De l'eau dans le gaz

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La technique dite de «fracturation» hydraulique de la roche-réservoir présente un risque réel de contamination des eaux de surface, une source importante de tensions potentielles.

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Philippe FaucherL'auteur est professeur au département de science politique et chercheur associé au Centre d'études et recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM.ca).

Cette fois, l'affaire est sérieuse et il n'y aura pas d'échappatoire. La décision du BAPE sur l'exploitation du gaz de schiste et ses suites politiques inévitables servira de test décisif à la volonté collective de donner vie à notre version du développement durable. Maintenant que la tentation du gaz de schiste est à portée de forage, il faut sortir de la théorie verte et choisir. Rater l'aventure du gaz, c'est nous mettre en situation de perte d'autonomie.

Le shale de l'Utica, qui s'étend sur une partie de la vallée du Saint-Laurent, pourrait contenir assez de gaz pour satisfaire notre demande de consommation pendant 200 ans et apporter de l'argent - environ 56 millions de dollars par an en redevances selon l'évaluation de mon collègue Jean-Thomas Bernard - dans les coffres de la province. Mais il y a un risque environnemental à prendre.

En tout, 28 forages ont été effectués dans les schistes du Québec depuis 2007, dont sept en 2010. Or le débat public a débuté cet été. Je m'interroge: quand avons-nous franchi le point d'inflexion de l'intolérance collective au forage? Était-ce au 22e ou au 26e trou?

Supposons que nous choisissions la voie familière de l'accommodement. En effet, entre le laisser-faire et l'interdiction pure et simple, déguisée en moratoire, il y a le développement durable. L'exploitation du gaz de schiste fournit l'occasion de donner à ce concept creux un début de contenu.

Dans cette perspective, au moins trois questions méritent un examen attentif. Ainsi, l'expérience considérable développée aux États-Unis nous apprend que la technique dite de «fracturation» hydraulique de la roche-réservoir présente un risque réel de contamination des eaux de surface. Aussi, notre législation minière prévoit que les désagréments découlant de l'exploitation des richesses du sous-sol incombent aux résidants des régions productrices alors que les redevances reviennent à l'État et disparaissent dans les tréfonds des finances publiques. Il s'agit là d'une source importante de tensions potentielles.

Enfin, n'oublions pas nos engagements internationaux, lesquels nous imposent de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) à toutes les étapes des opérations. Sur ces enjeux, des solutions existent et l'expérience des autres pays producteurs ainsi que les études et témoignages présentés aux audiences du BAPE sont des sources d'inspiration fort utiles (www.bape.gouv.qc.ca).

Tout d'abord, il va falloir apprendre à partager. De la même manière que Québec exige d'Ottawa les redevances d'une éventuelle exploitation du gisement Old Harry, il est important que les régions et municipalités où se fera l'extraction en retirent des bénéfices palpables.

Puis, il faudra s'assurer que les entreprises détentrices des permis de production respectent les milieux naturels et que les contrats incluent des clauses portant sur la remise en état des lieux à la suite de l'exploitation.

En troisième lieu, l'aventure du gaz de schiste aura plus de chance de susciter une adhésion populaire si le gouvernement consacre une part significative des revenus à des programmes de soutien aux énergies propres.

Finalement, l'industrie du gaz devra s'engager à compenser, sur l'ensemble du cycle de production, pour les émissions de GES. Le respect de ces quatre conditions participe à la partie durable de l'accommodement proposé.

Au centre de la confrontation en cours, qui oppose le développement à l'environnement, se trouve la délicate question de l'eau. Concrètement, il faut s'assurer que l'on saura disposer proprement des fluides de fracturation, car ceux-ci contiennent, dans une proportion de 1%, des produits chimiques nuisibles. Une partie sera pompée et recyclée. Surtout, il faut s'assurer que le liquide enfoui ne profite pas de failles naturelles de la roche et trouve son chemin dans la nappe phréatique proche de la surface.

Des solutions techniques existent et une nouvelle réglementation, inspirée des meilleures pratiques, est en cours d'élaboration. Malgré tous ces efforts, on ne pourra éliminer la possibilité d'un retour des eaux contaminées. Sur les milliers de forages nécessaires, de l'ordre de 200 par an, la probabilité qu'un accident se produise est élevée. Tout développement s'accompagne d'une part de risque, on ne saurait éliminer l'incertitude.

Alors, c'est l'eau ou le gaz?

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