Lutte contre le cancer: le voeu d'Obama se réalisera-t-il ?

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Barack Obama

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RENAUD MANUGUERRA-GAGNÉ

Collaboration spéciale

La Presse

Traçant un parallèle avec la course à l'espace, qui a permis d'envoyer un homme sur la Lune, Barack Obama a promis mardi de consacrer des efforts aussi importants pour éradiquer le cancer. Cet objectif est-il réaliste ? Épreuve des faits.

Des centaines de maladies

Tous les cancers ont une caractéristique commune: une cellule échappe aux mécanismes de régulation de notre corps et se multiplie indéfiniment, aux dépens de l'individu dont elle fait partie. Au-delà de cette définition simpliste, les cancers, eux, sont extrêmement variés. On connaît certains grands responsables (la cigarette, l'alimentation, certains gènes). Cela dit, les causes d'un cancer sont presque infinies. Une personne leucémique n'a pas la même maladie qu'une autre atteinte d'un cancer du sein. Deux personnes atteintes d'un cancer du poumon n'auront pas la même cause à son origine. Par «cancer», on désigne donc des centaines de maladies avec des caractéristiques communes. C'est pourquoi un remède au cancer n'est pas si facile à obtenir...

Dix ans, objectif réaliste?

Pour de nombreux chercheurs, un remède universel pour le cancer n'est pas envisageable d'ici dix ans. Pour Tarik Möröy, directeur scientifique de l'Institut de recherches cliniques de Montréal, «on peut guérir certains cancers. Les leucémies infantiles sont aujourd'hui guéries dans 75% des cas. Un taux de 100% est parfaitement réalisable d'ici dix ans. D'autres peuvent passer du statut de maladie mortelle à celui de maladie chronique, où le patient conserve une très bonne qualité de vie pendant des années. Toutefois, d'autres cancers sont encore trop complexes et leur guérison dans 10 ans n'est pas envisageable». Pour le Dr Jean-Sébastien Delisle, hémato-oncologue à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, «cet engagement montre deux choses: les avancées récentes sont très encourageantes et cela donne l'espoir d'un meilleur financement».

«Pour les proches que nous avons tous perdus, pour les familles que nous pouvons encore sauver, faisons des États-Unis d'Amérique le pays qui va guérir le cancer une fois pour toutes !»

Barack Obama
durant son discours sur l'état de l'Union

Un allié: le système immunitaire

L'immunothérapie pourrait être la clé pour réaliser la promesse présidentielle. Cette méthode écarte la chimiothérapie au profit d'agents beaucoup mieux ciblés ainsi que d'un allié naturel: notre système immunitaire. Les cellules cancéreuses sont capables d'échapper au système immunitaire. C'est ce qui leur permet de se développer. L'objectif de l'immunothérapie est d'activer les globules blancs et de leur permettre d'identifier et d'attaquer les cellules cancéreuses. En isolant ces cellules immunitaires, on peut les éduquer à reconnaître des cellules tumorales et à les détruire. On peut aussi utiliser des anticorps conçus en laboratoire pour activer certains mécanismes antitumoraux. Bien qu'extrêmement prometteuse, cette méthode n'est pas universelle. Les chercheurs devront développer une immunothérapie propre à chaque cancer.

L'argent, le nerf de la guerre

Le meilleur moyen de trouver des remèdes efficaces est le financement public. «Au cours des dernières années, le financement de la recherche publique a atteint des niveaux catastrophiques», explique le Dr Delisle. Pour le professeur Möröy, «on a beaucoup misé sur les sociétés pharmaceutiques. Même si certains partenariats ont financé des laboratoires, beaucoup de projets prometteurs ont dû être arrêtés. Au Canada, on espère que le nouveau gouvernement va changer ça». Pour certains, la meilleure option reste un modèle mixte privé et public, où des molécules développées par l'industrie pourraient être combinées par des chercheurs dans des projets hospitaliers. Mais pour que cela fonctionne, il faut continuer de financer les centres de recherche et la recherche fondamentale.

Du laboratoire au patient

La recherche clinique, c'est le nom donné au passage obligé entre le laboratoire qui a conçu la molécule et l'étape ou l'on vérifie son efficacité chez de vrais malades. C'est aussi l'étape où peuvent rester piégés de nombreux médicaments. «Mon rêve serait que tous les patients qui ne répondent à aucun traitement puissent prendre part à des protocoles expérimentaux, explique le Dr Réjean Lapointe, du CHUM. Mais la recherche est comme un entonnoir. Il faut énormément de projets fondamentaux, et là-dessus, très peu vont se rendre au patient. Beaucoup d'équipes compétentes se trouvent au Québec, mais le financement doit aussi être au rendez-vous.»

Le verdict

Grâce à une meilleure prévention, de meilleurs moyens de détection et de nouvelles thérapies permettant le traitement et le contrôle des cancers, il serait possible de transformer certains cas en quelque chose de relativement bénin et facile à prendre à charge. Mais de là à guérir tous les cancers, il y a un énorme pas à franchir. Toutefois, l'ère où le diagnostic de cancer constituait systématiquement un arrêt de mort pourrait être révolue. Pour le Dr Lapointe, «des patients atteints de mélanome il y a 10 ans n'avaient aucune chance de survie. Maintenant, on peut en sauver 25% grâce à l'immunothérapie. En combinant plusieurs thérapies prometteuses, on risque d'avancer encore plus vite au cours des 10 prochaines années».

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