Un satellite européen et son carburant toxique pourraient s'écraser au Canada

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La banquise arctique

PHOTO Michael Studinger, ARCHIVES REUTERS/NASA

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Bob Weber
La Presse Canadienne

Des leaders et des chasseurs inuits sont en colère contre les projets européens de lancer un satellite qui propulserait une fusée qui contiendrait probablement un carburant fortement toxique dans certaines des eaux les plus sensibles dans l'Arctique canadien.

Nancy Karetak-Lindell, présidente du Conseil inuit circumpolaire, a dit croire que le fait que des agences spatiales sont «prêtes à utiliser le Pikialasorsuaq comme une décharge toxique souligne le besoin pressant pour une gestion locale de l'écosystème sensible».

Elle a fait valoir que ces eaux marines étaient en fait «la source de vivres» pour les populations.

Vendredi prochain, l'Agence spatiale européenne prévoit lancer le satellite Sentinel 5P, conçu pour surveiller les traces de gaz dans l'atmosphère. Un second lancement d'un satellite similaire est prévu pour 2018.

Les deux satellites doivent être lancés à partir de la Russie en utilisant des fusées de l'ère soviétique propulsées par de l'hydrazine. L'hydrazine est tellement toxique que pratiquement tous les programmes d'activités dans l'espace dans le monde - incluant ceux de la Russie - l'ont abandonné.

Le deuxième étage de la fusée contenant jusqu'à une tonne d'hydrazine non brûlé doit tomber entre le Groenland et l'île de Baffin, dans un secteur qui fait partie de la zone économique exclusive du Canada.

La polynie des eaux du Nord est un secteur océanique d'une superficie de 85 km carrés libre de glace pendant toute l'année. Elle abrite la plupart des espèces marines, dont environ 14 000 bélugas et 1500 morses. La baleine boréale, l'ours polaire et quatre types de phoque nagent dans ses eaux. Des dizaines de millions d'oiseaux de mer la survolent.

«Ces eaux sont le jardin des espèces que nous chassons, a dit Larry Andlaluk. de Grise Fiord au Nunavut, une des communautés situées le plus près de polynie. Ce qui peut se produire est apeurant.»

Un universitaire canadien, Michael Byers, a étudié l'impact environnemental de l'hydrazine.

Le carburant est carcinogène. Il peut s'attaquer au système nerveux, aux reins et au foie. Son impact sur les écosystèmes marins demeure inconnu, mais si on sait que l'hydrazine a tué un grand nombre de poissons nageant en eaux douces.

«Il faut agir», soutient M. Byers.

Selon lui, les Européens devraient cesser immédiatement à utiliser de l'hydrazine comme carburant. Il a souligné qu'un satellite similaire au Sentinel 5 a été lancé par une fusée utilisant un carburant plus sûr.

Le Canada a insisté auprès de la Russie pour être averti longtemps à l'avance de chaque lancement spatial afin de pouvoir adopter les mesures de précaution appropriées, a dit Brendan Sutton d'Affaires mondiales Canada.

«Comme la plupart des débris spatiaux se désintègrent et brûlent complètement au moment de leur rentrée dans l'atmosphère terrestre, les risques de voir un débris ou du carburant non brûlé atteindre l'environnement marin sont très bas, a-t-il expliqué. Le Canada s'attend à ce que tous les efforts soient déployés pour éviter qu'un débris ne tombe sur le sol ou dans les eaux du pays.»

L'amerrissage doit se dérouler à l'extérieur des eaux territoriales dans un secteur que le Canada entend contrôler et régir.

«L'omission de la zone économique exclusive dans cette déclaration doit être intentionnelle, a souligné M. Byers, qui est un professeur de droit international. Cela représenterait une abdication des responsabilités du Canada. Nous avons une juridiction jusqu'à 200 milles nautiques de nos côtes pour empêcher la pollution. On a mené de chaudes luttes pour l'obtenir.»

Il souligne que l'Agence spatiale européenne compte le Canada parmi ses membres affiliés.

«Elle est une leader dans l'utilisation de satellite dans le domaine des sciences environnementales, mais elle utilise une vieille technologie et ce vieux carburant. Elle n'a aucune raison crédible pour aller de l'avant avec ce lancement, à l'exception de la volonté d'économiser de l'argent.»

Un porte-parole de l'agence n'était pas disponible dans l'immédiat pour commenter.




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