Les cellulaires ne causent pas le cancer

Le téléphone cellulaire a une longueur d'onde de... (PHOTO: ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le téléphone cellulaire a une longueur d'onde de 40 cm ou environ 800 MHz. À cette longueur d'onde, il est impossible de briser une molécule et, encore moins, d'affecter une cellule ou de causer le cancer.

PHOTO: ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Normand Mousseau
L'auteur est professeur de physique
, titulaire de la chaire de recherche du Canada en physique numérique des matériaux complexes à l'Université de Montréal.

«L'essentiel est invisible pour les yeux», disait le renard dans Le Petit Prince. C'est ce que pensent de nombreux groupes de plus en plus vocaux pour qui les champs électromagnétiques constituent un danger croissant avec la multiplication des appareils sans fil: téléphones cellulaires, bien sûr, mais aussi bornes wi-fi, antennes et autres. Cet invisible fait peur, indéniablement, on l'a encore vu récemment avec l'opposition à l'installation d'antennes cellulaires à Châteauguay et à Pointe-Claire.

La science ici devrait pouvoir aider. Après tout, on connaît très bien la science des champs électromagnétiques.

La fréquence des ondes radios, qui servent entre autres à transporter le signal terrestre des stations de radio et de télévision, est nettement sous seuil d'ionisation. Ainsi, comme la puissance du signal est très faible, il n'a aucun impact sur la vie, qu'il s'agisse d'une mouche ou d'un humain.

Le téléphone cellulaire, de son côté, est à la limite de la bande radio, a une longueur d'onde de 40 cm ou environ 800 MHz, toujours très loin de la limite ionisante! À cette longueur d'onde, il est donc impossible de briser une molécule et, encore moins, d'affecter une cellule ou de causer le cancer.

Comme la puissance maximale émise par le téléphone varie entre 0,6 et 3 watts, même si toute l'énergie était absorbée en chaleur par le corps, l'impact serait négligeable: si on suppose que toute la puissance d'un téléphone cellulaire était absorbée par une région de 100 cm3 autour de l'oreille, ça suffirait à peine pour augmenter la température de 0,2 degré Celsius par minute. Ce maximum est à peine équivalent au réchauffement de la tête dû à la lumière solaire lors d'une journée nuageuse. Sans surprise, le corps humain sait fort bien gérer ces infimes fluctuations grâce à son réseau sanguin.

Et encore, c'est le pire des cas. En réalité, seule une petite fraction de la puissance émise par le téléphone peut être absorbée par le corps, sans quoi, il n'y aurait pas de signal et, donc, pas de conversation!

Et s'il y avait un mécanisme de transfert d'énergie qu'on ignorait encore, malgré 150 ans de recherche? Bien que très improbable, on doit considérer cette possibilité. C'est pourquoi les gouvernements ont investi des sommes considérables dans des études épidémiologiques à grande échelle pour vérifier l'impact des téléphones cellulaires sur la santé.

Puisque l'émission de signaux est plus importante lors des conversations, si le téléphone causait le cancer, on peut s'attendre à ce que l'augmentation de ceux-ci soit concentrée au cerveau, près de l'oreille. Or, malgré le vieillissement de la population, le nombre de cancers du cerveau diagnostiqués par 100 000 habitants n'a pas augmenté depuis 20 ans. En fait, il est même légèrement en baisse aux États-Unis, par exemple, malgré une hausse considérable de l'utilisation du téléphone cellulaire.

Peut-être les effets sont-ils subtils? La grande enquête internationale Interphone essaie justement d'établir les liens entre les individus atteints de cancer du cerveau et leur usage de téléphone cellulaire. Résultat: rien. Ou, plus précisément, les statistiques sont tellement faibles qu'elles suggèrent qu'un usage modéré du téléphone cellulaire pourrait très légèrement diminuer les risques de cancer du cerveau alors qu'un usage très important pourrait très légèrement les augmenter.

La difficulté de montrer un impact réel de l'utilisation du téléphone cellulaire et de la présence d'antennes de toutes sortes sur la santé, malgré des dizaines et des dizaines d'études devrait être plus que suffisante pour rassurer la population: s'il y avait un lien, on l'aurait vu!

Pourtant, les groupes d'opposition continuent d'apparaître, s'appuyant sur des légendes urbaines, une poignée d'études bâclées et leurs propres existences. Il est temps de faire cesser ces absurdités. Halte à la panique!




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