Un astronaute contrôle un robot depuis l'espace grâce au toucher

Le Danois Andreas Mogensen, en orbite à plus... (PHOTO JO BIDDLE, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Le Danois Andreas Mogensen, en orbite à plus de 400 kilomètres au-dessus de la Terre, a pris lundi le contrôle du rover «Interact Centaur», se trouvant dans un hangar aménagé d'un centre de l'Agence spatiale européenne à Noordwijk, dans l'ouest des Pays-Bas.

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Jo Biddle
Agence France-Presse
NOORDWIJK

Les experts européens de l'espace ont réalisé une percée technologique majeure qui pourrait permettre un jour de construire de nouveaux mondes dans l'espace : un astronaute a dirigé un robot se trouvant sur Terre grâce au toucher.

Le Danois Andreas Mogensen, en orbite à plus de 400 kilomètres au-dessus de la Terre, a pris lundi le contrôle du rover «Interact Centaur», se trouvant dans un hangar aménagé d'un centre de l'Agence spatiale européenne à Noordwijk, dans l'ouest des Pays-Bas.

En temps réel depuis la Station spatiale internationale (ISS), grâce à un système complexe de satellites travaillant de manière synchronisée, il a manoeuvré le robot pour que celui-ci place une cheville dans un minuscule trou, avec moins d'un sixième de millimètres de marge de manoeuvre.

Le «Centaure», qui rappelle le personnage de Disney WALL.E, dispose d'une paire de bras prévus pour un travail délicat de haute précision, et d'une caméra flexible montée sur un «cou» permettant à l'astronaute de voir la tâche qu'il est en train d'accomplir.

Mais la vue n'est pas le sens le plus important de ce projet : il s'agit du toucher.

Des tâches presque humaines

Pour la première fois, l'astronaute a pu sentir, quand la cheville ne s'est pas alignée correctement avec le trou, les vibrations à travers le levier de commande qu'il opérait depuis la station spatiale.

Des applaudissements ont retenti dans le large entrepôt quand, après plusieurs minutes de nervosité, le rover blanc et bleu en fibre de verre a finalement placé la cheville dans le trou.

Les scientifiques et les ingénieurs estiment que les applications pour ce genre de technologie tactile sont infinies, permettant de guider les robots dans des tâches délicates «en utilisant le toucher pour trouver son chemin».

Cette technologie permet notamment de projeter une présence «presque humaine dans les robots et d'effectuer des tâches presque humaines à la surface» d'une planète, a affirmé à l'AFP André Schiele, le chef du laboratoire de télérobotique de l'ESA.

Alors que les ingénieurs de l'espace espèrent un jour envoyer des hommes vers Mars, «il faudra bien les ramener», a affirmé M. Schiele, et cela signifie «construire des plateformes de lancement sur la planète» avant que les astronautes n'y posent le pied.

Le rover, surnommé «la mouche bleue» par certains de ses créateurs, pourrait effectuer cette construction.

«Nous pourrions envoyer des robots et les contrôler depuis une station spatiale», a affirmé l'un des créateurs, Emiel den Exter.

Le projet, long de 18 mois, était une collaboration entre l'ESA et les étudiants de l'université voisine de Delft.

«Même faire ses lacets est une action dont le succès dépend entièrement de vos sens tactiles», a affirmé M. Schiele.

Sur Terre

Cette technologie de pointe pourrait également être utilisée sur notre planète, «partout où l'on ne veut pas envoyer des êtres humains», a ajouté M. Schiele.

Ces «robots qui touchent» auraient ainsi pu être utilisés lors de la catastrophe pétrolière du Golfe du Mexique en 2010 ou au sein des réacteurs nucléaires de Fukushima au Japon.

Ces robots pourraient également être utilisés dans un projet nucléaire de grande échelle en France, selon le professeur Frans van der Helm.

S'il est construit, ce réacteur enregistrera des chaleurs d'«un million de degrés» : «à cette température, tout commence à se déformer», rendant difficile la réalisation de tâches préprogrammées, a-t-il affirmé.

Grâce à cette technologie, les hommes pourraient «trouver leur chemin grâce au toucher» et trouver au fur et à mesure des solutions aux problèmes non prévus.

C'était un grand jour pour Doga Emirdag, un étudiant de 27 ans qui a aidé à dessiner l'exosquelette du «Centaure».

«Le robot en tant que tel n'ira peut-être pas dans l'espace, mais la technologie développée, oui», affirme-t-il d'un grand sourire.

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