Des chercheurs repoussent la limite de la fécondation in vitro

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Elisabeth ZINGG, Delphine TOUITOU
Agence France-Presse
Paris

Des chercheurs sont parvenus à développer des embryons humains in vitro pendant une durée record, une avancée majeure qui pourrait améliorer les chances de réussite de fécondation assistée, mais qui soulève des questionnements éthiques.

Dans la fécondation in vitro (FIV), les embryons, développés en éprouvette, doivent être implantés au plus tard le septième jour dans l'utérus de la femme pour pouvoir survivre.

Une équipe internationale de chercheurs a réussi à cultiver des embryons humains pendant 13 jours avant d'arrêter l'expérience pour respecter la limite des 14 jours de recherche sur l'embryon actuellement en vigueur dans plusieurs pays.

Leurs travaux, publiés mercredi dans deux revues britanniques, Nature et Nature Cell Biology, ont été salués par la communauté scientifique comme des «étapes majeures».

Cela pourrait «révolutionner notre compréhension du développement de l'embryon à un stade précoce», estime Allan Pacey, professeur à l'université britannique de Sheffield.

«Cette nouvelle technique nous donne une opportunité unique de mieux comprendre notre propre développement pendant les stades cruciaux (tout premiers jours de la vie) et ce qui se passe par exemple lors d'une fausse-couche», explique le Pr Magdalena Zernicka-Goetz, de l'université de Cambridge, responsable de la partie des travaux menée en Grande-Bretagne.

«L'impossibilité pour un embryon de s'implanter (dans l'utérus) est une cause majeure de fausses couches précoces», rappelle-t-elle.

Les embryons développés pendant 13 jours l'ont été sans aucun contact avec des cellules maternelles, «ce qui montre la possibilité d'un autodéveloppement de l'embryon humain», ajoute-t-elle.

Pour autant, la chercheuse, qui avait précédemment expérimenté la technique sur des souris, n'a pas la certitude que les embryons étudiés présentent un développement parfaitement similaire à ceux développés dans l'utérus d'une femme.

Et après 14 jours ?

À partir du 14e jour, l'embryon se transforme en une structure primitive de l'humain avec une tête et une queue, «ce qui marque le moment à partir duquel l'embryon peut être considéré comme un individu», explique le Dr Peter Donovan de l'Université de Californie.

Pour leurs travaux, les chercheurs ont bénéficié d'embryons humains non utilisés dans les FIV.

Habituellement, plusieurs embryons sont développés pour une seule femme. Un ou deux sont réimplantés pour une tentative de grossesse. Les autres sont congelés pour être utilisés ultérieurement en cas d'échec de l'implantation précédente, de fausse-couche ou de volonté d'une nouvelle grossesse. Le surplus d'embryons peut être utilisé à des fins scientifiques.

Ces études relancent le débat sur la recherche sur l'embryon encore interdite dans certains pays comme l'Italie. D'autres comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie limitent la recherche à 14 jours.

En France, la recherche sur l'embryon est autorisée depuis 2013, mais strictement encadrée par l'agence de biomédecine.

La question de prolonger la limite des 14 jours est posée chez les scientifiques, a observé le Pr Zernicka-Goetz lors d'une audioconférence organisée depuis Londres.

Pour sa part, elle a suggéré la possibilité de prolonger de deux jours la limite fixée au développement de l'embryon in vitro (soit 16 jours) pour étudier la troisième étape de formation de l'embryon (dite «gastrulation»).

«Proposer de repousser la limite de 14 jours ouvrirait-il la boîte de Pandore ou serait-ce une mine d'informations ?», demande Robin Lovell-Badge de l'Institut britannique Francis Crick.

Henry Greely, professeur de génétiques à l'école de médecine américaine s'interroge de son côté sur l'intérêt de maintenir en vie plus longtemps des embryons in vitro pour obtenir «des précisions sur le développement humain précoce» alors que l'on n'a «pas d'informations détaillées» sur l'embryon dans l'utérus au tout début de la grossesse.

«Nous pourrions peut-être (...) étudier les causes potentielles de l'autisme et trouver pourquoi des produits chimiques dans l'environnement peuvent affecter le développement de l'embryon», estime pourtant le Dr Donovan.

«La science possède désormais une méthode pour étudier une période clé du développement humain qui jusqu'à présent était largement méconnue», souligne-t-il enfin.

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