Le bioverre, un «crumble» pour régénérer les os

Des gens dans un laboratoire de la société Noraker... (PHOTO ROMAIN LAFABREGUE, AFP)

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Des gens dans un laboratoire de la société Noraker fabrique du bioverre.

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Etienne BALMER
Agence France-Presse
VILLEURBANNE

La patiente est au bloc depuis plus de trois heures. Après avoir posé vis et tiges en titane pour réparer sa colonne vertébrale usée, les chirurgiens mettent la touche finale : un bioverre spécial, pour stimuler la reconstruction naturelle des os.

« L'intérêt du bioverre c'est qu'il va stimuler les cellules responsables de la repousse osseuse », les ostéoblastes, « et qu'il se résorbe totalement » dans l'organisme au bout de 3 à 6 mois, explique le professeur Cédric Barrey, chirurgien du rachis à l'hôpital Pierre Wertheimer de Bron, dans la banlieue lyonnaise, qui l'utilise depuis 18 mois.

Avant de refermer la zone incisée, le chirurgien la tapisse d'une trentaine de grammes de ce biomatériau ressemblant à du gros sel, humidifié pour former une masse compacte et cohésive, puis mélangé à des bouts d'os de la patiente prélevés lors de l'intervention.

« C'est une sorte de pâte de crumble » sourit Céline Saint Olive Baque, directrice générale de la société Noraker, un des rares fabricants au monde du « 45S5 », le plus vertueux des verres bioactifs, composé à 45 % de silicium, 24,5 % de calcium, 24,5 % de sodium et 6 % de phosphore.

Un usage longtemps confidentiel

Le bioverre a été inventé aux États-Unis en 1969, alors que l'armée américaine, embourbée au Vietnam, cherchait des solutions pour limiter le nombre d'amputations parmi ses blessés. Mais il est resté longtemps confiné dans les milieux de la recherche.

À ce jour, environ un million de patients dans le monde ont déjà été traités avec du bioverre. Soit une part très limitée du marché global des greffes et substituts osseux, qui s'élève à quelque 2,3 milliards de dollars, dont 800 millions environ pour les substituts synthétiques, selon des chiffres du cabinet GlobalData.

« C'est un produit qui coûte cher, car le silicium provient du quartz », justifie Mme Saint Olive Baque. En France, où il est remboursé par l'assurance-maladie, une boîte de 16 grammes coûte 230 euros.

Par ailleurs, « les chirurgiens ont besoin de temps pour être convaincus » de changer de méthode, et la fabrication du bioverre est « difficile à maîtriser », estime la directrice générale.

Dans son laboratoire de Villeurbanne, autre proche banlieue de Lyon, Noraker produit un kilo de bioverre par jour, par blocs de 500 grammes extraits de deux gros fours industriels après une cuisson à 1.400 degrés, 14 heures durant.

Au contact de l'eau froide dans laquelle il est plongé dès sa sortie du four, le bioverre passe instantanément d'un état de lave en fusion à celui de granules translucides, qui sont ensuite séchés, puis conditionnés.

D'autres applications en projet

Né en 2005 des travaux d'un chercheur de l'Institut national des sciences appliquées (Insa) de Lyon, Noraker a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires d'à peine 500 000 euros, pour moitié dans la chirurgie du rachis et l'autre dans le dentaire.

Mais Mme Saint Olive Baque est confiante pour l'avenir, tablant sur un doublement des ventes cette année, comme en 2015.

Les substituts osseux synthétiques affichent les plus forts taux de croissance du marché orthopédique et certains pays, notamment dans le monde musulman, « rejettent complètement » les substituts osseux d'origine humaine et animale, pour des raisons culturelles, souligne-t-elle.

La Turquie est ainsi le premier marché de Noraker, qui exporte 70 % de sa production. La société vend aussi en Égypte et en Iran, en Europe et en Amérique latine, et a enregistré en mai sa première commande en Asie, à Taïwan.

Quant aux États-Unis, marché clé de l'orthopédie, Noraker espère décrocher une autorisation de la FDA d'ici fin 2017.

La société vise aussi d'autres applications : depuis l'an dernier, elle commercialise une vis en bioverre associé à un polymère, un composé unique au monde destiné à favoriser la réparation des fractures des ligaments croisés du genou.

Une autre piste explorée est l'ajout direct de bioverre sur la surface de prothèses orthopédiques, pour qu'elles s'intègrent mieux aux os.

En partenariat avec l'Imperial College de Londres, Noraker travaille aussi sur un projet de cartilage artificiel à base de bioverre modifié, ce qui pourrait déboucher « d'ici 6-8 ans » sur des solutions concrètes contre l'arthrose, pronostique Mme Saint Olive Baque.

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