Revoir la pratique médicale

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Jana Havrankova

L'auteur est médecin endocrinologue et résidante de Saint-Lambert

L'affaire des primes versées au Dr Bolduc ramène dans l'actualité la question de la rémunération des médecins. Au-delà des incitatifs versés pour la prise en charge de nouveaux patients, d'autres aspects de la pratique médicale mériteraient d'être revus, ce qui permettrait à la fois de générer des économies et d'améliorer le fonctionnement de notre système de santé.

Plusieurs actes médicaux sont posés dans les cabinets «privés». Ces cabinets appartiennent souvent à des médecins individuels ou aux groupes de médecins. Ce qui implique qu'au-delà de sa pratique médicale, le médecin s'adonne à une pratique de gestionnaire de bureau, une activité non rémunérée.

Admettons-le: les médecins, surtout les jeunes et les femmes, se montrent en général peu intéressés par la gestion de bureau, une tâche pour laquelle ils n'ont reçu aucune formation et éprouvent peu d'intérêt. Ainsi, le médecin gestionnaire de son cabinet est en voie d'extinction.

Comment libérer les médecins de la gestion? De plus en plus, des gestionnaires professionnels mettent sur pied des cliniques où le médecin se trouve locataire. Ce modèle, qui cherche le profit pour le gestionnaire, s'avère évidemment coûteux pour le médecin, qui doit le payer à même ses revenus.

Une option serait l'installation des médecins en cliniques affiliées aux hôpitaux et dans les CLSC, propriétés de l'État, sans but lucratif. Je suis convaincue que beaucoup de médecins, surtout les jeunes et les femmes, seraient intéressés par ce modèle.

Par ailleurs, il conviendrait de profiter des structures existantes et d'éviter d'en créer de nouvelles qui exigeraient forcément des dépenses supplémentaires.

Vers le salariat? Pas sûr!

En abordant la rémunération des médecins, certains commentateurs parlent du «salaire». Le médecin n'est pas un salarié en général; les médecins en CSLC constituent l'exception. Certains médecins travaillent à vacation, en particulier dans les hôpitaux. Mais la plupart des revenus proviennent des actes posés, pondérés en principe selon la complexité des problèmes.

Le médecin qui travaille en cabinet doit payer, à même ses revenus, tout l'équipement du cabinet et les salaires du personnel. Comme tout travailleur autonome, le médecin doit posséder les assurances en cas de perte de revenus secondaires à une maladie ou à un accident et créer sa pension.

Par ailleurs, la rémunération à l'acte s'avère inadaptée au suivi des personnes avec des maladies chroniques comportant des problèmes et des médications multiples. Il s'agit pourtant d'un volet de plus en plus important de la pratique de beaucoup de médecins. Une forme de rémunération selon le nombre et le type de patients pris en charge devrait être mise en place.

Parfois, les gens se demandent pourquoi le médecin, presque exclusivement rémunéré par l'État, ne serait pas de fait un salarié. La réponse quasi unanime: oui, il devrait l'être. Je soupçonne toutefois que les gouvernements successifs ont effectué leurs calculs. Et il se pourrait que le salariat des médecins n'avantage pas nécessairement les finances de l'État.

Un médecin salarié exigerait que les lieux de pratique lui soient fournis, comme c'est le cas pour tout employé de l'État. Le salariat sonnerait définitivement le glas des cabinets médicaux: de nombreuses secrétaires, réceptionnistes, infirmières et technologues qui y travaillent perdraient leur emploi. On peut estimer, sans trop se tromper, que chaque médecin emploie au moins une personne. Potentiellement plus de 20 000 personnes se trouveraient donc au chômage ou devraient être réaffectées aux frais de l'État.




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