• Accueil > 
  • recherche 
  • > Sida, cancer, Alzheimer: quand la recherche est frappée par l'austérité 

Sida, cancer, Alzheimer: quand la recherche est frappée par l'austérité

Une chercheuse de l'hôpital Hebron à Barcelone.... (Photo AFP)

Agrandir

Une chercheuse de l'hôpital Hebron à Barcelone.

Photo AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Anna CUENCA
Agence France-Presse
Valence, Espagne

Dans un laboratoire du centre Prince Felipe de Valence, chimistes et biologistes élaborent des thérapies de pointe contre le cancer. Comme Maria Jesus Vicent, qui, faute d'argent, ne peut lancer comme elle l'espérait une série de tests sur des animaux.

À quelques mètres des laboratoires ultra-modernes, les couloirs sombres et les salles fermées rappellent que cet institut n'échappe pas à l'austérité qui frappe la recherche en Espagne.

Inauguré en 2005 à Valence, dans l'est du pays, en pleine prospérité économique, le centre devait pourtant être un fleuron de la recherche en biomédecine, sur ses 52 000 mètres carrés équipés d'une technologie de pointe, pour un coût de 60 millions d'euros.

«Nous y faisions beaucoup de recherches sur le cancer et les maladies neurologiques dégénératives», explique sa directrice, Isabel Muñoz.

Mais en 2011, en pleine crise, les subventions publiques pour le centre sont réduites à 4,6 millions d'euros, contre 9,8 millions deux ans plus tôt. 14 de ses 28 laboratoires ferment. 114 des 244 employés sont licenciés.

«Cela a été un drame, de voir des laboratoires fermés, des gens très brillants contraints de partir», se souvient Maria Jesus Vicent, 39 ans, qui a pu conserver son équipe grâce à des fonds européens.

Depuis 2006, elle met au point des molécules qui améliorent l'efficacité de certains médicaments contre le cancer ou la maladie d'Alzheimer. «En Espagne, nous sommes en passe de devenir des pionniers dans ce domaine», remarque-t-elle.

Mais la difficulté d'accès aux financements freine le travail des chercheurs.

«Par exemple, sur le cancer de la prostate, nous avons beaucoup avancé et nous voulions passer à l'étape des tests sur les animaux. Mais je n'ai pas d'argent pour commencer cette étape, beaucoup plus chère que les recherches au niveau chimique», raconte la chercheuse.

C'est aussi par manque d'argent que les deux blocs opératoires robotisés pour la chirurgie animale sont restés fermés durant plusieurs mois, avant d'être loués pour des cours. Mais le plus souvent, ils restent plongés dans le noir.

Selon la Confédération des associations scientifiques d'Espagne (COSCE), les investissements publics dans la recherche ont fondu depuis 2009, de neuf milliards d'euros à cinq milliards.

Le nombre de chercheurs dans le public a chuté de 129.308 en 2010 à 117 436 en 2013 et les scientifiques dénoncent l'asphyxie d'un secteur qu'ils estiment clef pour la reprise économique.

«Ces 10, 15 dernières années, l'Espagne a fait d'énormes efforts et nous étions très bien placés au niveau mondial. Avec les coupes budgétaires, nous risquons de perdre ce que nous avions mis 20 ans à obtenir», avertit Josep Maria Gatell, qui dirige des recherches sur le sida à l'hôpital Clinic de Barcelone.

«Nous risquons de mettre 20 années supplémentaires à rattraper le train», ajoute-t-il. «C'est une erreur que nous paierons très cher».

Le docteur Gatell et son équipe ont réalisé cette année un essai encourageant pour un vaccin curatif antisida. Une première mondiale, dont l'objectif à terme est de ne plus avoir besoin de traitement antirétroviral. Mais leurs recherches avancent désormais au ralenti, par manque de fonds.

Pour le moment, les grands programmes sont maintenus mais «beaucoup de projets jugés moins prioritaires ne peuvent plus être développés. Or souvent, ce sont ces petits projets qui réservent de grandes surprises», souligne Joan Comella, directeur de l'institut de recherche du Vall d'Hebron de Barcelone, qui survit grâce des financements étrangers et privés à hauteur de 75%.

Le professeur Comella craint aussi que la fuite des cerveaux ne s'accélère: «Quand un scientifique part, il emporte avec lui ses collaborateurs, ses connaissances et aussi les financements qu'il avait attirés».

Les contrats pour les jeunes scientifiques se faisant plus rares, «beaucoup choisissent de partir à l'étranger», assure Vicente Felipo, directeur du laboratoires de maladies neurodégénératives du centre Prince Felipe.

«Et en général, celui qui part ne revient pas», témoigne depuis le centre de recherche nucléaire de Genève Diego Martinez, un physicien espagnol de 30 ans qui s'est vu refuser un contrat public dans son pays, bien que lauréat d'un prix européen.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer