Des papyrus carbonisés par le Vésuve de nouveau lisibles

Tandis que la ville de Pompéi était ensevelie... (PHOTO MARIO LAPORTA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Tandis que la ville de Pompéi était ensevelie sous les cendres par l'éruption du volcan, Herculanum a été frappée par une nuée ardente dont le souffle chaud a carbonisé les matériaux fragiles comme le bois, les cuirs, les rouleaux de papyrus.

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Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT
Agence France-Presse
Paris

Des rouleaux de papyrus, carbonisés lors de l'éruption du Vésuve en l'an 79, vont-ils livrer leurs secrets? Une technique d'imagerie non destructrice permet de l'espérer.

Une équipe de chercheurs italien et français est parvenue à lire des lettres grecques écrites sur de fragiles rouleaux antiques retrouvés il y a plus de 260 ans dans une villa romaine d'Herculanum.

Tandis que la ville de Pompéi était ensevelie sous les cendres par l'éruption du volcan, Herculanum a été frappée par une nuée ardente dont le souffle chaud a carbonisé les matériaux fragiles comme le bois, les cuirs, les rouleaux de papyrus.

Des fouilles archéologiques commandées par Charles de Bourbon en 1750 ont permis de découvrir une véritable bibliothèque dans «la Villa des papyrus». Environ 1800 rouleaux de papyrus étaient rangés sur des étagères.

«Au départ, les archéologues ont tenté de les ouvrir mécaniquement, en les déployant très doucement à raison d'un centimètre par jour. Mais cela a occasionné des dégâts majeurs», déclare à l'AFP Vito Mocella, chercheur au Conseil national de la recherche (CNR) italien. Cela a toutefois permis de découvrir des textes épicuriens.

«Dans les années 1970, 1980, a été développée la technique dite d'Oslo», qui utilisait un produit gélatineux pour essayer de décoller les différentes couches, raconte ce scientifique basé à l'institut pour la microélectronique de Naples (Italie).

La méthode a été testée à Paris sur deux rouleaux conservés par l'Institut de France, mais «cela n'a pas bien marché. Un rouleau a explosé en 1800 fragments», raconte-t-il.

Au cours des dernières décennies, différentes techniques d'imagerie ont également été mises en oeuvre pour tenter de lire les papyrus sans les dérouler, mais en vain.

Vito Mocella, et plusieurs chercheurs français dont Daniel Delattre du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) qui travaille depuis longtemps sur le sujet de ces rouleaux, ont mis au point une nouvelle méthode, publiée mardi dans la revue britannique Nature Communications.

Aller plus loin

L'utilisation classique des rayons X n'est pas performante, car l'encre utilisée dans l'Antiquité était fabriquée à partir de carbone issu des résidus de fumée. Elle a donc une densité quasiment identique à celle de la feuille de papyrus brûlée, ce qui la rend difficile à distinguer.

La tomographie X en contraste de phase (XPCT) utilisée par les chercheurs permet de mieux percevoir la différence entre l'encre et le papier en utilisant les variations d'indices de réfraction. Les lettres présentent un léger relief.

Le travail s'est fait sur le synchrotron européen de Grenoble (France).

Les chercheurs ont examiné un fragment et un rouleau de papyrus conservés à l'Institut de France.

Ils sont parvenus à déchiffrer des mots sur le fragment ainsi que plusieurs lettres à l'intérieur du rouleau sans l'endommager.

«Notre but était de montrer que la technique a marché pour lire à l'intérieur des papyrus sans y toucher». «À présent, nous devons peaufiner la technique et les algorithmes», a souligné M. Mocella.

Il compte bien aller plus loin: de nouvelles expériences ont été menées dernièrement et d'autres sont déjà approuvées par le comité du synchrotron européen. Elles sont prévues pour le printemps prochain.

Les premières expériences ont été menées sans financement. «Quasiment, ça a été un travail du soir!» pour faire «l'analyse dure et complexe des données», souligne M. Mocella.

Il espère que l'activité pourra désormais être financée pour pouvoir disposer de personnes à plein temps, et de faire travailler d'autres collaborateurs afin de mettre au point de nouveaux algorithmes pour cette application très spécifique.

Si les moyens sont réunis, «une décennie devrait être suffisante pour faire la lecture des rouleaux», assure M. Mocella. Il en reste encore 700 à 800 entiers, non déroulés, plus d'autres en partie ouverts.

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