Dans l'univers de David Saint-Jacques à Houston

Calibré avec une précision maniaque, le système ARGOS... (Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Calibré avec une précision maniaque, le système ARGOS compense le poids de l'astronaute afin de simuler l'apesanteur.

Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Philippe Mercure
La Presse

Le compte à rebours a débuté. Dans neuf mois, David Saint-Jacques s'arrachera à l'attraction terrestre pour gagner la Station spatiale internationale. Pendant trois jours, La Presse vous emmène dans les coulisses du Centre spatial Lyndon B. Johnson, à Houston, pour suivre l'intense entraînement auquel est soumis l'astronaute québécois. Aujourd'hui : prélever des échantillons de son propre sang, flotter dans les airs au milieu d'un entrepôt, transpirer à grosses gouttes attaché à un tapis roulant et apprendre l'art critique de refroidir la Station spatiale internationale.

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Calibré avec une précision maniaque, le système ARGOS compense le poids de l'astronaute afin de simuler l'apesanteur.

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>> Vous avez des questions à poser à l'astronaute? Faites-les parvenir à pmercure@lapresse.ca

VOLER AU MILIEU D'UN ENTREPÔT

D'une main, David Saint-Jacques déconnecte un tuyau d'un appareil qui reproduit une boîte de raccordement électrique de la Station spatiale internationale. De l'autre, il se tient fermement à une poignée jaune. S'il la lâche, il se retrouvera dans les airs et aura bien du mal à regagner son poste de travail. Nous sommes dans l'immense bâtiment numéro neuf du Centre spatial Lyndon B. Johnson. Et David Saint-Jacques y flotte au-dessus du sol comme s'il était en apesanteur.

L'astronaute québécois est en train de simuler une sortie spatiale dans le système ARGOS, pour Active Response Gravity Offload System. « ARGOS est un robot géant qui simule la gravité zéro », lui a expliqué préalablement Paul Valle, gestionnaire de projet pour le système ARGOS. C'est la toute première fois que David Saint-Jacques teste ce système.

Coiffé d'un casque de hockey avec une visière, l'astronaute s'est d'abord allongé sur une table pendant qu'on lui fixait un corset muni de plusieurs cordes. On a ensuite attaché ces cordes à une espèce de grue de près de huit mètres de hauteur, qui a soulevé l'astronaute dans les airs.

Calibré avec une précision maniaque, le système compense le poids de l'astronaute afin de simuler l'apesanteur. Au-dessus de lui, des appareils roulent sur des rails pour déplacer l'astronaute et réagir à ses mouvements comme s'il était dans l'espace. Le directeur de test Mike Amoroso le conseille dans ses déplacements. Deux opérateurs, derrière des ordinateurs, surveillent aussi ses moindres mouvements. Si David Saint-Jacques se saisit d'une pièce qui pèse 2 kg, ils ajustent immédiatement le système en conséquence pour compenser le poids et maintenir l'apesanteur. L'objectif, pour cette première séance, est de familiariser David Saint-Jacques avec la façon de se mouvoir dans l'espace et d'y manipuler des outils.

« C'est tout un entraînement », lance David Saint-Jacques, visiblement fatigué, au terme de l'exercice. Il vide une bouteille d'eau en quelques gorgées, puis discute avec les entraîneurs. « C'est très différent de la piscine, observe-t-il. Dans la piscine, l'eau nous arrête. Ici, il n'y a rien pour arrêter nos mouvements. La facilité avec laquelle on peut pivoter est surprenante. À quelques reprises, je me suis mal stabilisé et je me sentais tourner, en me disant : il faut que j'arrête ça ! »

L'astronaute David Saint-Jacques est à bord d'un module... (Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 2.0

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L'astronaute David Saint-Jacques est à bord d'un module d'entraînement pour les échantillons biologiques. Il est entouré du personnel de la NASA suivant de près sa formation.

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PRÉLEVER SON PROPRE SANG

Dans l'espace, la moitié du temps de mission de David Saint-Jacques sera consacré à la science. L'Agence spatiale canadienne a orienté la totalité du programme scientifique sur la santé humaine. L'objectif : étudier les maux dont souffrent les astronautes dans l'espace afin de mieux comprendre les maladies similaires qui touchent les Terriens.

David Saint-Jacques fera donc office de cobaye d'expérience pendant son séjour. Il doit apprendre à prélever son propre sang, mais aussi sa salive, son urine et ses selles. Les échantillons seront congelés dans la Station spatiale internationale, puis ramenés sur Terre par les vaisseaux qui approvisionnent le laboratoire flottant. Pas moins de six formateurs entourent David Saint-Jacques pour lui montrer les équipements qu'il devra manipuler. Et certains tests se feront à l'abri du regard des médias. « Je crois qu'ils vont ensuite aller aux toilettes pour discuter de la façon de prendre des échantillons d'urine », révèle Rebecca Wingfield, chef de l'entraînement au Centre spatial Lyndon B. Johnson.

L'astronaute David Saint-Jacques discute de sa journée d'entraînement... (Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 3.0

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L'astronaute David Saint-Jacques discute de sa journée d'entraînement avec Tom Evans et Chris Feng.

Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse

RÉAGIR QUAND ÇA CHAUFFE

La Station spatiale internationale, où séjournera David Saint-Jacques pendant six mois à partir de novembre prochain, a peu à voir avec un hôtel de villégiature. Lorsque le soleil la frappe, la face exposée peut rapidement grimper à 120 degrés Celsius. La face cachée, pendant ce temps, est à-157 degrés. Inutile de dire que le contrôle de la température y est critique.

Attablé devant les formateurs Chris Feng et Tom Evans, David Saint-Jacques révise d'abord quelques notions sur le système interne de régulation thermique de la Station spatiale internationale.

« David a déjà eu plusieurs cours sur ces systèmes. Il y a une liste de choses bien précises qu'il se doit de retenir, et on veut voir s'il les a retenues », dit Tom Evans.

Après la discussion, David Saint-Jacques se courbe pour entrer dans ce qui ressemble à une boîte de conserve géante. Nous sommes dans l'immense bâtiment numéro neuf du Centre spatial Lyndon B. Johnson. Ici, sous un gigantesque drapeau américain, les 16 modules de la Station spatiale internationale sont reproduits, grandeur nature, à des fins d'entraînement. L'astronaute québécois vient de pénétrer dans le laboratoire américain de la station, qu'on surnomme aussi Destiny.

David Saint-Jacques insère une tige métallique dans un cube de plastique blanc, exécute des manoeuvres, pose des questions. « Pour ça, il va y avoir des photos en haut. Tu n'as pas besoin de tout retenir », le guide Chris Feng.

À côté du module, des ordinateurs permettent de créer des pannes dans les systèmes pour voir comment les astronautes y réagissent.

« On entraîne David pour les scénarios d'urgence, dit Tom Evans. Il doit être familier avec les systèmes et savoir comment réagir. »

L'astronaute s'exerce sur une réplique du vélo d'entraînement... (Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 4.0

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L'astronaute s'exerce sur une réplique du vélo d'entraînement qui est à bord de la Station spatiale internationale.

Photo Édouard Plante-Fréchette, La Presse

LA « CHAMBRE DE TORTURE »

« Ma chambre de torture », lance David Saint-Jacques en entrant dans ce qu'on appelle ici le « laboratoire de contre-mesures ». Contre-mesures, parce qu'on vise ici à contrer les effets ravageurs de l'espace sur le corps humain.

« Dans l'espace, les os se décalcifient et perdent en masse et en densité, et les muscles peuvent s'atrophier si on n'y prend garde », explique Bob Tweedy, instructeur du laboratoire de contre-mesures. Pour ça, les astronautes sont contraints à l'exercice six jours sur sept pendant leur séjour dans la Station spatiale internationale. Et on a reproduit ici les appareils qui s'y trouvent. Les utiliser dans l'espace est une expérience en soi qui ne peut être reproduite sur Terre. Mais David Saint-Jacques doit quand même se familiariser avec les appareils.

« Je veux que David connaisse ces machines comme le fond de sa poche. Qu'il puisse les utiliser, mais aussi les réparer si elles brisent », dit l'instructeur Bob Tweedy.

Le visage crispé, David Saint-Jacques commence par faire des flexions, soulevant sur ses épaules une barre qui ne semble pas particulièrement facile à déplacer. Puis il enfile un harnais fait sur mesure pour lui, qui l'attache à un tapis roulant sur lequel il doit courir. Dans la Station spatiale internationale, les élastiques du harnais plaqueront l'astronaute contre le tapis, simulant son propre poids. 

L'astronaute s'échine finalement sur un curieux vélo stationnaire qui semble avoir été bricolé par des étudiants dans le cadre d'un projet de fin d'année. Pour éviter que ses pieds partent de tous les côtés lorsqu'il l'utilisera en l'absence de gravité, il est chaussé de souliers qui se fixent aux pédales. L'astronaute est maintenant en nage, et la sueur goutte de son visage. Mais il n'a pas perdu son sens de l'humour. « Je fais juste semblant, lance-t-il aux journalistes qui l'observent. En réalité, c'est très facile. »




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