Santé: découverte d'un mécanisme impliqué dans «l'effet cocktail»

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Parmi les substances les plus souvent incriminées figurent les perturbateurs endocriniens qui sont fortement suspectés d'interagir avec des protéines qui régulent nos cellules, entraînant des dérèglements physiologiques ou métaboliques.

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Agence France-Presse
PARIS

On savait déjà que des substances chimiques sans danger pour l'homme lorsqu'elles sont prises séparément pouvaient devenir nocives une fois mélangées. Des chercheurs français rapportent avoir découvert un mécanisme sous-tendant cet «effet cocktail», régulièrement dénoncé par les écologistes, mais peu pris en compte par les industriels.

Selon les auteurs de l'étude publiée jeudi dans la revue britannique Nature Communication, il existe quelque 150 000 composés dont l'action combinée pourrait avoir des effets inattendus sur la santé, dont les polluants environnementaux, mais aussi des médicaments ou certaines substances provenant de notre alimentation.

Parmi les substances les plus souvent incriminées figurent les perturbateurs endocriniens qui sont fortement suspectés d'interagir avec des protéines qui régulent nos cellules, entraînant des dérèglements physiologiques ou métaboliques.

«Nous avons passé au crible une cinquantaine de molécules dont le Bisphénol A, des pesticides et des médicaments, testé 780 combinaisons et découvert un effet synergique, c'est-à-dire un effet démultiplié, pour deux d'entre eux», explique William Bourguet qui a coordonné l'étude réalisée par des chercheurs de l'Inserm et du CNRS à Montpellier.

Il s'agissait de l'éthinylestradiol (un des composants actifs des pilules contraceptives) et du trans-nonachlor, un composé du chlordane, pesticide organochloré persistant utilisé pendant 35 ans avant d'être interdit dans les années 90.

Grâce à des analyses effectuées en laboratoire, les chercheurs ont montré que les deux composants avaient la capacité de se fixer simultanément à un récepteur situé dans le noyau des cellules et de l'activer, induisant un effet toxique démultiplié.

«Nous avons mis au point un test simple et bon marché qui va nous permettre de tester d'autres gammes de molécules», souligne M. Bourguet qui compte analyser prochainement quelque 1600 médicaments courants pour voir si en les combinant, on retrouve également des «effets cocktails».

Il reconnaît toutefois que ces travaux de laboratoire demandent à être confirmés par des travaux menés sur l'animal.

Le chercheur indique également ne pas savoir si le mécanisme découvert est le seul impliqué dans le phénomène qui suscite des inquiétudes grandissantes chez les écologistes.

Ces derniers reprochent notamment aux industriels de se contenter d'étudier l'effet toxique d'une seule molécule, sans se préoccuper des combinaisons possibles, notamment en ce qui concerne les perturbateurs endocriniens.

Pour M. Bourguet, si les résultats sont confirmés, ils pourraient avoir des retombées dans les domaines de la toxicologie et de l'évaluation des risques liés à l'utilisation des produits chimiques.

«On pourra tester les différentes molécules pour voir leur toxicité lorsqu'elles sont combinées, voire modifier leur formule pour éviter qu'elles aient un effet de synergie», explique-t-il.

Mais le chemin risque d'être très long, compte tenu des innombrables combinaisons possibles, reconnaît-il.

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