Effets du cannabis: 1000 Saguenéens sous la loupe des chercheurs

À l'aube de la légalisation de la marijuana,... (Photo Marcio Jose Sanchez, Archives Associated Press)

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À l'aube de la légalisation de la marijuana, des chercheurs veulent dresser le portrait robot du consommateur susceptible de développer des problèmes en fumant son joint. Pour ça, ils viennent d'obtenir du financement pour poursuivre une ambitieuse étude qui suit plus de 1000 jeunes du Saguenay depuis maintenant 15 ans.

Photo Marcio Jose Sanchez, Archives Associated Press

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Le cannabis n'affecte pas le cerveau de tout le monde de la même façon. Et à l'aube de la légalisation de la marijuana, des chercheurs veulent dresser le portrait robot du consommateur susceptible d'éprouver des problèmes en fumant son joint. Pour ça, ils viennent d'obtenir du financement pour poursuivre une ambitieuse étude qui suit plus de 1000 jeunes du Saguenay depuis maintenant 15 ans. Explications.

ÉTUDE AUPRÈS DE 1092 ADOLESCENTS

Leur cerveau a été photographié par des appareils de résonance magnétique. On leur a prélevé du sang à partir duquel on a lu dans leurs gènes. On a cerné leur personnalité, écouté leur coeur, documenté leur consommation d'alcool et de drogues. Même leurs parents ont été scrutés à la loupe ! Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, pas moins de 1092 adolescents participent depuis 2002 à « L'Étude Jeunesse Saguenay », une vaste enquête visant à étudier les changements du corps et du cerveau pendant l'adolescence.

« D'autres études suivent des jeunes sur de longues périodes. Là où cette étude est unique, c'est dans les tests de haute technologie que passent les participants - imagerie par résonance magnétique, analyses génétiques », explique Tomáš Paus, professeur de psychologie et de psychiatrie à l'Université de Toronto et l'un des investigateurs principaux du projet.

ET ÇA CONTINUE

Le mois dernier, l'équipe de chercheurs a obtenu un financement de 1,2 million pour continuer à suivre les jeunes adultes que sont devenus ces adolescents.

« C'était très important pour nous, car nous avons accumulé beaucoup d'informations sur ces gens alors qu'ils étaient adolescents. Nous voulons maintenant savoir si ces informations peuvent être utiles pour comprendre leur cerveau et leur corps maintenant qu'ils ont entre 24 et 30 ans », explique le professeur Paus, qui tient à souligner la participation « exceptionnelle » des sujets de la région.

POT ET PROBLÈMES

Parmi les nombreux objectifs de l'étude, l'un attire l'attention alors que la marijuana est sur le point d'être légalisée au Canada. On sait que chez une minorité d'adolescents, la consommation de cannabis augmente le risque de souffrir de graves problèmes mentaux comme la schizophrénie. Pouvoir prédire qui, exactement, est à risque de développer ces problèmes s'avérerait un formidable atout pour la santé publique. « L'analogie n'est pas parfaite, mais c'est un peu comme le sucre et le diabète. Le sucre n'est pas bon pour les gens qui sont à risque d'avoir le diabète, et le cannabis n'est peut-être pas bon pour les gens qui sont à risque d'avoir des maladies mentales sévères », indique le professeur Paus.

CORTEX PLUS MINCE

Les chercheurs ont déjà fait des découvertes intéressantes. En sachant qu'une centaine de mutations génétiques connues favorisent l'apparition de la schizophrénie, ils ont attribué à chaque individu un pointage qui décrit sa propension à développer la maladie. « Ce que nous avons montré est que les garçons qui ont un pointage de risque élevé pour la schizophrénie et qui ont essayé le cannabis avant l'âge de 16 ans ont des cerveaux très différents des autres participants », explique Tomáš Paus. Sur les images prises par résonance magnétique, le cortex de ces garçons apparaît plus mince. Cette particularité ne touche pas les consommateurs de cannabis qui ont un faible risque pour la schizophrénie ni les adolescents qui ont un risque élevé mais n'ont pas touché au pot avant 16 ans. Signe que la testostérone joue sans doute un rôle, le cortex des filles, même fumeuses de marijuana et porteuses des variations génétiques liées à un risque accru de schizophrénie, ne présente pas non plus de différences prononcées.

LES RÉPONSES À VENIR

En soi, l'amincissement du cortex n'est pas nécessairement alarmant : il s'agit d'un processus qui survient normalement pendant la maturation du cerveau à l'adolescence. Le fait qu'il soit plus mince à un âge donné est-il un signal de danger ?

« C'est la question à laquelle nous voulons répondre, dit le professeur Paus. Nous allons maintenant revoir ces gens. Est-ce que ceux qui avaient des cortex plus minces à l'adolescence vont avoir une moins bonne santé mentale ? Vont-ils consommer plus de cannabis ? Est-ce que leur cognition sera moins bonne ? Ce sera très intéressant à vérifier », dit-il.

FUMEURS IMMUNISÉS ?

Le corollaire de la question est tout aussi intéressant : les fumeurs de cannabis dont le cortex n'est pas plus mince que la normale sont-ils immunisés contre les effets négatifs de la drogue ? Est-ce le cas des filles, par exemple ? « On dirait effectivement que ce n'est pas tout le monde qui est aussi susceptible d'être affecté par le cannabis. Pour le même usage, la même fréquence, les mêmes doses, les cerveaux de certains consommateurs ne semblent pas différents de ceux qui n'ont jamais consommé de cannabis, alors que d'autres montrent des différences importantes. Mais il faut faire attention : nous n'avons pas mesuré tous les paramètres du cerveau », répond Tomáš Paus, qui veut en savoir plus sur le sujet.




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