Un mystérieux signal cosmique enfin localisé

En utilisant le radiotélescope VLA Karl G. Jansky, au Nouveau-Mexique... (ARCHIVES AFP)

Agrandir

En utilisant le radiotélescope VLA Karl G. Jansky, au Nouveau-Mexique (notre photo), ainsi que le télescope Gemini North, à Hawaii, des scientifiques ont pu déterminer pour la première fois la provenance d'un mystérieux signal radio répétitif.

ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

C'est l'une des énigmes les plus intrigantes de l'astronomie moderne : depuis 10 ans, les télescopes terrestres captent de mystérieux signaux radio qui confondent les scientifiques. Si on ne sait toujours pas ce qui les génère, une équipe comptant des chercheurs québécois vient de localiser pour la première fois la provenance de l'un d'eux. Et à leur grande surprise, le signal émane d'une galaxie si petite et insignifiante qu'elle était encore inconnue des astronomes.

Le premier signal a été découvert en 2007. Capté par un radiotélescope qui écoute le ciel en permanence, il sonne comme si on syntonisait la radio entre deux postes. C'est un signal radio d'à peine quelques millisecondes, qui provient d'un endroit non déterminé dans le cosmos et qui est généré par on ne sait quoi. Depuis, les astronomes en ont capté exactement 18. Ces impulsions brèves, très puissantes, ont été baptisées «sursauts radio rapides». Sont-ils émis par des trous noirs? Des étoiles à neutrons? Des extraterrestres? Les hypothèses, depuis, vont bon train.

Un signal qui se répète

En 2015, nouveau coup de théâtre : Paul Scholz, alors doctorant à l'Université McGill, découvre que l'un de ces signaux n'est pas unique, mais se répète de façon irrégulière, à raison de quelques fois par année. Cette répétition montre que les sursauts radio ne sont pas tous produits par un événement unique et destructeur, comme une étoile qui explose, comme le voulaient certaines hypothèses.

«Ce signal est d'humeur changeante. On capte des répétitions pendant une certaine période, puis c'est comme s'il tombait endormi», explique Shriharsh Tendulkar, chercheur postdoctoral à l'Université McGill. Nul ne sait, aujourd'hui, s'il s'agit d'un cas unique ou si tous les sursauts radio se répètent sans qu'on l'ait encore noté.

Encerclée en rouge, la minuscule galaxie jamais observée... (INFOGRAPHIE FOURNIE PAR L’OBSERVATOIRE GEMINI/AURA/NSF/NRC) - image 2.0

Agrandir

Encerclée en rouge, la minuscule galaxie jamais observée auparavant d'où provient le mystérieux signal radio répétitif.

INFOGRAPHIE FOURNIE PAR L’OBSERVATOIRE GEMINI/AURA/NSF/NRC

La source déterminée

En collaboration avec plusieurs chercheurs du monde entier, M. Tendulkar a décidé de braquer les efforts sur ce mystérieux signal répétitif. En utilisant le radiotélescope VLA Karl G. Jansky, au Nouveau-Mexique, ainsi que le télescope Gemini North, à Hawaii, les scientifiques ont pu déterminer pour la première fois la provenance du signal. Il s'agit d'une toute petite galaxie dont la masse équivaut à moins de 1% de celle de notre Voie lactée et située à 3 milliards d'années-lumière de nous.

«Cette galaxie est si peu brillante qu'elle n'avait jamais été observée auparavant», explique M. Tendulkar. Cette découverte est surprenante, car les chercheurs soupçonnent fortement les étoiles à neutrons d'être impliquées dans les sursauts radio rapides. «Une si petite galaxie contient peu d'étoiles à neutrons, et les chances de détecter des sursauts radio rapides semblent donc réduites. Il faut maintenant découvrir ce qui est si spécial à propos de cette minuscule galaxie», ajoute M. Tendulkar. La découverte des chercheurs a été publiée dans la prestigieuse revue Nature et dans l'Astrophysical Journal Letters.

Hubble à la rescousse

Comme si les mystères n'étaient pas assez nombreux, les chercheurs ont découvert une source qui émet des ondes radio plus faibles, mais de façon constante, tout près de l'endroit d'où émanent les brusques sursauts radio. «On ne sait pas ce dont il s'agit, mais on croit qu'il pourrait s'agir du même phénomène, ou alors de deux phénomènes liés», explique M. Tendulkar. Pour l'instant, l'explication favorite des chercheurs est que les fameux sursauts radio proviennent soit d'une jeune étoile à neutrons, soit d'un trou noir supermassif.

Pour en savoir plus, les chercheurs ont réussi à obtenir que les télescopes Spitzer et Hubble, qui flottent tous deux dans l'espace, se tournent vers la galaxie d'où émanent les signaux pour la scruter attentivement. Un nouveau télescope canadien, appelé CHIME (Canadian Hydrogen Intensity Mapping Experiment), est aussi attendu avec impatience. On espère qu'il puisse dès l'été prochain capter des dizaines de sursauts radio rapides chaque jour et ainsi catapulter les connaissances à leur sujet. «Pour l'instant, il faut bien avouer qu'on a encore plus de questions que de réponses», conclut Shriharsh Tendulkar.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer