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Conflit au Journal de Montréal: la Caisse de dépôt doit intervenir

Les employés du Journal de Montréal sont en... (PHOTO: RYAN REMIORZ, ARCHIVES PC)

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Les employés du Journal de Montréal sont en lock-out depuis 21 mois.

PHOTO: RYAN REMIORZ, ARCHIVES PC

Cette lettre est signée par une coalition qui représente 3800 journalistes et professionnels de l'information.*

À la suite du rejet des dernières offres de Quebecor par les «lock-outés» du Journal de Montréal, une coalition de journalistes de plusieurs médias - non syndiqués et syndiqués - réclame une intervention rapide de la Caisse de dépôt et placement du Québec pour mettre fin à ce conflit de travail, le plus long de l'histoire du Canada dans un média.

Ce conflit est préoccupant pour toute la profession journalistique et pour tous ceux qui souhaitent une information libre et de qualité au Québec. Ce lock-out dépasse les simples relations de travail entre des syndiqués et leur entreprise. Il touche le coeur du métier de journaliste, de la liberté d'expression et de la diversité des voix dans un pays démocratique.

Par le biais de la Caisse de dépôt et placement, le plus important actionnaire de Quebecor, tous les Québécois sont concernés par ce conflit. Quebecor a donc une responsabilité sociale à assumer.

Les dernières offres inacceptables de la direction du Journal de Montréal nous amènent à cette sortie publique.

Nous tenons à exprimer notre solidarité aux 253 lock-outés du Journal de Montréal, à la rue depuis maintenant 640 jours. Leur courage est exemplaire. Ils ont contribué à bâtir de leurs mains et de leur matière grise une bonne partie de l'empire qu'est devenu Quebecor. Ils méritent le respect de leur employeur.

En tant que journalistes, nous estimons inacceptable que Quebecor exige la fermeture du site internet Rue Frontenac. Forcer le démantèlement d'un média, peu importe la raison de sa création, va à l'encontre de la diversité des voix et de la liberté d'expression dans une société libre et démocratique. Rue Frontenac, grâce à la qualité de son travail, contribue au débat public.

Il est odieux de demander cette fermeture, alors que la direction du Journal de Montréal veut mettre à pied 80% des journalistes et employés syndiqués. Rue Frontenac représente le gagne-pain de plusieurs d'entre eux et Quebecor veut s'arroger un droit de regard sur l'avenir des journalistes qu'il entend mettre à la porte.

Il en va de même de la clause de non-concurrence collective exigée par Quebecor, qui souhaite empêcher les journalistes en lock-out d'aller travailler pour La Presse ou Cyberpresse. Cela créerait un dangereux précédent. Le métier de journaliste est celui de nourrir le débat public. Les journalistes ne possèdent aucune information stratégique sur l'entreprise qui puisse justifier une telle interdiction, surtout après plus d'un an et demi de lock-out.

Le monde des médias est petit et dans le contexte actuel, cette demande revient ni plus ni moins qu'à empêcher les journalistes de travailler.

La longueur du conflit montre la volonté de Quebecor de mettre à genoux un syndicat dont l'existence est tout à fait légitime. Cette perte d'influence des syndiqués peut avoir des conséquences sur la qualité de l'information fournie au public.

Dans une entreprise de presse, le syndicat est l'un des remparts qui peut empêcher une corporation de faire la promotion de son idéologie au détriment de l'intérêt public. Il s'assure du respect de ses membres, y compris de leur liberté d'action et de leur indépendance par rapport aux intérêts commerciaux du propriétaire, et crée un sain rapport de force avec l'employeur, soit la grande entreprise qui possède le média. Cela permet au public d'avoir une information de qualité et équilibrée.

Visiblement, Quebecor ne souhaite plus avoir ce rempart. L'entreprise évolue de plus en plus en vase clos, comme en fait foi son retrait du Conseil de presse, le tribunal d'honneur de la profession. Cela nous inquiète. En tant que professionnels de l'information, nous croyons que posséder un média, une force de frappe puissante dans une société, impose des responsabilités.

Il est vrai que le monde des médias change, comme l'affirme la direction du Journal de Montréal, et qu'il faut s'adapter. Tous les autres médias du Québec le font et n'ont d'ailleurs pas eu besoin d'un lock-out pour y arriver. La liberté de presse ne doit pas être subordonnée à liberté d'entreprise.

Trois gestes à poser

Pour toutes ces raisons, nous demandons les trois actions suivantes:

1. Les plus importants actionnaires de Quebecor Media, ce sont tous les Québécois. La Caisse de dépôt et placement détient 45% des actions de l'entreprise. Le silence de cette institution financière a assez duré. La Caisse de dépôt a un rôle social à jouer dans une province tricotée serrée comme le Québec. Nous demandons à Michael Sabia, le président de la Caisse, de forcer Quebecor à retourner à la table de négociation et à faire preuve d'ouverture. Nous demandons également à tous les membres du conseil d'administration de la Caisse d'utiliser leurs sièges pour amener l'institution à jouer un rôle actif dans la résolution rapide de ce conflit.

Après 640 jours de lock-out, on peut affirmer que la Caisse de dépôt est complice du plus long conflit médiatique de l'histoire du Canada. Il est temps que la Caisse de dépôt, et par son entremise tous les Québécois, disent haut et fort que ce conflit doit se régler à la satisfaction des deux parties. Le Journal de Montréal est un rouage important de la démocratie québécoise et il a besoin de ses journalistes pour faire un bon travail de chien de garde de la démocratie.

2. Le gouvernement du Québec doit absolument moderniser le Code du travail, et ce, rapidement. Il s'agit d'un enjeu qui touche des milliers de travailleurs au Québec qui utilisent avant tout leur cerveau comme matière première. Modifié pour la dernière fois en 1978, le Code du travail n'est plus adapté aux nouvelles technologies qui permettent de travailler à distance. Le lieu physique de l'employeur n'a plus d'importance dans plusieurs secteurs de l'économie, dont celui des médias. La loi antibriseurs de grève n'a donc plus le mordant nécessaire pour créer un véritable rapport de force entre une entreprise et ses syndiqués. Le gouvernement du Québec doit s'engager rapidement dans une modification du Code du travail, sans quoi d'autres conflits pénibles et inutiles vont émerger à l'avenir.

3. Une commission parlementaire doit être mise sur pied pour étudier le problème de la concentration de la presse, car si Quebecor peut faire durer ce lock-out, c'est avant tout parce qu'il a entre les mains plusieurs médias convergents qui décuplent sa mainmise sur l'information au Québec. Un lock-out dans un média a un impact sur la qualité du débat public et donc sur la santé de notre démocratie. D'autres conflits du même genre pourraient voir le jour à l'avenir. Il est temps de comprendre les enjeux de ce conflit et d'en tirer des leçons pour l'avenir.

* Cette déclaration est appuyée par:

Syndicat des communications de Radio-Canada (Alex Levasseur, président)

Guilde canadienne des médias unité locale de La Presse canadienne à Montréal (Patrice Bergeron, président)

Association des journalistes indépendants du Québec (Nicolas Langelier, président)

Syndicat des employé(e)s de TVA (Réjean Beaudet, président)

Syndicat de la rédaction du journal Le Devoir (Alec Castonguay, président)

Syndicat des travailleurs de l'information de La Presse (Frédéric Murphy, président)

Syndicat de la rédaction du Soleil (Baptiste Ricard-Châtelain, président)

L'équipe de rédaction du magazine Urbania

Les travailleurs de l'information du Journal Les Affaires

Syndicat des communications du Progrès du Saguenay (Serge Lemelin, président)

Syndicat des travailleurs de l'information du Droit (Ottawa-Gatineau) (Paul Gaboury, président)

Syndicat national des employé-es de La Voix de l'Est (Michel Laliberté, président)

Syndicat le l'information du Nouvelliste, (Pierre Carrier, président)

La Guilde des employés de journaux de Montréal/The Gazette (Irwin Block, vice-président)

Syndicat général de la radio représentant les employés de Corus (Jean-Christophe Ouellette, Vice-président)

Syndicat de l'imprimerie de Sherbrooke (Rédaction)/La Tribune (André Laroche, délégué)

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