Dopage: l'étau se resserre sur le Kenya

Le comité d'éthique de la Fédération internationale d'athlétisme... (Photo Khalil Senosi, archives AP)

Agrandir

Le comité d'éthique de la Fédération internationale d'athlétisme a annoncé lundi la suspension provisoire de trois responsables de la Fédération du Kenya, dont son président Isaiah Kiplagat.

Photo Khalil Senosi, archives AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Frédéric Bourigault
Agence France-Presse
Paris

Le Kenya bientôt comme la Russie? L'étau se resserre autour du pays africain et de ses pratiques dopantes, avec les suspensions lundi des trois plus hauts responsables de sa Fédération (AK) par la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF).

Le comité d'éthique de l'IAAF a annoncé lundi la suspension du président de l'AK Isaiah Kiplagat, de son vice-président David Okeyo également membre du conseil de l'IAAF, le gouvernement de l'instance internationale, et de Joseph Kinyua, trésorier de l'AK. Les motifs avancés font frémir: il s'agit d'agir «dans l'intérêt de l'intégrité du sport».

La commission d'éthique fonde ses décisions sur deux soupçons: «subversion potentielle du processus de contrôle antidopage au Kenya et détournement potentiel de fonds reçus par l'AK de la part de Nike».

Le président Isaiah Kiplagat est également soupçonné d'avoir reçu «deux véhicules motorisés de la part de la Fédération qatarienne d'athlétisme pour la période 2014-2015», selon le communiqué de la commission d'éthique.

Pour le moment, seules les têtes tombent, pas encore le système, au contraire de la Russie. Et le Kenya espère éviter le sort de ce dernier pays, suspendu de toute compétition d'athlétisme à neuf mois des Jeux olympiques de Rio.

Le conseil de l'IAAF, réuni vendredi dernier, a ainsi focalisé son attention sur le cas russe, laissant pour le moment de côté la question kényane.

«Vrai problème»

Celle-ci, pourtant, est brûlante. «Le Kenya a un vrai problème. S'ils ne travaillent pas sérieusement (contre le dopage), je pense que quelqu'un le fera pour eux», a averti sans détour Dick Pound, président de la commission d'enquête de l'Agence mondiale antidopage dont le rapport est à l'origine des soucis russes.

Un reportage de la télévision allemande ARD à l'origine des investigations contre la Russie, accuse également des athlètes kényans, qui dominent le demi-fond et le fond ainsi que les courses sur route à l'échelle planétaire.

La commission d'enquête doit rendre au début de 2016 la deuxième partie de son rapport, dont les conclusions pourraient être dévastatrices pour le Kenya et l'IAAF.

«Quand nous rendrons publiques ces informations, il y aura un effet de sidération. Je pense que les gens se demanderont comment cela a pu être possible. C'est une trahison complète de ce que les gens en charge du sport devraient faire», a asséné Pound dans la presse britannique.

Alors, le Kenya agit. Le 13 novembre, quelques heures avant la suspension de la Russie, le pays a annoncé la création «immédiate» d'une nouvelle agence antidopage nationale. Celle-ci «coopérera» bien évidemment avec l'AMA «dans ses activités de lutte contre le dopage menées au Kenya».

Samedi, le Kenya a abattu une nouvelle carte, en infligeant quatre années de suspension à Emily Chebet, double championne du monde de cross (2010 et 2013), pour usage de furosemide, un produit masquant. En tout, sept athlètes du pays ont été suspendus de deux à quatre ans.

Mouvement de révolte

Ces mesures font suite à la suspension pour deux ans en janvier de la star kényane du marathon Rita Jeptoo, contrôlée positive à l'EPO. Et à celles des sprinteuses Koki Manunga (400 m haies) et Joyce Zakary (400 m), positives en août pendant les Mondiaux de Pékin, où le Kenya a fini pour la première fois en tête du tableau des médailles (7 d'or, 6 d'argent et 3 de bronze).

Le mouvement de révolte semble bien plus ancré au Kenya qu'en Russie, où la loi du silence paraît difficile à combattre.

Une soixantaine d'athlètes se sont ainsi barricadés la semaine dernière pendant deux jours au siège de la fédération à Nairobi, pour demander le départ des officiels accusés de corruption et un examen approfondi des allégations de dopage.

Ils ont finalement quitté les lieux après avoir eu l'assurance que leurs griefs seraient écoutés.

«Les athlètes voulaient se faire entendre en manifestant. Ils voulaient aussi obtenir le droit de participer à la gestion de leur sport», a affirmé Wilson Kipsang, président de l'Association des athlètes professionnels du Kenya (PAAK) et ancien détenteur du record du monde du marathon (2h03:23. en 2013).

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Sports

Tous les plus populaires de la section Sports
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer