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Non-responsabilité criminelle: le Québec trop tolérant

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Même si le Québec regroupe 22% de la population canadienne, pas moins de 45% des verdicts de non-responsabilité criminelle pour troubles mentaux rendus au pays ont été prononcés par des tribunaux québécois.

PHOTO: ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre-Hugues Boisvenu
L'auteur est sénateur. Une de ses filles a été tuée par un récidiviste.

Entre 1992 et 2010, les verdicts de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux a triplé, passant de près de 400 à plus de 1200 cas au Canada. Ce qui inquiète le plus, c'est que le Québec demeure toujours, année après année, le champion de l'irresponsabilité criminelle dans ces décisions judiciaires.

Il serait hasardeux de généraliser à partir du dossier Guy Turcotte. Le travail du jury dans ce procès n'a pas été facile, il faut l'avouer. Le jury était à toutes fins pratiques condamné à prononcer un tel verdict. Comment ne pas être confus face aux jugements de deux professionnels ayant la même formation qui ont une perception diamétralement opposée sur l'accusé?

Ce verdict est un signe inquiétant que notre système de justice au Québec est beaucoup plus tolérant que dans le Canada anglophone. Que faut-il en conclure? Serait-ce que les Québécois ayant commis des crimes sont moins responsables? Que la vie d'une femme ou d'un enfant a moins de valeur dans notre province? Qu'avoir plus de compassion pour un criminel que sa victime est une caractéristique de notre société distincte?

Chose certaine, en écartant beaucoup d'informations sur la personnalité de Guy Turcotte, nous l'avons protégé. Je prétends même que certains médias ont fait la promotion de la personnalité «bon père de famille» du criminel. On a choisi de mettre de côté deux enfants assassinés de manière barbare.

Toujours est-il que l'écart de la non-responsabilisation criminelle entre le Québec et les autres territoires canadiens doit nous interpeler. Cette distinction nous questionne, d'autant plus que notre championnat n'est pas unique à ce domaine; pensons au décrochage scolaire chez nos garçons, aux accidents routiers commis par les jeunes. Bref, un dénominateur commun: personne n'est responsable de nos déboires. Ah oui! les autres... Je me souviens.

Sérieusement, revenons à notre médaille d'or en matière de non-responsabilisation criminelle. Même si le Québec regroupe 22% de la population canadienne, pas moins de 45% des verdicts de non-responsabilité criminelle pour troubles mentaux rendus au pays ont été prononcés par des tribunaux québécois. Ces données statistiques ne signifient tout de même pas que le Québec compte deux fois plus de malades psychiatriques qu'ailleurs au Canada.

Non, c'est le symptôme d'une société qui banalise la criminalité, pour qui punir est mal, que la cause d'un crime est ailleurs que chez le criminel et que la récidive est inévitable. Pensons seulement au fléau de l'alcool au volant. Pourquoi devons-nous attendre la mort d'une innocente victime avant de sévir sérieusement contre un chauffard ivre et multirécidiviste?

Le Québec est-il plus tolérant? Peut-être. Est-il enclin au laxisme? Voilà la confusion. C'est ici que mon propre drame, l'assassinat de ma fille par un récidiviste, m'a conduit à dénoncer le laxisme qui se maquille trop souvent en tolérance.

Condamner un pédophile à 45 jours de prison le week-end, faire trois mois de prison pour avoir violer une femme pendant 12 heures ou séjourner dans un centre jeunesse pendant un an pour avoir agressé des personnes âgées ne relèvent pas de la tolérance. C'est du laxisme organisé qui déresponsabilise les criminels des actes qu'ils ont commis.

Nous devons repenser la gestion des procès concernant des accusés ayant avoué leurs crimes. Soumettre un jury à des témoins-experts qui se contredisent n'aide pas la justice. Certains pays ont choisi que ces procès se déroulent devant juge seulement ou bien que l'expertise psychiatrique soit fournie par trois experts indépendants de la Couronne ou de la défense.

La justice n'a qu'un but dans une société, ne pas camoufler la vérité au détriment de la procédure judiciaire. La vérité n'a qu'un fondement?: responsabiliser les hommes des crimes qu'ils ont commis. Les excuser n'est pas responsable, c'est oublier les victimes.

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