Le voilier Tara part traquer les microplastiques en Méditerranée

Le voilier Tara.... (Photo Fred Tanneau, archives Agence France-Presse)

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Le voilier Tara.

Photo Fred Tanneau, archives Agence France-Presse

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Céline Serrat
Agence France-Presse
Paris

Le voilier Tara reprend la mer pour une mission scientifique de plusieurs mois tout autour de la Méditerranée avec l'ambition de mieux évaluer la présence des microplastiques et leurs effets sur les écosystèmes marins.

Après le Pacifique en 2011 et l'Arctique en 2013, Tara, actuellement stationné à Toulon (Var), effectuera d'ici décembre des escales dans une quinzaine de pays bordant la Méditerranée, une mer soumise à une pression démographique considérable et à une pollution grandissante, notamment due au volume de déchets plastiques.

D'ici quelques jours, le bateau fera escale sur l'île des Embiez, au large de Six-Fours-les-Plages, puis à Nice, Monaco et Antibes, avant de mettre le cap sur la Sardaigne, Durrës (Albanie), les Cyclades, Beyrouth, Haïfa, Tel-Aviv, puis de revenir vers La Valette (Malte), Bizerte (Tunisie), Alger, Marseille, Saint-Tropez, Naples, Gênes, Palavas-les-flots, Perpignan, Barcelone, Tanger, Faro (Portugal). Le retour dans son port d'attache de Lorient est prévu le 7 décembre.

«Aujourd'hui, 450 millions de personnes vivent autour de ce bassin, un chiffre qui a doublé en 30 ans», a souligné Romain Troublé, lors d'une conférence de presse mardi à Paris présentant la nouvelle expédition.

Cette mer, qui représente moins de 1% de la surface des océans, est une incroyable réserve de biodiversité (8% des espèces), mais subit une forte pression avec 90% de la pollution qui vient de la terre.

Gaby Gorsky, directeur scientifique de Tara Méditerranée, a expliqué qu'en dépit de l'accumulation grandissante de débris plastique dans la nature, «nous connaissons trop peu ce qu'il advient de ces plastiques et leur impact sur les écosystèmes».

Le chercheur de l'Observatoire scientifique de Villefranche-sur-mer (CNRS) a détaillé les objectifs du travail de collecte de données à bord de la goélette. «Nous allons évaluer la distribution spatiale des fragments de plastique flottants, allant de 0,3 à 50 mm, puis analyser les différents types de plastique, ainsi que les polluants organiques associés», a-t-il expliqué.

Ensuite, une analyse fine des écosystèmes (bactéries, protozoaires, microalgues, mollusques, etc.) qui se développent sur les plastiques sera faite.

Enfin, les différents scientifiques embarqués sur Tara s'attacheront à étudier l'interaction des écosystèmes du plancton avec ces fragments de plastique qui envahissent la Grande bleue.

Du plastique invisible, mais bien présent

«Le plastique sous forme de fragments invisibles à l'oeil nu est aujourd'hui bien présent dans les eaux méditerranéennes au point de modifier la chimie de la mer», prévient Gaby Gorsky.

Ces microfragments (inférieur à 5 mm) sont le résultat d'un processus de dégradation ou d'érosion sur de longues périodes.

La collecte et l'analyse de données à bord de Tara viennent s'inscrire en complément du travail accompli par l'expédition MED depuis 2009 dans le nord de la Méditerranée, qui a estimé à 250 milliards le nombre de fragments dans cette mer.

Le caractère interdisciplinaire de l'expédition a été mis en avant avec une douzaine de laboratoires de recherche français, italien, allemand ou américains déjà impliqués dans cette expérience, qui a aussi un volet pédagogique en direction des populations rencontrées lors des escales.

«Tara va effectuer plus d'une vingtaine d'escales dans 13 pays, qui seront autant d'occasions de partager ce qui se fait en matière de prévention de la pollution, notamment en mettant en avant des initiatives locales», a indiqué Romain Troublé.

Au cours d'un périple de 16 000 km, des actions sont ainsi prévues notamment avec le réseau des 177 aires marines protégées, la Surfrider fondation, la Fondation Mohammed VI pour l'environnement, etc.

«Nous voulons parler de ce qui peut se faire pour éliminer le plastique des océans: réduire les émissions à la source, notamment les sacs en plastique à usage unique, modifier les comportements par l'éducation, instaurer une bonne gestion des déchets au niveau des collectivités locales et favoriser l'innovation pour aller vers des plastiques vraiment biodégradables», a précisé Romain Troublé.

L'aspect interdisciplinaire sera également étendu au monde artistique avec onze artistes (graphiste, vidéaste, photographe, dessinateur, etc.) qui seront tour à tour accueillis à bord de Tara.

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