Les égyptologues réunis dimanche au Caire pour débattre de la thèse selon laquelle le tombeau de Toutankhamon cache celui de Néfertiti ne se sont accordés que sur une chose dans une atmosphère électrique: sept mois après leur début, il faut poursuivre les recherches.

Une nouvelle fois, le ministère égyptien des Antiquités a déçu les nombreux journalistes présents et, à travers le monde, les amateurs des mystères de l'Égypte antique: «Je ne ferai aucun trou jusqu'à ce que je sois sûr à 100% qu'il y a une cavité derrière le mur», a déclaré devant un panel de spécialistes internationaux le nouveau titulaire du poste, le ministre Khaled Al-Anani.

À l'automne 2015, son prédécesseur Mamdouh al-Damati lançait en grande pompe et après avoir alerté la presse de toute la planète, un ambitieux projet ayant recours à de nouvelles technologies pour scanner un mur de la chambre funéraire du célèbre pharaon Toutankhamon, derrière lequel certains égyptologues sont convaincus depuis longtemps qu'il existe au moins une pièce n'ayant jamais été mise au jour.

Et, au fil de nombreuses conférences de presse au Caire ou sur place, à Louxor, dans le sud de l'Égypte, M. al-Damati annonçait sa certitude à «70%» puis «90%» que le tombeau de Toutankhamon recelait «deux chambres secrètes», promettant à chaque fois des révélations au prochain rendez-vous sur ce qu'il annonçait comme «la plus importante découverte du XXIe siècle». Comme la mise au jour en 1922 du tombeau de Toutankhamon fut la découverte du XXe siècle pour les égyptologues.

Ces recherches consistant à scanner un mur au moyen de différentes nouvelles technologies avaient été lancées après qu'un égyptologue britannique, Nicholas Reeves, s'est dit persuadé que se trouvent derrière ce mur deux chambres secrètes, dont l'une hébergerait encore la momie de Néfertiti, épouse d'Akhénaton il y a quelque 3300 ans et reine à la légendaire beauté. Ainsi que son trésor. M. al-Damati, lui, penche plutôt pour la sépulture d'une autre épouse d'Akhénaton, père de Toutankhamon, ou d'une soeur de ce dernier.

Contrairement aux tombeaux d'autres pharaons qui ont quasiment tous été pillés, celui de Toutankhamon, découvert en novembre 1922 par l'archéologue britannique Howard Carter, recelait plus de 5000 objets intacts, l'un des plus fabuleux trésors antiques jamais découverts au monde.

Mais il y a un mois, le nouveau ministre al-Anani avait commencé à doucher ces espoirs, semblant mettre en doute la quasi-certitude de son prédécesseur et exigeant, à Louxor, où ce dernier avait convié la presse mondiale avant de perdre son portefeuille, «un quatrième test avec un scanneur» recourant à une technologie différente. Avant «d'ouvrir un débat international» entre spécialistes au Caire, ce dimanche 8 mai.

L'atmosphère générale était donc plutôt au scepticisme dimanche, en présence de Nicholas Reeves, du nouveau et de l'ancien ministre des Antiquités.

Zahi Hawass, l'ancien titulaire «historique» du portefeuille, qui régnait en maître absolu sur tous les trésors de l'Égypte antique sous Hosni Moubarak, n'y est pas allé par quatre chemins, accusant à demi-mot al-Damati et Reeves de vouloir tenir en haleine le monde entier sans preuve. «Ce projet n'a pas du tout été mené scientifiquement», a-t-il lancé, avant d'asséner: «Nous devons mettre un terme à cette présence des médias parce qu'il n'y a rien à publier pour l'heure».