-Presse
PARIS

Détruire, falsifier ou escamoter : pour protéger ses athlètes dopés, la Russie avait mis en place différents systèmes, utilisés avant les Jeux olympiques de Londres 2012, aux Championnats du monde d'athlétisme de 2013 et aux Jeux olympiques d'hiver 2014 de Sotchi, explique le rapport McLaren publié lundi.

JO 2012 de Londres : falsifier

« Dans un système classique de dissimulation, des échantillons sont collectés avant les compétitions, pour déterminer si les sportifs risquent d'être contrôlés positifs et donc s'ils doivent rester à la maison. Ces échantillons ne sont alors pas prélevés dans des flacons officiels et les résultats des tests ne sont pas enregistrés dans ADAMS » (NDLR, le système de gestion des contrôles antidopage de l'Agence mondiale antidopage).

> Consultez le rapport McLaren (en anglais seulement)

« Pour les Jeux de Londres, c'est une variante de ce système qui est utilisée. Avant les Jeux de Londres, les échantillons collectés sont prélevés dans des flacons officiels, mais les résultats des tests sont vérifiés par le laboratoire de Moscou pour déterminer la probabilité qu'un athlète soit testé positif lors des Jeux ».

« Cette probabilité est alors qualifiée par Grigori Rodtchenkov (NDLR le patron du laboratoire antidopage russe) de "rouge", "jaune" ou "verte". "Rouge" quand l'athlète sera contrôlé positif à Londres et doit donc être remplacé ; "Jaune" quand l'échantillon présente des traces de produits dopants, mais que l'athlète devrait être "propre" à temps pour les Jeux ; "Vert" quand l'athlète est propre et peut aller aux Jeux ».

« Avant les Jeux de Londres, la plupart de ces échantillons avaient été enregistrés dans ADAMS. Mais la méthode de "disparition des contrôles positifs" est alors utilisée par le laboratoire de Moscou, qui falsifie en négatif les tests positifs ».

« Certains des résultats de ces contrôles préalables aux Jeux de Londres ont pu être consultés, et 46 sportifs (NDLR, aucun nom n'est indiqué dans le rapport) sont identifiés, avec les produits dopants trouvés dans leurs échantillons. (...) Le laboratoire de Moscou avait détecté des niveaux extrêmement élevés de substances interdites. Excepté un cas, tous ces contrôles avaient pourtant été rapportés comme négatifs dans ADAMS ».

« En juin 2016, le CIO (Comité international olympique) demande la réanalyse des échantillons des Jeux de Londres. Dans ces réanalyses, les échantillons de huit sportifs russes apparaissent positifs. Deux d'entre eux font partie des 46 athlètes cités ci-dessus. Notre enquête a vérifié combien de ces 46 sportifs avaient décroché des médailles aux Jeux de Londres. Onze ont été médaillés ».

Mondiaux d'athlétisme 2013 de Moscou : falsifier et escamoter

« Les leçons des Jeux de Londres font que c'est un retour au système de dopage classique qui est privilégié, car le risque est trop grand que les échantillons prélevés avant la compétition soient ensuite retestés par une tierce partie comme l'Agence mondiale antidopage ».

« Avant les Mondiaux, les athlètes russes fournissent leur urine au laboratoire de Moscou, pour analyse, dans des flacons non officiels, et sans enregistrement des résultats dans ADAMS ».

« Pendant la compétition, les numéros d'échantillons des "athlètes protégés" sont envoyés par textos ou téléphone au laboratoire de Moscou (qui est chargé des contrôles durant la compétition, NDLR). Il est clair pour le personnel du laboratoire que sous aucun prétexte un de ces échantillons ne doit être rapporté comme positif ».

« Tous les autres cas de contrôles positifs sont transmis à l'officier de liaison (entre le laboratoire et le ministère des Sports, NDLR) pour qu'une décision soit prise par le ministère : SAUVER ou METTRE EN QUARANTAINE (les cas restent alors enregistrés comme positifs, NDLR). À noter que tous les cas concernant des athlètes étrangers (non Russes) ont été rapportés comme positifs ».

« Après les Mondiaux, le laboratoire met alors de côté les échantillons qui doivent être échangés : les bouchons sont enlevés et l'urine "sale" est remplacée avant que l'échantillon soit envoyé pour analyse dans un autre laboratoire, à la demande de l'IAAF, la fédération internationale ».

JO d'hiver de Sotchi 2014 : escamoter et détruire

« Le système d'échange des échantillons d'urine au sein du laboratoire de Sotchi est un cas unique, mis en place face aux circonstances. (...) La "méthode de disparition des cas positifs" fonctionne bien, sauf pour les événements internationaux où il y a des observateurs indépendants ».

« Avec l'aide du FSB (les services secrets), une méthode permettant d'escamoter les échantillons contenant les urines "sales" de sportifs russes dopés et de les ouvrir est mise en place pour Sotchi. Cette méthode est utilisée durant les Jeux de Sotchi, mais elle le sera à nouveau en décembre 2014, pour maquiller des échantillons positifs demandés par l'AMA pour réanalyse ».

« Le FSB était intimement impliqué dans ce système visant à permettre à des athlètes russes "sales" de participer. Le FSB avait développé une méthode pour ouvrir de façon discrète les échantillons afin de permettre un échange d'urine. Il fallait alors une "banque d'urine propre" dans laquelle puiser pour ces échanges ».

« Les échantillons A et B prélevés étaient subtilisés dans la pièce de stockage du laboratoire de Sotchi, via une "trappe à souris". Dans la pièce voisine, Evgueny Blokhine, un agent du FSB, était là. L'urine propre prélevée en amont sur les sportifs russes concernés était récupérée dans un frigo au FSB et amenée pour être dégelée. L'agent Blokhine ouvrait alors les échantillons A et B, et l'urine "sale" était remplacée par de l'urine "propre". (...) Puis les deux échantillons étaient remis dans la pièce de départ, à travers la "trappe à souris" ».

« En décembre 2014, Olivier Rabin, le directeur Science de l'AMA, demande au professeur Rodtchenkov de mettre en sécurité tous les échantillons conservés au laboratoire de Moscou. Il y avait alors 10 000 échantillons. Peu après, le laboratoire a détruit 8000 de ces échantillons datant d'avant le 10 septembre 2014 (dont ceux conservés depuis les JO de Sotchi, NDLR ) ».

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