Les antibiotiques font dérailler des traitements anticancéreux

Le docteur Bertrand Routy ouvrira un nouveau laboratoire... (Photo fournie par Bertrand Routy)

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Le docteur Bertrand Routy ouvrira un nouveau laboratoire au Centre de recherche du CHUM afin d'effectuer des tests sur des patients qui reçoivent l'immunothérapie.

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L'immunothérapie est la nouvelle arme de prédilection des médecins contre certains cancers. Or, des chercheurs viennent de montrer que son efficacité pouvait être sapée par de simples... antibiotiques. Et dès janvier, un nouveau laboratoire sera créé au CHUM pour en savoir plus sur cette découverte qui risque de changer les pratiques médicales.

En caractérisant le microbiote intestinal de patients - l'ensemble des... (PHOTO THIERRY MEYLHEUC, FOURNIE PAR L’INRA) - image 1.0

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En caractérisant le microbiote intestinal de patients - l'ensemble des microorganismes qui vivent dans nos entrailles -, les chercheurs ont découvert qu'une bactérie en particulier est essentielle au succès de l'immunothérapie.

PHOTO THIERRY MEYLHEUC, FOURNIE PAR L’INRA

Imaginez que vous êtes médecin. Votre patient, atteint d'un cancer et affaibli, a contracté une petite infection urinaire. Avant de lui faire subir un traitement anticancéreux éprouvant, hop ! vous lui prescrivez un antibiotique pour qu'il soit dans la meilleure forme possible pour sa thérapie.

Le raisonnement est logique et abondamment appliqué - pas moins d'un patient sur cinq atteint du cancer consomme des antibiotiques. Or, la stratégie est peut-être à revoir. Selon une étude publiée cette semaine dans la prestigieuse revue Science, les antibiotiques peuvent faire dérailler les traitements d'immunothérapie, technique de pointe utilisée depuis quelques années, qui remplace la chimiothérapie contre certains cancers avancés du poumon, du rein et de la vessie.

« L'idée n'est pas d'être contre les antibiotiques - quand un patient souffre d'une infection bactérienne, il a besoin d'antibiotiques. Mais il faut s'assurer de donner les antibiotiques pour les bonnes raisons et de comprendre les conséquences », explique le docteur Bertrand Routy, médecin hématologue au laboratoire « immunologie des tumeurs et immunothérapie » à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, en France, et à l'Université Paris-Sud - Institut Gustave-Roussy.

La recherche vient expliquer, au moins en partie, pourquoi certains patients ne répondent pas à l'immunothérapie, pourtant considérée comme une révolution dans le traitement du cancer.

Elle s'appelait Akkermansia

C'est d'abord en étudiant les souris que les scientifiques ont découvert que celles qui prenaient des antibiotiques répondaient mal à l'immunothérapie. Voyant cela, le Dr Routy a eu l'idée de vérifier si la même chose se produisait chez les patients humains. En examinant les dossiers de 249 personnes traitées par immunothérapie, il a effectivement découvert que la prise d'antibiotiques avait un effet négatif sur la survie.

Comment un antibiotique peut-il faire dérailler un traitement contre le cancer ? En gros, parce qu'il tue de bonnes bactéries se trouvant dans notre système digestif.

Et pour savoir lesquelles, les chercheurs sont allés fouiller, littéralement, dans les selles des patients.

En caractérisant leur microbiote - l'ensemble des microorganismes qui vivent dans nos entrailles -, ils ont découvert qu'une bactérie en particulier est essentielle au succès de l'immunothérapie. Son nom : Akkermansia muciniphila. Pour prouver leur thèse, les chercheurs ont même créé des souris sans microbiote et leur ont greffé celui de patients qui répondaient mal aux traitements d'immunothérapie. Les souris, elles aussi, répondaient mal à la thérapie. Mais si on leur administrait Akkermansia muciniphila, l'immunothérapie reprenait du mordant contre le cancer.

Un labo à Montréal

La suite ? Bertrand Routy rêve déjà à des tests de selles qu'on ferait passer aux patients avant leur traitement d'immunothérapie. La fameuse Akkermansia muciniphila ne s'y trouve pas ? Hop ! Une pilule qui en contient, et le problème est réglé !

Avant d'en arriver là, cependant, il faudra faire plus de tests sur les patients. Et c'est à Montréal qu'ils seront faits. Bertrand Routy, Français d'origine qui a grandi au Québec, mais est retourné en France pour y faire un doctorat, sera de retour en janvier pour ouvrir un nouveau laboratoire au Centre de recherche du CHUM à cet effet.

Le Dr Routy vérifiera si d'autres bactéries, outre Akkermansia muciniphila, sont liées au succès de l'immunothérapie. Et il en administrera à des patients atteints de cancer du poumon, du rein, de la vessie et du foie pour documenter leur effet.

« Ce qui est beau avec cette découverte, c'est qu'elle a le potentiel de changer la pratique médicale très rapidement, souligne le Dr Routy. Ce n'est pas qu'un truc de souris qui n'intéresse pas grand monde ! »

***

Immunothérapie

Administrée depuis quelques années seulement sur certains patients, l'immunothérapie est une toute nouvelle approche contre le cancer. Plutôt que d'utiliser des médicaments puissants pour attaquer le cancer, comme le fait la chimiothérapie, l'immunothérapie vise à stimuler ou renforcer le système immunitaire du corps pour qu'il puisse mieux trouver et attaquer les cellules cancéreuses. Le traitement est pour l'instant utilisé contre le mélanome métastatique et certains cancers du poumon, du rein et de la vessie.

En sachant que 70 % de nos cellules immunitaires se trouvent dans notre système digestif, on comprend mieux l'importance d'avoir un microbiote en santé pour que l'immunothérapie fonctionne. Les chercheurs croient que la bactérie Akkermansia muciniphila « encourage » certaines cellules immunitaires à quitter le tube digestif pour aller attaquer les tumeurs.




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