Une découverte grâce à l'Ice Bucket Challenge

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Vous en avez assez de voir tout le monde s'envoyer des seaux d'eau glacée sur la tête? Cette nouvelle pourrait vous faire changer d'humeur. Les fonds amassés grâce à l'Ice Bucket Challenge ont mené à une découverte sur la sclérose latérale amyotrophique (SLA) qui, si elle ne conduit pas un jour à un traitement, aura du moins illustré le coup d'accélérateur qu'a connu la recherche depuis le défi. Explications en quatre temps.

LA DÉCOUVERTE

Elle intrigue les scientifiques depuis maintenant 10 ans. Son nom : TDP-43, une protéine qui a un drôle de comportement chez les patients atteints de la SLA. La TDP-43 sort du noyau des cellules des malades et s'accumule en amas.

Pourquoi ? On ne le sait toujours pas. Mais des chercheurs de la Johns Hopkins School of Medicine, à Baltimore, viennent d'éclaircir un premier mystère : la fonction même de la TDP-43.

Dans une étude publiée ce mois-ci dans la prestigieuse revue Science, les chercheurs montrent que la TDP-43 empêche les cellules d'utiliser de la mauvaise information génétique lorsqu'elles fabriquent des protéines. Résultat : sans cette protéine, les cellules deviennent dysfonctionnelles et meurent rapidement.

« Le rôle de la TDP-43, tant dans les cellules saines que dans les cellules malades, a longtemps été un mystère. Nous espérons que sa résolution ouvrira de nouvelles avenues pour prévenir la SLA », a dit Philip Wong, l'un des auteurs de l'étude, cité dans un communiqué publié par l'Université Johns Hopkins.

LES IMPACTS

Par des manipulations génétiques, les chercheurs ont aussi créé des cellules de souris dépourvues de TDP-43. Puis ils y ont inséré une autre protéine destinée à jouer le même rôle. Résultat : loin de mourir, les cellules se sont remises à fonctionner normalement.

« Si nous sommes capables d'imiter le rôle de la TDP-43 dans les neurones des patients atteints de la SLA, il y a de bonnes chances qu'on puisse ralentir la progression de la maladie ! », a commenté l'auteur principal de l'étude, Jonathan Ling, dans un message publié sur le site Reddit.

Pierre Drapeau, directeur du département de pathologie et biologie cellulaire de l'Université de Montréal, avertit cependant qu'il y a un monde entre le fait de manipuler des cellules en laboratoire et celui de concevoir des médicaments qui produisent des résultats sur de vrais patients.

« Traiter le cerveau ou la moelle épinière d'un patient par des mutations génétiques, c'est loin d'être évident. Je dirais que c'est une possibilité, mais c'est loin d'être à court terme », dit-il.

Selon lui, il faut voir la découverte récente comme une « percée biochimique » qui nous en apprend plus sur la protéine TDP-43.

LE DÉFI

Le chercheur Jonathan Ling a affirmé haut et fort que la nouvelle découverte découle directement des fonds récoltés par le Ice Bucket Challenge, cette campagne de financement pour laquelle des gens se lancent le défi de recevoir un seau d'eau glacée sur la tête. Elle a permis d'amasser 115 millions US l'an dernier et bat à nouveau son plein cet été.

« J'ai lu beaucoup d'histoires à propos de gens qui se plaignent que le Ice Bucket Challenge est une perte de temps et que les scientifiques n'utilisent pas l'argent pour faire de la recherche. Je peux vous assurer que c'est faux », a écrit M. Ling dans son billet sur Reddit.

Pierre Drapeau, de l'Université de Montréal, affirme que les budgets de recherche sur la sclérose latérale amyotrophique ont été multipliés par 10 depuis le lancement de la campagne.

« Ça a un impact majeur sur la recherche et il y a beaucoup de raisons d'être optimiste », dit-il.

Les auteurs de l'article, Jonathan Ling et Philip Wong, ont d'ailleurs relevé le défi du Ice Bucket Challenge il y a quelques jours.

LA MALADIE

La sclérose latérale amyotrophique, qu'on appelle aussi maladie de Charcot ou maladie de Lou Gehrig, est une maladie neurologique qui touche de 2500 à 3000 Canadiens. Elle est caractérisée par une atrophie musculaire et conduit progressivement à la paralysie. Il n'existe actuellement aucun traitement. L'espérance de vie des personnes atteintes dépasse rarement cinq ou six ans.

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