Le spectre des drones militaires autonomes

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Le chercheur Gregory Parker, directeur du développement des véhicules aériens miniatures au sein de l'armée de l'air américaine, présente un drone de la taille d'un insecte.

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Des oiseaux de proie comme l'autour, des insectes volants et des meutes de loups : tel est l'avenir du champ de bataille, si on se fie à l'agence de recherche avancée de l'armée américaine (DARPA).

Deux nouveaux programmes de la DARPA visent à mettre au point des drones pouvant circuler très rapidement dans des immeubles et capables d'une certaine autonomie en cas de brouillage des GPS ou des télécommunications. Notamment, la capacité de tirer sur l'ennemi selon des « règles d'engagement » préétablies.

Cette perspective inquiète Stuart Russell, professeur de génie informatique à l'Université de Californie à Berkeley, qui vient de publier dans la prestigieuse revue Science un appel à la mobilisation des scientifiques contre les « systèmes d'armes mortelles autonomes », LAWS selon l'acronyme anglais.

Des LAWS défensifs existent déjà, mis au point par la Corée du Sud pour surveiller sa frontière nord (Super Aegis II, capable de tirer sur une cible située à 3 km de distance) et Israël pour celle de Gaza (Sentry Tech, responsable d'une douzaine de morts durant la guerre de 2008 selon une étude parue en 2012 dans le Journal of Law, Information and Science). La Russie a aussi annoncé l'an dernier un LAWS mobile qui défendra à partir de 2020 certains de ses silos balistiques, mis au point par l'entreprise Izhevskiy radiozavod.

« Il faut absolument des normes internationales pour éviter les dérapages. », soutient Stuart Russell.

« Les États-Unis affirment avoir des normes adéquates mais ce n'est pas le cas de tous les pays. Plus de 80 pays sont maintenant capables de fabriquer des armes robotiques, poursuit M. Russell. Et même les LAWS américains posent problème : la formulation utilisée pour maintenir un "jugement humain en tout temps" pourrait se limiter à la conception des algorithmes qui géreront les règles d'engagement. »

Risque de dérives

Les partisans des LAWS font valoir qu'un robot ne pourra pas être mû par ses émotions et commettre des atrocités illégales sur le champ de bataille. Mais l'élaboration d'un algorithme de « guerre éthique » prendra beaucoup de temps, prévient Steve Wright, un spécialiste des LAWS à l'Université de Leeds, en Grande-Bretagne, qui fait campagne pour qu'ils soient inclus dans la Convention sur certaines armes classiques (CCW), qui interdit certains types de mines, de bombes incendiaires et les lasers aveuglants.

« L'objectif des fabricants de LAWS est de les rendre acceptables par la population civile et pas seulement sur le champ de bataille, dit M. Wright. On parle d'armes non mortelles comme des grenades assourdissantes ou des balles de plastique. Mais une fois que les robots armés autonomes feront partie du paysage, il sera tentant de les équiper d'autres types d'armes. D'autant plus qu'avec la reconnaissance automatique des visages et la possibilité d'utiliser des essaims de petits drones, la chasse aux humains qui ne coopèrent pas avec les forces de l'ordre va devenir de plus en plus facile. »

Un drone non autonome mis au point par l'entreprise sud-africaine Desert Wolf, le Skunk, est ainsi proposé pour le contrôle des foules. Le Skunk a une panoplie d'armes non mortelles, en plus d'une caméra avec reconnaissance automatique des visages.

7,3 milliards US: Marché des drones militaires en 2012

10,7 milliards US: Marché des drones militaires en 2017

Source : Lucintel

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