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Tsunamis et érosion font avancer la science «côtière»

Le tsunami de 2011 au Japon n'a pas... (Photo: archives AP/Kyodo News)

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Le tsunami de 2011 au Japon n'a pas épargné la ville de Natori, dans la préfecture de Miyagi, où les vagues ont tout broyé sur leur passage.

Photo: archives AP/Kyodo News

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Philippe BERNES-LASSERRE
Agence France-Presse
ARCACHON

Jusqu'où modéliser l'inondation par un tsunami? Faut-il vraiment aider une plage à combattre l'érosion? Mue par une série de catastrophes littorales ces dernières années, la science des «dynamiques côtières» connaît une période d'effervescence et quelques avancées qui bousculent des idées reçues.

Indonésie 2004, Chili 2010, Japon 2011: une succession de tsunamis violents et meurtriers, ont «réactivé l'intérêt» pour les littoraux, ont attesté cette semaine à Arcachon (sud-ouest de la France) 250 océanographes, physiciens, sédimentologues, géologues, ingénieurs des fluides, mathématiciens.

Pour trouver une attention similaire, il faut peut-être remonter à la Deuxième Guerre mondiale, et à l'intérêt poussé porté aux plages, dans l'optique des débarquements, relève Philippe Bonneton, directeur de recherche au CNRS (centre français de recherche scientifique) à Bordeaux et hôte du congrès.

«Actuellement, la science est bonne sur la propagation des ondes de tsunami, mais on a encore à apprendre sur les sources des tsunamis, et sur les modèles d'inondation, de submersion», explique Stephan Grilli, océanographe à l'université de Rhodes Island, considéré comme un des experts mondiaux de ces phénomènes.

Au Chili par exemple, le tsunami «a remis en question une idée assez répandue selon laquelle la première vague du tsunami est la plus dangereuse», explique Rodrigo Cienfuegos, du Centre national chilien de recherche sur la gestion intégrée des désastres, créé à Santiago en conséquence directe de la catastrophe de 2010.

Sources «complémentaires» des tsunamis

Au Japon, l'équipe de Grilli a identifié ce qui restait une énigme: pourquoi localement à Sankuri, assez loin au nord de la zone a priori la plus exposée, la masse d'eau avait atteint 40 mètres de haut, pour 14 à 20 m ailleurs. La réponse: un affaissement sous-marin, sur un terrain sédimentaire instable, venu amplifier monstrueusement l'effet du tsunami.

C'est l'un des secteurs vers lesquels s'oriente la recherche sur les tsunamis: des sources «complémentaires» qui permettraient «d'identifier des zones à risque accru en cas de tsunami --par exemple en analysant dans le sol les affaissements passés», dit-il.

Aussi dévastateurs soient-ils, les tsunamis récents ont permis aux chercheurs d'obtenir une foule d'informations sur le comportement de ces masses d'eau, la façon dont elles submergent des immeubles, un estuaire, un port.

2011, par exemple, a aidé à mieux comprendre un phénomène «de tourbillon durable», qui a agité des ports en Californie, de l'autre côté du Pacifique jusque 40 heures après le tsunami. Ce qui devrait permettre de mieux préparer ports et bateaux, souligne M. Grilli.

L'érosion des plages de sable affecte quant à elle 70% d'entre elles dans le monde. «Jusqu'à il y a 20 ans environ, l'idée dominante c'était de protéger en appliquant des digues, des épis, du béton. Des mesures "dures" ou "permanentes". En tout cas qu'on pensait permanentes», explique Marcel Stive de l'Université de Delft (Pays-Bas) considéré comme un des «papes» mondiaux de l'érosion.

Construire avec la nature

Des échecs répétés ont montré que ces solutions étaient parfois «pires que rien». «Si c'est possible, ce qu'il faut c'est aider la plage à se comporter de la façon la plus naturelle possible», explique le Pr Stive, qui conseille des États, par exemple le Vietnam sur le futur développement du delta du Mekong.

Car ces côtes s'ajustent et se régulent, «s'autoprotègent» en s'érodant puis reculant au fil des saisons et tempêtes, «mais de façon naturelle», résume-t-il.

Aussi en matière de lutte conte l'érosion, l'avenir est à l'engraissement des plages avec des sédiments, du sable ailleurs.

Non pas un apport ponctuel pour satisfaire les touristes à l'orée de l'été. Mais plutôt la création d'une immense excroissance sableuse pour laisser faire la nature et ne pas y revenir chaque année en perturbant l'écosystème --ou les budgets.

«Construire avec la nature»: c'est la philosophie du «sand engine» («moteur à sable») mis au point par Stive et appliqué en 2011 sur une frange de 20 km du littoral néerlandais au sud de La Haye. Un monstrueux tas de 21 millions de mètres cubes de sédiment déposé, que l'érosion naturelle mettra 20 ans à disperser. À son rythme.

L'homme, qui après avoir pressé et surpeuplé les littoraux depuis des siècles, les aiderait à se régénérer de manière «douce»? C'est un des Graal de la «science côtière», et un paradoxe que goûtent les chercheurs du littoral.

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