Allergies respiratoires: voyage au coeur des acariens

Literies, moquettes, rideaux, vieux livres, peluches, toutes les... (Cereal Research Centre)

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Literies, moquettes, rideaux, vieux livres, peluches, toutes les maisons, même les plus propres, abritent des acariens.

Cereal Research Centre

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Etienne BALMER
Agence France-Presse
Hørsholm

Depuis son campus dans un parc boisé à Hørsholm, une petite bourgade au nord de Copenhague, le danois ALK, numéro un mondial des traitements de désensibilisation aux allergies respiratoires, pilote sa recherche et sa stratégie d'un développement international croissant.

Au microscope, Gitte Hansen observe une nuée d'acariens, mâles, femelles et larves, s'ébrouer joyeusement dans une petite boîte transparente, au milieu d'une généreuse nourriture composée de levure, sucre, graisse, protéines et vitamines.

« Je les aime bien. Parce que je prends soin d'eux, mes collègues m'ont surnommée la "maman des acariens"! », s'amuse la chercheuse qui les étudient chez ALK depuis une trentaine d'années.

Les acariens, ou plutôt les protéines que contiennent leurs excréments sont l'une des principales causes d'allergie au monde.

Comme les pollens de graminées, de bouleau ou d'ambroisie, ALK les importe des États-Unis, puis les transforme à Hørsholm en ingrédients actifs d'immunothérapie allergénique, qui combat la racine du mal - l'intolérance du système immunitaire à un allergène - plutôt que ses symptômes.

Réduits à l'état de poudre, les acariens sont baignés à l'eau froide et salée dans une cuve ressemblant à un gros tambour de lave-linge.

Cette mixture brunâtre, guère ragoûtante, permet d'extraire leurs protéines, lesquelles sont ensuite filtrées, purifiées, concentrées puis congelées, avant d'être incluses dans des comprimés effervescents chez un sous-traitant en Grande-Bretagne.

Selon ALK, les comprimés standardisés devraient à terme supplanter les autres modes d'immunothérapie allergénique que sont les gouttes sublinguales et les traitements injectables, des allergènes préparés spécialement pour un individu (Apsi), que le groupe produit également, mais qui nécessitent une logistique très lourde.

L'asthme allergique dans le viseur

« Il y a une tradition en Europe pour les Apsi, mais nous voyons un très gros potentiel pour les comprimés aux États-Unis, au Japon et à terme en Chine », estime Steen Riisgaard, le président d'ALK, qui s'appuie sur des partenaires commerciaux locaux, comme Merck aux États-Unis.

Le groupe, qui a réalisé l'an dernier quelque 320 millions d'euros de ventes, dont 75 % en Europe, prévoit une croissance organique de 10 % cette année et une croissance à deux chiffres de ses produits en comprimés.

Son capital est détenu à 42 % par la fondation industrielle danoise Lundbeck, le reste étant coté à la Bourse de Copenhague.

Une telle structure d'actionnariat, fréquente au Danemark, « est un très bon modèle, car cela oblige une entreprise à avoir une vision de court et long terme à la fois », estime la présidente de la fondation Lundbeck, Lene Skole.

ALK peut ainsi se permettre d'allouer chaque année 20 % de son chiffre d'affaires dans sa recherche-développement, un niveau sensiblement supérieur à la moyenne du secteur pharmaceutique.

Cela lui a notamment permis de travailler sur la prévention de l'asthme allergique chez les enfants en bas âge.

« D'après les données d'une récente étude clinique que nous avons menée, il est très probable que l'immunothérapie allergénique permette de prévenir significativement et durablement l'asthme allergique chez les enfants », selon Henrik Jacobi, chef de la recherche-développement du groupe.

Cela pourrait devenir à terme un important relais de croissance pour le groupe, qui cherche à dépasser le marché mondial de l'immunothérapie allergénique, lequel ne pèse qu'un milliard d'euros.

Car si les allergies touchent 20 % de la population mondiale, l'immunothérapie allergénique ne se destine qu'aux personnes atteintes de formes sévères d'allergies, « soit 5 à 15 % de la population allergique », rappelle Søren Niegel, vice-président exécutif d'ALK.

Par ailleurs, « les allergies sont un problème de pays riches : plus votre environnement est propre, plus vous risquez de devenir allergique », souligne M. Niegel.

Aussi moins de 5 millions de personnes dans le monde, essentiellement en Amérique du Nord et en Europe, suivent un programme de désensibilisation, souvent onéreux et qui dure entre trois et cinq ans. ALK pointe aussi un problème de « méconnaissance » des médecins de ces solutions dans le reste du monde.

Cette année, le danois a profité des déboires de son grand rival Stallergenes Greer, dont la production à Antony (Hauts-de-Seine) avait été suspendue de décembre à mars en raison d'un vaste problème informatique, pour lui ravir la première place sur le marché français. Avec la ferme intention de la conserver.

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