Le squelette que tout le monde s'arrache est l'ancêtre d'Indiens

«L'homme de Kennewick» est plus proche des Amérindiens... (Photo Elaine Thompson, Archives AP)

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«L'homme de Kennewick» est plus proche des Amérindiens modernes que de toute autre population dans le monde entier, révèle l'étude.

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Laurence COUSTAL
Agence France-Presse
PARIS

«L'homme de Kennewick», 8500 ans, au coeur d'une véritable guerre entre Indiens, anthropologues et adeptes du culte d'Odin, est génétiquement lié aux Indiens d'Amérique, révèle jeudi une étude publiée dans Nature.

«Nous constatons que «l'homme de Kennewick» est plus proche des Amérindiens modernes que de toute autre population dans le monde entier», annoncent les coauteurs de l'étude, après avoir réussi à séquencer l'ADN de l'homme préhistorique.

Une prouesse scientifique, bien sûr, qui revêt aussi une importance juridique potentielle: depuis près de 18 ans, tout le monde semble vouloir récupérer ce squelette.

Le 28 juillet 1996, deux spectateurs d'une course d'hydroglisseurs sur la rivière Columbia, près de Kennewick dans le nord-ouest des États-Unis, trébuchent sur un crâne en se trempant les pieds. «L'homme de Kennewick» est déterré. Âgé de 45 à 50 ans, il est décédé de mort naturelle mais déclenche 8500 ans après une vraie guerre juridique.

Cinq tribus indiennes - Umatilla, Yakama, Colville, Nez Percés et Wanapum - déposent une plainte en nom collectif, convaincus qu'il s'agit des restes d'un de leurs ancêtres. «Notre religion nous enseigne que nous avons toujours vécu ici, que nous avons été créés ici», disent-ils. Pour eux, il s'agit de «l'Ancien» et il a droit à une sépulture digne de ce nom.

Huit scientifiques portent également l'affaire en justice pour être autorisés à examiner «l'homme de Kennewick». Anthropologues et archéologues débattent depuis longtemps des origines des premiers occupants des Amériques. Leurs ossements sont rares et «L'homme de Kennewick» est précieux. Seule l'analyse de son ADN pourra lever le voile sur sa descendance.

L'affaire se complique encore quand l'Assemblée du peuple Asatru, un culte californien dont les dieux se nomment Odin et Thor, fait aussi appel à la justice fédérale pour empêcher que les restes contestés soient remis aux Indiens. Pour ces admirateurs des Vikings le doute n'est pas permis: «l'homme de Kennewick» est leur ancêtre et il ne doit pas être enterré par un peuple étranger.

Dénouement juridique en vue 

Selon les premières études fondées sur la morphologie de «l'homme de Kennewick», le squelette n'avait pas d'affinité avec les Amérindiens et certains de ses traits le rapprochaient plus des Européens.

En 2000, le département américain de l'Intérieur décide quand même de rendre les restes de l'Homme de Kennewick aux Indiens se basant sur une loi adoptée en 1990 qui protège les sites funéraires indiens, estimant que «même si les données fournies ne sont pas très précises», «les faits géographiques et l'histoire orale témoignent que les cinq tribus descendent de peuples qui ont habité cette région depuis très longtemps».

Revirement en 2004, la justice décide que les restes ne peuvent pas être définis comme «Native American». «L'homme de Kennewick» reste sous le contrôle du corps des ingénieurs militaires des États-Unis. Son étude scientifique est autorisée.

L'étude dirigée par Eske Willerslev et Morten Rasmussen, du Musée d'histoire naturelle du Danemark, ne laisse pas de place à des spéculations sur l'avenir du squelette et s'en tient à des constatations purement scientifiques. Les analyses ADN contredisent les études morphologiques: les Amérindiens d'aujourd'hui semblent bel et bien être les descendants des premiers habitants du continent américain.

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