Un nouveau souffle pour les grands prématurés

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Le néonatologiste Guilherme Mendes Sant'Anna, de l'Hôpital de Montréal pour enfants

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Laurie Noreau
La Presse

Ils pèsent quelques centaines de grammes et tiennent dans la paume d'une main. Envers et contre tout, on réussit à sauver ces prématurés d'à peine 24 semaines de grossesse. Mais les néonatologistes ont parfois l'impression de jouer à la roulette russe quand vient le temps de retirer l'assistance respiratoire de ces grands prématurés, un problème sur lequel des chercheurs montréalais ont décidé de se pencher.

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La petite Saniya est née à 26 semaines de grossesse. Elle pesait à peine 900 grammes. On l'a tout de suite intubée à cause de l'immaturité de ses poumons.

Photo Alain Roberge, La Presse

La petite Saniya était pressée de voir le jour. Un peu trop au goût de sa maman Shanna Collins. À 26 semaines de grossesse, malgré un repos forcé, elle a mis au monde un minuscule poupon d'à peine 900 g.

Dès sa première bouffée d'air, Saniya était vigoureuse et s'est mise à pleurer. On l'a tout de même intubée à cause de l'immaturité de ses poumons. Les poumons sont les derniers organes à se développer, et c'est ce qui rend le système respiratoire des grands prématurés extrêmement fragile. De plus, ils produisent en trop petite quantité une substance qui lubrifie les poumons : le surfactant. Cette substance recouvre la paroi interne des poumons et empêche les petits sacs d'air appelés alvéoles de s'affaisser, facilitant ainsi la respiration. Privés de ce surfactant, les bébés doivent fournir plus d'énergie pour respirer.

Pour les aider, on insère donc un tube dans leur minuscule trachée en leur fournissant de l'oxygène par ventilation mécanique. Une intervention des plus délicates. À 28 semaines, cela concerne 80 % d'entre eux. À 24 semaines, ils sont tous intubés.

Certains gardent cette assistance respiratoire quelques jours, d'autres plusieurs semaines. Inévitablement, la question que redoutent tous les néonatologistes finit par arriver : est-ce le bon moment pour extuber le bébé ? « C'est terrible chaque fois », dit en soupirant le néonatologiste Guilherme Mendes Sant'Anna, de l'Hôpital de Montréal pour enfants.

« Il n'y a pas de protocole, on doit se fier à notre jugement clinique, et la décision est toujours subjective. »

« Présentement, on est dans une impasse », soutient-il. « Si on extube trop tôt, le bébé va rechuter et il faudra le réintuber. Ça arrive dans au moins 40 % des cas. Il faut éviter ça, car le bébé a déjà été en contact avec des bactéries et des microorganismes qu'on risque de repousser dans la trachée avec le tube. Les risques d'infection sont réels. Sans compter que c'est un énorme traumatisme pour un bébé. »

Leur laisser le tube trop longtemps n'est pas mieux. Leurs poumons sont très petits et la machine qui envoie l'oxygène est très puissante. « Même si on fait très attention, on peut endommager leurs poumons. C'est pourquoi il faut l'enlever le plus tôt possible », explique le DSant'Anna.

Devant cet obstacle auquel font face tous ces médecins, le néonatologiste a mis sur pied le projet APEX. Il mène actuellement une vaste étude sur des prématurés de moins de 28 semaines de gestation. Il souhaite mettre au point un modèle unique au monde afin de prédire le moment idéal pour retirer ce tube dans leur trachée. Il travaille en étroite collaboration avec le département de génie biomédical et l'École d'informatique de l'Université McGill.

« Ultimement, ce qu'on veut développer, c'est une machine qui va nous donner le feu vert ou le feu rouge pour faire la manipulation. »

La petite Saniya correspondait exactement aux critères recherchés par le Dr Sant'Anna. Elle a été intubée pendant une semaine. Dans son cas, tout s'est bien déroulé, et l'extubation a été un succès. Mais le DSant'Anna sait que l'issue n'est pas toujours aussi rose.

250 bébés en Amérique du Nord

Une seule visite dans l'unité néonatale a convaincu Robert Kearney, du département de génie biomédical de l'Université McGill, de se joindre à l'étude. Le professeur Kearney se souvient encore du plus petit prématuré qu'il a eu à côtoyer: 500 grammes à peine. « On ne peut pas imaginer à quel point c'est petit avant de les voir de nos propres yeux », reconnaît-il.

L'étude portera sur 250 cas et déjà, les données ont été récoltées sur 225 prématurés. Les tests ont lieu simultanément dans quatre établissements : à l'Hôpital de Montréal pour enfants, à l'Hôpital général juif ainsi que dans des hôpitaux de Detroit et du Rhode Island.

Lorsque le médecin décide que le temps est venu d'extuber le bébé, l'équipe entre sur la pointe des pieds dans la chambre du nouveau-né pour relever certains signaux. Pendant que le bébé dort à poings fermés, on lui installe de petites électrodes. Les battements de coeur, la saturation, les cycles respiratoires de la cage thoracique et de l'abdomen sont calculés pendant une heure. Puis, avec ces précieuses informations en poche, ils quittent la chambre, et le médecin peut procéder à l'extubation.

« Ce ne sont pas des données faciles à récolter, mais peu importe ce qui ressort de l'étude, la quantité de données qu'on aura accumulée pourra être très utile. On pourra dire : voici comment réagissent 250 bébés juste avant l'extubation. »

La prochaine étape consiste à analyser ces milliers de données et à combiner certaines caractéristiques pour en faire un outil de prédiction fiable.

Le Dr Sant'Anna a toujours une pensée pour les parents lorsqu'il y a des complications. « C'est difficile pour eux. Si on peut leur éviter ça en extubant au bon moment, on aura des bébés plus en santé qui pourront retourner à la maison plus rapidement », conclut-il.




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