Le temps est venu de dire au revoir à Philae

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Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT
Agence France-Presse
Paris

Goodbye Philae ! Les équipes responsables du petit robot européen installé sur la comète Tchouri, mais muet depuis sept mois se sont résolues à ne plus lui envoyer de commandes tout en restant à son écoute par précaution.

Les chances d'établir un contact avec Philae sont «proches de zéro» et «le temps est venu de lui dire au revoir», a estimé vendredi l'agence spatiale allemande DLR dans un communiqué.

«L'atterrisseur de la sonde Rosetta est promis à une hibernation éternelle», a écrit l'Agence spatiale européenne (ESA) sur son blogue.

Concrètement, le DLR a cessé d'envoyer des commandes au robot-laboratoire européen qui campe depuis la mi-novembre 2014 sur le noyau de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko.

Mais la sonde européenne Rosetta, qui escorte la comète, «reste toujours à l'écoute» de Philae, a souligné l'agence spatiale française CNES dans un communiqué séparé, à la tonalité moins pessimiste.

«Je continue à écouter, mais je crains que Philae ne soit confronté à des conditions difficiles», a souligné Rosetta dans un tweet accompagné d'un dessin, où la sonde montre son inquiétude en imaginant son petit Philae endormi sur la comète.

«Il y a vraiment très peu d'espoir de recevoir un signal» de la part de Philae, a déclaré à l'AFP Stephan Ulamec, responsable de l'atterrisseur au DLR.

La comète Tchouri s'éloigne du Soleil, ce qui signifie que les panneaux solaires dont le robot tire son énergie reçoivent de moins en moins de lumière. La comète se refroidit et Philae aussi. Or il ne peut fonctionner au-dessous d'une certaine température.

Les antennes réceptrices de la sonde - ses «oreilles» - sont toujours allumées et «nous restons prêts au cas où Philae se réveillerait», souligne M. Ulamec. «Mais pour être honnête et réaliste, il est vraiment improbable que nous l'entendions à nouveau», a-t-il dit.

Le CNES (Centre national des études spatiales) semble vouloir y croire encore un peu. «Bien que minime, l'espoir d'écouter à nouveau le petit robot continue d'exister, Rosetta se rapprochant régulièrement de la comète (...)», indique-t-il.

«Dangereux» de se rapprocher

Ces derniers jours, le DLR, le CNES, les scientifiques de la mission Philae et l'ESA ont réfléchi ensemble au sort de ce petit laboratoire à trois pattes dont les aventures ont passionné un large public.

Après dix ans de voyage comme passager de la sonde Rosetta, Philae a réalisé le 12 novembre 2014 une première historique en atterrissant sur la comète. Au bout de plusieurs rebonds, il s'est stabilisé à l'ombre, en position couchée.

Equipé de dix instruments, il a travaillé pendant 60 heures avant de s'endormir faute d'énergie. Il s'est réveillé en juin 2015, mais n'a plus donné de ses nouvelles depuis le 9 juillet.

Les scientifiques de la mission Philae ont du mal à se dire que l'aventure est terminée.

Ils ont demandé à l'ESA que Rosetta, qui se trouve à environ 50 km de Tchouri, effectue dans les semaines à venir une série de brefs survols au-dessus du site où il est posé.

Ce souhait a été relayé par le CNES et par le DLR. «Nous avons demandé si c'était possible», mais «nous savons que l'ESA a de bonnes raisons pour ne pas accepter cette requête» qui est surtout «symbolique», admet M. Ulamec.

«C'est vraiment dangereux» pour Rosetta de se rapprocher de la comète qui continue à rejeter des gaz et des poussières depuis son passage au plus près du Soleil (périhélie) en août, reconnaît-il.

En revanche, lorsque la comète se sera apaisée, cet été, Rosetta devrait approcher à 10 ou 20 km de la surface de la comète. Elle essayera de débusquer précisément le robot afin de prendre des images.

Sa mission prendra fin en septembre lorsqu'elle se «posera» le moins rudement possible sur Tchouri pour y finir ses jours.

L'adieu à Philae est progressif. «Nous ne pouvons pas annoncer officiellement sa fin, car l'absence de signal ne prouve pas que le robot est vraiment mort», constate Mark McCaughrean, conseiller scientifique de l'ESA. «Mais après sept mois de silence, je pense que le consensus est que c'est terminé.»

La saga Philae sur la comète Tchouri

Les principales étapes de la saga du robot Philae, installé depuis quinze mois sur la comète Tchouri, de son nom complet 67P/Tchourioumov-Guérassimenko:

12 novembre 2014: Le petit robot Philae, passager depuis plus de dix ans de la sonde spatiale européenne Rosetta, se pose sur le noyau de Tchouri après une descente de sept heures en chute libre, à plus de 510 millions de km de la Terre.

Quelques mois plus tôt, le 6 août, Rosetta, qui avait parcouru au total plus de six milliards de kilomètres dans l'espace, s'était positionnée près de Tchouri afin de l'escorter dans sa course vers le Soleil.

13 novembre: L'Agence spatiale française (CNES) annonce que le robot-laboratoire, muni de dix instruments pour étudier la comète, s'est mis au travail.

Mais après plusieurs rebonds à l'atterrissage, il se trouve sur une pente raide, dans un endroit peu ensoleillé, ce qui lui pose un problème car sa pile n'a qu'une durée de vie de 60 heures. C'est une batterie alimentée par des panneaux solaires qui doit prendre ensuite le relais.

Malgré cette position inconfortable, une patte «en l'air», les photos prises par Philae et ses six caméras sont spectaculaires.

14 novembre: Philae, qui travaille d'arrache-pied, parvient à faire fonctionner la plupart de ses instruments. Alors que ses batteries faiblissent, il entreprend un forage, le premier sur une comète. Mais il apparaîtra plus tard qu'il a foré dans le vide.

15 novembre: Faute d'un ensoleillement suffisant, Philae entre «en mode veille», début d'une longue hibernation.

Mars-mai 2015: Les scientifiques tentent à plusieurs reprises d'entrer en contact avec Philae, espérant un signe de vie.

13 juin: Après sept mois de sommeil, le petit robot se réveille à l'improviste, grâce à la hausse de la température et de l'ensoleillement. Il communique pendant deux minutes avec la Terre via la sonde et transmet quelques données.

Le lendemain, nouveau contact, mais de mauvaise qualité.

19 juin: Après quelques jours de mutisme, Philae réussit à communiquer pendant 19 minutes avec Rosetta.

23 juin: L'Agence spatiale européenne (ESA) prolonge de neuf mois, jusqu'à fin septembre 2016, la mission Rosetta et envisage à terme de faire «atterrir» la sonde sur le noyau de la comète.

9 juillet: Philae, qui n'avait pas donné de nouvelles depuis le 24 juin, communique durant vingt minutes avec Rosetta. Depuis ce huitième et dernier contact, le robot reste muet.

13 août: Alors que Tchouri atteint son périhélie, le point sur son orbite le plus proche du Soleil, Rosetta, munie de 11 instruments, se trouve aux premières loges pour observer les jets de gaz et de poussières de la comète.

Début novembre: L'activité de dégazage de la comète s'étant réduite, Rosetta tente de s'approcher de Philae afin d'établir un contact. L'espoir renaît parmi les ingénieurs des agences spatiales allemande (DLR) et française, mais Philae ne répond pas.

10 janvier 2016: Les équipes tentent une manoeuvre de la dernière chance, notamment en essayant d'améliorer l'ensoleillement des panneaux solaires du petit robot.

D'autres commandes lui sont envoyées dans les jours suivants. Sans retour.

12 février: Les chances d'établir un contact avec Philae sont «proches de zéro» et «le temps est venu de lui dire au revoir», déclare le DLR.

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