101e Tour de France: des ducs et un roturier

Svein Tuft a une réputation de véritable battant... (Photo archives La Presse)

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Svein Tuft a une réputation de véritable battant au sein du peloton.

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Une semaine remplie de pièges attend les coureurs du Tour de France, qui débute aujourd'hui en Angleterre, avant la montagne et le match attendu entre Chris Froome et Alberto Contador, les deux têtes d'affiche de cette 101e édition. Svein Tuft et Christian Meier représenteront le Canada dans cette épreuve surhumaine de 3664 kilomètres. Le champion canadien nous a d'ailleurs confié ses états d'âme à la veille de sa deuxième participation à la Grande Boucle.

Il a pédalé 6000 kilomètres entre la Colombie-Britannique et l'Alaska en traînant son chien dans un chariot rafistolé. Il a pourchassé un loup qui voulait s'en prendre à son chien. Il est resté coincé 24 heures sur une paroi rocheuse lors d'une mésaventure en escalade. Il a passé un hiver complet sous une tente militaire pour le simple plaisir de tester ses limites.

Après 12 années dans le cyclisme professionnel, dont les six dernières dans le peloton européen, Svein Tuft se demandait bien à quoi rimait toute cette excitation autour du Tour de France. D'autant qu'il avait pris part à trois Giro et une Vuelta. Il a mieux compris l'an dernier lors de la 100e présentation de la plus célèbre des épreuves cyclistes. À 36 ans, le cycliste canadien est alors devenu la recrue la plus âgée à prendre le départ. Un autre genre d'aventure.

«Tu vas au Tour et tout est multiplié par 100, se remémore Tuft un an plus tard. La quantité de gens au départ, à l'arrivée, sur le parcours. C'est presque un stress constant. Tu n'arrives tout simplement pas à y croire jusqu'à ce que tu en fasses l'expérience.»

En dépit de quatre chutes, un «record personnel», il s'est rendu jusqu'au bout, sur les Champs-Élysées. Une dernière journée plus ou moins mémorable. «J'avais mal comme jamais. J'étais vraiment en piteux état. Mais j'ai juste continué à souffrir. Je savais que j'allais finir. Ça y était... À mon âge, tu ne sais jamais si tu feras un autre Tour.»

Le Britanno-Colombien a fini bon dernier, à près de 4 h 30 du gagnant Chris Froome, héritant de la «lanterne rouge», titre officieux dont il se soucie comme de sa dernière paire de chaussettes.

Quiconque a suivi le Tour de près sait que Tuft a été un atout précieux pour son équipe, Orica-GreenEdge.

Tuft a d'abord contribué à la victoire de son coéquipier Simon Gerrans lors de la troisième et dernière étape en Corse. Le lendemain, à Nice, il a été la locomotive qui a mené les siens vers la première place au contre-la-montre par équipes, propulsant Gerrans en jaune. Il a défendu ce maillot de leader, passé ensuite sur les épaules du Sud-Africain Daryl Impey, en roulant en tête pendant quatre jours.

«Il est reconnu dans le peloton: quand il s'assoit devant comme ça pendant une étape, ça se dit derrière», témoigne le Québécois Hugo Houle, membre de l'équipe AG2R La Mondiale.

Dans les deux dernières semaines, Tuft a terminé sixième du contre-la-montre individuel du Mont-Saint-Michel et s'est glissé dans des échappées.

«Je travaille pour l'équipe et ma place au classement général ne veut rien dire pour moi, glisse le spécialiste de l'effort solitaire. Tout ce qui compte, c'est qu'on a eu une course efficace, que j'ai été efficace et que j'ai fait mon travail. J'ai senti qu'on avait eu un excellent Tour, l'an dernier, tant sur le plan individuel que collectif. Tout le monde peut être fier de cette course.»

***

Même si le 101e Tour se limite à un seul contre-la-montre, Tuft a été choisi par Orica-GreenEdge pour être sur la ligne de départ, aujourd'hui, à Leeds, en Angleterre. Après un printemps qu'il a lui-même jugé décevant, sa prestation au dernier Giro fut suffisante pour convaincre ses patrons australiens.

En Italie, Tuft a eu l'honneur de revêtir le tout premier maillot rose à la suite de la victoire d'Orica au contre-la-montre par équipes. Ses coéquipiers l'ont laissé franchir la ligne le premier. En partie pour marquer son 37e anniversaire de naissance, mais surtout en raison de l'immense respect qu'ils ont pour le Canadien.

Tuft range cette victoire tout en haut de son palmarès personnel. «Au Tour, on n'avait aucune attente, c'était une belle surprise, relève-t-il. Mais au Giro, on était là pour gagner, et c'est toujours la position la plus difficile à occuper. [...] Et il y a quelque chose dans le fait que tout le monde donne 100% de soi-même en tant qu'unité. C'est probablement la chose la plus agréable à expérimenter dans le sport.»

Il songeait à quitter le Giro au début de la dernière semaine, mais une hécatombe dans son équipe l'a forcé à poursuivre la route jusqu'au bout. Lui-même victime d'une chute massive à la sixième étape, il a conclu son quatrième Tour d'Italie... à l'avant-dernier rang.

Plus important, il est reparti de l'Italie en grande forme, contrairement à l'an dernier. Il l'a senti dès la reprise de l'entraînement autour de chez lui à Andorre. «Quand tu veux toujours t'entraîner après un Grand Tour, que tu veuilles être là et pousser un peu, c'est un bon signe, signale-t-il. Je n'avais pas vécu ça avant. C'était donc pas mal cool.»

***

Cette forme exceptionnelle s'est traduite par deux victoires sans appel aux championnats canadiens de Lac-Mégantic, la semaine dernière. «Un avion», a résumé Houle, le vice-champion, après le neuvième titre de Tuft au contre-la-montre. Il a remis ça deux jours plus tard à la course sur route avec une échappée-fleuve de plus de 100 km en solitaire, un exploit individuel qui restera dans les annales.

«J'étais assez détruit après samedi», a concédé Tuft deux jours plus tard, en attente de son vol pour Londres après avoir passé la journée chez sa belle-mère à Boucherville. «C'était un tout autre niveau de douleur.»

Avec un seul CLM programmé à l'avant-dernier jour du Tour et en l'absence de leader pour le général, Tuft s'emploiera à épauler les Gerrans, Michael Albasini et autres Michael Matthews pour une victoire d'étape, l'objectif chez Orica.

Pour le reste, celui qui sera facilement reconnaissable à son maillot distinctif de champion canadien prône la décontraction. Venant d'un homme qui s'est mis à la compétition sur le tard, après une adolescence vouée à une douce errance, la recommandation prend tout son sens.

«Tu changes et tu grandis dans la vie, dit Tuft. J'en suis venu à accepter les choses [dans le vélo] telles qu'elles sont et je ne me bats plus contre elles. Au lieu, je les apprécie et je sais que c'est une courte période de ma vie. Je veux tirer le maximum de quelque chose que j'adore vraiment.»




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