Certains vaccins pourraient doper la virulence d'agents pathogènes

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Ces vaccins sont conçus pour reproduire une forte réaction immunitaire que le corps humain développe naturellement après avoir été exposé à ces maladies.

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Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse
WASHINGTON

Certains vaccins pourraient doper la virulence d'agents pathogènes, selon une recherche sur le virus de la maladie de Marek chez les volailles publiée lundi, un phénomène observé pour la première fois expérimentalement qui conforte une hypothèse controversée.

De tels vaccins dits imparfaits protègeraient les individus vaccinés tout en permettant au virus de survivre et d'évoluer pour devenir plus virulent. Il infecterait ainsi les sujets qui n'ont pas eu le vaccin, les rendant encore plus malades, expliquent ces chercheurs dont les travaux paraissent dans la revue américaine PLOS Biology.

«Les tests effectués avec le vaccin imparfait contre le virus de la maladie de Marek chez des poulets vaccinés et non vaccinés ont révélé que ces derniers sont morts en dix jours tandis que ceux avec le vaccin ont survécu, mais en continuant à transmettre un virus plus dangereux aux autres volailles avec lesquelles ils étaient en contact», explique le professeur Venugopal Nair, directeur du programme des maladies virales aviaires à l'Institut Pirbright au Royaume-Uni, un des principaux coauteurs de ces travaux.

Ces chercheurs n'ont pas pu prouver que le vaccin était directement responsable de l'évolution de ces souches plus virulentes. Ce n'est pas aussi clair que le phénomène d'évolution des microbes qui deviennent résistants aux antibiotiques, relèvent-ils.

Mais cette recherche montre la forte corrélation entre la vaccination et le développement de souches du virus de Marek qui est devenue, avec le vaccin, beaucoup plus dangereuse pour les volailles. Avant les vastes campagnes de vaccination pour protéger les élevages, cette maladie n'était pas mortelle et sa contagion était beaucoup plus lente, rappellent ces scientifiques.

«Notre étude démontre que l'utilisation de vaccins imparfaits peut promouvoir l'évolution de souches virales agressives qui font courir un plus grand risque aux individus non vaccinés», a résumé le professeur Nair.

Inquiétude pour les vaccins en développement

Mais ce phénomène n'a été observé, jusqu'à présent, qu'avec des vaccins contre des agents pathogènes affectant les animaux. Les vaccins humains actuels sont «parfaits», permettant à la fois de protéger les personnes contre les virus et d'empêcher la transmission.

«Quand un vaccin fonctionne parfaitement comme ceux contre la variole, la polio ou la rougeole pour les enfants, les sujets vaccinés sont non seulement protégés, mais ils ne transmettent pas le virus aux non-vaccinés», a souligné Andrew Read, professeur de biologie et d'entomologie à Penn State University, un autre coauteur.

Ces vaccins sont conçus pour reproduire une forte réaction immunitaire que le corps humain développe naturellement après avoir été exposé à ces maladies.

Mais il y a une inquiétude pour les futurs vaccins actuellement en développement contre Ebola, le paludisme ou, dans le futur, contre le VIH, le virus responsable du sida, ont estimé ces scientifiques.

Dans la mesure où il est quasiment impossible de développer une immunité naturelle totale contre ces infections, il est probable que les premiers vaccins efficaces qui seront produits seront «imparfaits» avec un risque d'intensifier la virulence de ces virus, estiment les chercheurs.

Mais ils s'accordent à dire avec d'autres scientifiques qu'un vaccin même «imparfait» sera mieux que rien et représentera malgré cela une percée très importante contre ces maladies dévastatrices.

«C'est important de ne pas interpréter cette étude comme un argument contre la vaccination des enfants contre la grippe et d'autres maladies», a par ailleurs souligné Peter Openshaw, professeur de médecine expérimentale à l'Imperial College London dans un communiqué, et qui n'a pas participé à cette recherche.

«Les vaccins actuels sont le moyen le plus sûr et le plus efficace pour protéger la santé publique contre les maladies et ne risquent pas de provoquer l'émergence de souches virales plus dangereuses», a-t-il insisté, soulignant «l'importance de parvenir à un taux élevé de vaccination».

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