Démission du chef du laboratoire antidopage russe

Le siège social du Comité olympique russe et... (Photo Maxim Shemetov, Reuters)

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Le siège social du Comité olympique russe et de la Fédération russe d'athlétisme, à Moscou.

Photo Maxim Shemetov, Reuters

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Thibault Marchand, Frédéric Bourigault
Agence France-Presse
Moscou et Paris

Le chef du laboratoire antidopage russe a démissionné dans la nuit de mardi à mercredi après des accusations de «dopage organisé» dans l'athlétisme en Russie, qui va devoir s'expliquer rapidement pour éviter d'être bannie des Jeux Olympiques de 2016.

Le scandale concerne d'autres pays et d'autres sports, a prévenu la commission indépendante de l'Agence mondiale antidopage (AMA) en le révélant lundi dans un rapport explosif. Le document décrit un système de contrôle du dopage corrompu de la base au sommet en Russie, où l'État a recours au «dopage organisé» et où le laboratoire antidopage de Moscou, à qui l'AMA a retiré son accréditation, falsifiait des résultats «moyennant finance».

Selon l'AMA, 1417 échantillons ont été détruits en décembre 2014, à la veille de la visite de sa commission d'enquête qui avait signalé son arrivée au directeur du laboratoire, Grigory Rodchenko.

Ce dernier a présenté sa démission mardi soir au ministre russe des Sports Vitaly Mutki, qui l'a remplacé par une spécialiste du laboratoire, Maria Dikunets, selon les agences TASS et Interfax. «Il a décidé de démissionner pour emmener toute la négativité avec lui», a déclaré le ministre, cité par TASS.

Le rapport de plus de 300 pages relate également comment le laboratoire moscovite subissait des «interférences externes»: ordres verbaux du ministère des Sports, présence constante de membres des services secrets russes... Détruits, sabotés, étouffés, les résultats positifs n'étaient quasiment jamais révélés à la fédération russe d'athlétisme (Araf) ou à la fédération internationale (IAAF). Et s'ils l'étaient, les athlètes pouvaient payer l'une des deux organisations pour étouffer le scandale.

Concernant l'IAAF, son ex-président Lamine Diack est justement poursuivi par la justice française pour avoir reçu de l'argent pour cacher des pratiques dopantes, principalement en Russie.

La Russie, le Kenya et les autres 

Officiellement, le Kremlin est droit dans ses bottes, affirmant mardi que «les accusations» de l'AMA «sont infondées» et ne sont pas «étayées par des preuves». Mais la Fédération russe d'athlétisme a ensuite promis de «bientôt soumettre à l'IAAF un document (sur son) programme antidopage et les étapes concrètes de sa mise en oeuvre».

Car le temps presse pour la Russie de Vladimir Poutine, qui a organisé les JO d'hiver à Sotchi en 2014 et accueillera le Mondial de football en 2018: l'IAAF se réunit vendredi pour statuer sur une éventuelle suspension de la Fédération russe de toute compétition en athlétisme - dont les JO-2016 de Rio de Janeiro (Brésil), comme le réclame l'AMA.

«Je n'aimerais pas envisager cette option», a déclaré le ministre russe des Sports à TASS.

Le scandale va-t-il s'étendre, à neuf mois des JO de Rio?

«La Russie n'est pas le seul pays, ni l'athlétisme le seul sport, à faire face au problème du dopage organisé», assène l'AMA dans son rapport.

Par exemple, «le Kenya a un vrai problème. S'ils ne travaillent pas sérieusement (contre le dopage), je pense que quelqu'un le fera pour eux», a lancé sans détours lundi Dick Pound, président de la commission indépendante de l'AMA.

Selon plusieurs experts, le dopage organisé existe surtout dans des pays où le régime est fort. «De telles fraudes ne peuvent être qu'étatiques, avec plusieurs décideurs impliqués dont les services secrets», explique un spécialiste requérant l'anonymat, qui cite la Chine.

D'autres questions ont été soulevées par la chaîne allemande ARD, à l'origine de l'enquête de l'AMA. Dans un reportage, elle assurait qu'un tiers des 146 médaillés mondiaux et olympiques en athlétisme entre 2001 et 2012 pouvait être soupçonné de dopage, dont 18 Kenyans.

Outre l'athlétisme et le cyclisme avant lui, la natation, le ski de fond et l'aviron sont évoqués, comme le football: en septembre, ARD avait révélé une étude portant sur 4000 échantillons d'urine prélevés sur 879 joueurs en Ligue des champions de football, selon laquelle 7,7% des tests affichaient des taux de testostérone élevés.

En attendant de nouvelles révélations, des athlètes réclament déjà des médailles dont ils s'estiment lésés. Parmi eux figure l'Américaine Alysia Montano, 5e du 800 mètres des JO-2012, derrière Mariya Savinova (or) et Ekaterina Poistogova (bronze), deux Russes dont l'AMA demande la suspension à vie.

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