La Russie très vulnérable

Des fleurs ont été déposées sur les lieux... (PHOTO: DENIS SINYAKOV, REUTERS)

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Des fleurs ont été déposées sur les lieux mêmes de l'attentat, à l'aéroport international de Domodedovo à Moscou, qui a fait 35 morts.

PHOTO: DENIS SINYAKOV, REUTERS

Aurélie Campana
L'auteure est professeure adjointe de science politique à l'Université Laval et titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les conflits identitaires et le terrorisme.

L'attentat qui a frappé l'aéroport international de Domodedovo à Moscou lundi dernier vient rappeler l'extrême vulnérabilité de la Russie face au terrorisme.

Bien que beaucoup de confusion persiste sur le déroulement exact des événements, le mode opératoire rappelle tragiquement celui utilisé lors d'autres attentats perpétrés dans la capitale russe. Plusieurs indices convergent vers la piste nord-caucasienne, même si la prudence reste de mise en l'absence de revendication.   

Le Caucase du Nord est devenu un problème pressant pour les dirigeants russes, qui ont récemment reconnu la dégradation de la situation sécuritaire dans la région. Les attaques hebdomadaires, voire quotidiennes, contre les représentants des forces de sécurité et des autorités fédérales et locales démontrent que la Russie est en proie à un conflit qui gagne en ampleur depuis 2009.

Si la Tchétchénie reste un épineux problème non résolu dans le pied d'une Russie affaiblie par cette instabilité persistante, l'extension et l'intensification des violences aux républiques voisines, le Daghestan, l'Ingouchie et depuis peu la Kabardino-Balkarie, montrent combien la situation échappe de plus en plus à Moscou.

Des problèmes multiples alimentent la déconnexion entre les autorités et une population prisonnière des luttes féroces que se livrent forces de sécurité et insurgés. Cette région est confrontée à une profonde crise socio-économique et à un chômage rampant. Les mesures administratives et les programmes d'aide octroyés par Moscou n'ont pas permis d'inverser la tendance, malgré les centaines de milliards de roubles déjà investis. Une partie substantielle de ces fonds s'évaporent dans les dédales des administrations, rongées par une corruption endémique. Le président Dmitri Medvedev a lui-même reconnu que la corruption constitue un obstacle sérieux à toute tentative de stabilisation.

Pourtant, ces discours de fermeté cachent mal un certain laisser-faire. Moscou a adoubé des dirigeants locaux, qui bénéficient d'une certaine latitude en échange de leur loyauté et de financements importants. Cette politique à court terme avait pour objectif de contenir les violences à l'intérieur de ces républiques volatiles. L'application de cette recette, expérimentée d'abord en Tchétchénie, montre de sérieuses limites et illustre à la fois l'impossibilité de l'État russe à innover et à se réformer.

L'inefficacité de l'approche civile laisse aux tenants du «tout sécuritaire» les mains libres. La répression, arme brutalement employée depuis les années 90, reste aujourd'hui encore l'outil principal utilisé dans la région. Si les agences de sécurité russes parviennent régulièrement à décapiter les groupes insurgés, elles sont dans l'impossibilité de lutter efficacement contre une insurrection résiliente aux visages multiformes. Cette dernière est composée de groupes armés aux motivations diverses, qui tous se rassemblent derrière le paravent d'un islam radical. Mais la religion ne constitue pas en soi une cause du conflit.

Malgré les dissensions qui ont récemment frappé l'émirat du Caucase du Nord, organisation qui dit coordonner les actions des différents groupes insurgés sur le terrain, il conserve une capacité de déstabilisation importante. Qu'il revendique ou non l'attentat de Domodedovo, il continuera à être l'une des cibles premières des forces de sécurité russes.

Les enjeux sont de taille pour le président comme pour son premier ministre, Vladimir Poutine. Tous deux doivent faire la preuve de leur capacité à agir face à un problème persistant, sur fond de polémique grandissante quant à l'inefficacité des services de sécurité. Il s'agit également de montrer au monde entier que la Russie, qui accueillera deux événements sportifs d'envergure internationale - les Jeux olympiques de 2014 et la Coupe du monde de soccer -, est en mesure d'assurer la sécurité de ces manifestations, alors même que les JO de Sotchi auront lieu à quelques encablures des républiques nord-caucasiennes les plus instables.

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