La dépendance de la NASA vis à vis du privé et de la Russie en question

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La propulsion du premier étage de la fusée Antares est assurée par des moteurs dérivés d'une technologie soviétique datant des années 60.

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Jean-Louis SANTINI
Agence France-Presse
Washington

L'explosion mardi de la fusée Antares d'Orbital Science suscitait des questions sur la capacité de la NASA à acheminer du fret vers la Station spatiale internationale (ISS) et sur sa dépendance croissante vis à vis de la Russie et du secteur privé.

Depuis la mise à la retraite des navettes américaines en juillet 2011, la NASA a fait appel à deux entreprises privées, SpaceX et Orbital Sciences, pour acheminer du fret à l'ISS. Et elle est obligée de s'en remettre à la Russie pour envoyer ses astronautes à l'ISS, à 70 millions de dollars le siège dans les fusées Soyouz.

Ainsi, même s'il s'agissait mardi du premier accident depuis que la NASA dépend de sociétés privées pour approvisionner l'ISS, de nombreuses voix s'élèvent pour dénoncer la vulnérabilité de la NASA, obligée de sous-traiter ces missions importantes. D'autant que des astronautes prendront bientôt place dans ces vaisseaux privés.

«Il y a certainement des gens au Congrès et dans l'industrie aérospatiale qui pensent que l'administration Obama a fait une erreur en ne s'appuyant plus sur la NASA comme la force dominante dans les vols spatiaux», relève Marco Caceres, un analyste du cabinet Teal Group. Et «pour ces personnes le fait de recourir au privé est une mauvaise idée, une idée dangereuse même».

Face à de fortes contraintes budgétaires, Barack Obama a commencé dès son premier mandat à mettre en oeuvre cette nouvelle approche, initiée par son prédécesseur George W. Bush.

La NASA a conclu en 2011 deux contrats de ravitaillement de l'ISS, avec Orbital Sciences (1,9 milliard de dollars) et SpaceX (1,6 milliard). Au total, ces sociétés ont déjà effectué huit vols, dont six missions d'approvisionnement.

L'agence spatiale américaine a aussi sélectionné en septembre SpaceX et Boeing pour construire les deux premiers vaisseaux spatiaux privés de transport de personnes vers l'ISS. Un contrat d'un montant total de 6,8 milliards de dollars.

Mais les premiers vols de ces vaisseaux ne sont pas prévus avant 2017 et en attendant les États-Unis restent dépendants des Soyouz russes. Une situation loin d'être idéale dans le contexte international actuel, notamment avec la crise ukrainienne qui a plombé les relations entre les deux grandes puissances ces derniers mois.

Moteur russe des années 1960

La propulsion du premier étage de la fusée Antares est assurée par des moteurs dérivés d'une technologie soviétique datant des années 60, précise son constructeur américain Aerojet Rocketdyne.

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«Ce moteur, appelé AJ-26, initialement connu comme étant le NK-33, avait été conçu pour le lancement de la fusée russe N1 pour des missions habitées vers la Lune», indique le motoriste basée à Sacramento sur son site internet.

Le système des deux moteurs AJ26 offre au lanceur Antares de «meilleures performances à des coûts moindres que les autres moteurs de fusée de même capacité», fait encore valoir la firme qui a racheté la licence de production de ces moteurs aux États-Unis dans les années 90.

Le moteur a été, à l'origine, conçu par le bureau d'études russe JSC Kuznetsov près de Moscou, réputé pour les turbine à gaz.

Aerojet Rocketdyne explique avoir complètement modernisé le moteur et ses instruments depuis 1993.

Selon Orbital Science, la société en contrat avec la NASA qui devait lancer avec sa fusée une capsule pour ravitailler la Station spatiale internationale (ISS), l'ex-Union Soviétique a dépensé à l'époque l'équivalent de 1,3 milliard de dollars sur une période de dix ans pour développer ce moteur. Elle en a construit plus de 200 au total, qui n'ont jamais été utilisés.

«Les Soviétiques avaient un problème avec ce moteur dans les années 60 et ont fini par arrêter de le fabriquer», a expliqué à l'AFP Marco Caceres, un expert du secteur spatial du cabinet d'étude Teal Group.

La NASA a testé l'AJ-26, qui brûle du kérosène et de l'oxygène, à son centre d'essai de Stennis dans le Mississippi (sud), où en mai dernier un de ces moteurs a explosé durant un essai statique au sol.

L'agence spatiale a refusé à ce stade d'établir un lien entre cet accident et l'explosion d'Antares mardi soir, quelques secondes après son lancement depuis la base spatiale de Wallops, sur la côte de Virginie (est).

Les quatre précédents vol d'Antares s'étaient déroulés parfaitement.

Orbital Sciences et la NASA ont commencé à enquêter sur la cause de ce dysfonctionnement sans avoir encore donné d'indications.

Les ingénieurs d'Orbital ont dit qu'aucun signe de problème ne s'était manifesté durant le compte à rebours. Orbital a aussi précisé qu'il s'agissait du premier lancement d'Antares 130, une version plus puissante du lanceur que les modèles 110 et 120 utilisés jusqu'alors.

Outre les moteurs d'origine russe, Orbital Sciences a aussi fait appel à la société ukrainienne Yuszhnoe pour fabriquer les réservoirs et la structure du premier étage de la fusée Antares.

L'accident de mardi soir va conduire la NASA à examiner de près le lanceur Antares et surtout l'utilisation du moteur d'origine russe, estime John Logsdon, ancien directeur du «Space Policy Institute» à Washington.

Orbital avait déjà dit vouloir remplacer ce moteur, «cet échec va très probablement accélérer ce processus», dit cet expert à l'AFP.

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