La Libye, coupée en deux

Des dizaines de réfugiés font la file pour... (PHOTO: ZHORA BENSEMRA, REUTERS)

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Des dizaines de réfugiés font la file pour se procurer de la nourriture, dans un camp situé à la frontière de la Tunisie et de la Libye.

PHOTO: ZHORA BENSEMRA, REUTERS

Jocelyn Coulon
L'auteur (j.coulon@umontreal.ca) est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM.

La Libye risque bientôt d'être définitivement coupée en deux?: une république rebelle à l'est et un gouvernement Kadhafi, père ou fils, à l'ouest. Les différents scénarios d'interventions internationales évoqués depuis une semaine tendent vers une partition de la Libye qui n'est pas sans rappeler la situation actuelle en Côte d'Ivoire où, depuis 10 ans, des rebelles contrôlent le nord du pays, et le gouvernement de Laurent Gbagbo le sud.

Devant les exactions du régime, tous se demandent comment arrêter les combats et se débarrasser de l'ami d'hier, devenu aujourd'hui si encombrant. Ainsi, on discute depuis plusieurs jours des moyens de venir en aide à la population et, de fait, aux rebelles. L'un d'eux concerne l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne censée neutraliser les capacités meurtrières du régime en place. La création de cette zone est devenue comme un mantra scandé sur toutes les télévisions et l'objet d'une joute politique entre ceux qui l'estiment trop compliquée et dangereuse à mettre en oeuvre et ceux pour qui elle est une panacée.

Les deux parties ont raison et tort à la fois. D'un côté, la zone peut être établie facilement et les Européens n'ont pas besoin d'attendre les Américains pour la créer, car ils en ont les moyens matériels et logistiques. La supériorité occidentale est telle qu'un avion libyen violant la zone serait pulvérisé en quelques minutes, comme le furent 86 avions syriens détruits par la chasse israélienne en 1982 au-dessus du Liban, sans aucune perte du côté israélien. De l'autre côté, les risques pour les Occidentaux sont nombreux, dont ceux bien connus des dommages collatéraux subis par les populations civiles que l'on veut défendre.

D'ailleurs, à quoi servirait réellement cette zone? L'ambassadeur américain à l'OTAN, Ivo Daalder a prononcé lundi le fin mot dans cette affaire: «Quand on observe ce qui se passe, on note que l'activité des avions de chasse et d'autres moyens aériens a en fait diminué ce week-end, a dit le diplomate. À ce jour, l'activité aérienne globale n'a pas été un élément décisif. Si elle est mise en place, une zone d'exclusion aérienne n'aura pas réellement d'impact sur ce qui se passe en ce moment.» Et il a parfaitement raison.

Tout au plus, la zone permettrait aux rebelles de respirer un peu et de consolider leurs positions. En fait, la zone d'exclusion aérienne est une réponse de ceux qui ne veulent rien faire de concret par rapport au régime libyen tout en ayant l'air de faire quelque chose. Saddam Hussein a vécu 12 ans avec une telle zone au-dessus de l'Irak.

Il en va de même de l'idée lancée par l'ancien premier ministre français Dominique de Villepin. Après une rencontre avec le président Nicolas Sarkozy lundi, il a proposé la création d'une force de paix qui serait en mesure d'intervenir en Libye le long de corridors humanitaires. Si l'intention de sauver des vies et d'arrêter les combats est ici louable, l'ancien premier ministre n'est pas sans savoir qu'une telle intervention signifierait la partition de fait du pays, comme en Côte d'Ivoire.

Il n'y a que deux scénarios plausibles à une résolution de la crise en Libye. Le premier permet à la confrontation de poursuivre son cours et au plus fort de gagner, l'Occident se tenant à distance. Ce scénario est devenu politiquement et moralement intenable à partir du moment où les puissances occidentales demandent maintenant le départ de Kadhafi. Le deuxième voit l'Occident intervenir directement en soutenant ouvertement les rebelles et en bombardant le potentiel militaire du gouvernement libyen. On chasse un dictateur, mais on risque d'en installer un autre.

Hors ces scénarios, l'Occident continue à bricoler des options mitoyennes, la situation actuelle perdure et la Libye finit comme la Côte d'Ivoire. Dans ce cas, le problème libyen n'est pas réglé, mais il permet à l'Occident d'éviter de prendre des décisions douloureuses.

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