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Campagne d'intimidation contre un chercheur canadien

Océanographe et professeur à l'École des sciences de... (PHOTO DIANA NETHERCOTT, Collaboration spéciale)

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Océanographe et professeur à l'École des sciences de la terre et de l'océan à l'Université de Victoria, en Colombie-Britannique, Jay Cullen a été surpris par la virulence des attaques dont il a fait l'objet après avoir conclu que l'eau du Pacifique n'était pas dangereuse pour la santé depuis l'accident nucléaire de Fukushima.

PHOTO DIANA NETHERCOTT, Collaboration spéciale

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«Traître», «criminel», «salopard»: le chercheur canadien Jay Cullen, qui étudie les impacts potentiels de l'acciden nucléaire de Fukushima sur les côtes canadiennes, a reçu des menaces de mort et a contacté la police par crainte pour sa sécurité.

Le 11 mars 2011, un tremblement de terre... (Photo archives Reuters) - image 1.0

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Le 11 mars 2011, un tremblement de terre et un tsunami ont dévasté la côte est du Japon et endommagé gravement la centrale nucléaire de Fukushima.

Photo archives Reuters

Des chercheurs se plaignent parfois du peu d'attention accordée à leurs travaux. Ce n'est pas le cas de Jay Cullen. Océanographe et professeur à l'École des sciences de la terre et de l'océan à l'Université de Victoria, en Colombie-Britannique, M. Cullen a lancé l'an dernier le groupe Integrated Fukushima Ocean Radionuclide Monitoring, un réseau de scientifiques qui étudient les risques potentiels liés à la présence de contaminants radioactifs de l'accident nucléaire japonais dans l'océan Pacifique en Amérique du Nord. La Presse lui a parlé

L'an dernier, vous avez réuni plusieurs chercheurs pour étudier l'impact potentiel de Fukushima sur les côtes américaines et canadiennes. Quel était votre objectif ?

Bien des gens autour de moi, ma famille, mes amis, se posaient des questions sur la contamination de l'océan Pacifique découlant de l'accident nucléaire de Fukushima en 2011. Après le désastre, j'avais commencé à écrire des articles pour expliquer aux gens ce que la communauté scientifique savait à ce sujet. J'ai vite réalisé que l'internet débordait de fausses informations, d'analyses pseudo-scientifiques avec des titres sensationnels sur les dangers des retombées de Fukushima dans l'océan Pacifique sur les côtes nord-américaines.

Ça m'a poussé à mettre sur pied une organisation de scientifiques provenant des agences gouvernementales, d'universités du Canada et des États-Unis, pour recueillir des échantillons d'eau du Pacifique et communiquer les résultats au public. Nous avons reçu notre première bourse de recherche l'an dernier.

Quelles sont vos conclusions jusqu'ici ?

Nous avons des instruments qui nous permettent de détecter les rayonnements ionisants à des niveaux extrêmement faibles, beaucoup plus faibles que ne peut le faire l'équipement disponible dans le commerce. Les niveaux de contamination que nous voyons dans l'eau et les poissons et que nous anticipons en fonction des modèles de courants des océans posent des risques extrêmement faibles de problèmes pour l'homme ou pour l'écosystème marin. Les niveaux observés au large des côtes d'Amérique du Nord sont 1000 fois inférieurs aux niveaux qui pourraient commencer à poser des risques accrus.

Vos résultats vous ont attiré des attaques de certains militants. Dans des vidéos sur YouTube, des gens vous accusent de « crimes contre l'humanité », vous décrivent comme un « traître » et vous avez même reçu des menaces de mort...

Oui. Il y a des individus qui expriment des propos haineux [à mon sujet] et qui estiment que la communauté scientifique complote pour cacher les impacts du désastre de Fukushima dans le Pacifique...

Les gens les plus virulents qui m'attaquent et me critiquent semblent incapables de faire la différence entre science et pseudoscience. Ils font des erreurs fondamentales quand ils parlent de physique, de chimie et de biologie de base. Le désastre de Fukushima montre que les gens se soucient de leur environnement, qu'ils sont passionnés... Une réaction plus appropriée serait d'apprendre comment fonctionnent les océans, la physique et la chimie, et les scientifiques peuvent être utiles dans ce rôle.

Cette intimidation est-elle arrivée d'un coup, ou bien est-ce une campagne continue ?

C'est un flot continu... Toute personne qui recevrait ce genre de messages serait inquiète. De manière générale, je peux dire que je suis inquiet pour ma propre sécurité et celle des gens autour de moi. 

Avez-vous contacté la police ?

Oui, oui... J'ai fait toutes les démarches et pris toutes les précautions et les actions que quiconque prendrait s'il faisait face à ce genre de messages. Il y a un niveau de risques. Je fais tout ce que je devrais faire pour gérer ce type de risques. Je crois que la meilleure réponse est de continuer à récolter des échantillons, à les analyser et à communiquer les faits au public. Je crois que ces gens ne représentent pas le grand public. 

Vous attendiez-vous à être critiqué quand vous avez entrepris ce projet ?

Oui, mais j'ai sous-estimé l'ampleur de la haine dont je pourrais faire l'objet, de la rhétorique violente, déshumanisante. Parfois, les gens semblent oublier que derrière les noms imprimés sur les études et les analyses scientifiques se trouvent des personnes en chair et en os. Tant de vitriol m'a surpris. Mais je comprends très bien que tout ce qui touche les rayonnements ionisants ou la technologie nucléaire inspire la peur et la méfiance chez un large segment de la population. 

Je pense que les scientifiques devraient mieux communiquer leur travail, les méthodes scientifiques qu'ils utilisent et les résultats de leur travail et leurs limites, et c'est ce que je compte continuer à faire avec ce projet.

L'accident de Fukushima en bref

  • Le 11 mars 2011, un tremblement de terre et un tsunami dévastent la côte est du Japon et endommagent gravement la centrale nucléaire de Fukushima.
  • Selon l'ONU, les doses de radiation reçues par la population japonaise ont été « trop faibles » pour avoir un impact négatif.
  • Lors de l'accident, des niveaux élevés de contamination ont été détectés dans l'eau de l'océan près de la centrale. Dès qu'on quitte la région immédiate de Fukushima, les taux enregistrés ne posent pas problème.

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