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Il fallait s'attendre à l'échec du multiculturalisme

La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé samedi... (PHOTO: DAVID GANNON, AFP)

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La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé samedi que le modèle d'une Allemagne multiculturelle, où cohabiteraient harmonieusement diverses cultures, avait «totalement échoué».

PHOTO: DAVID GANNON, AFP

Mathieu Bock-Côté

L'auteur est candidat au doctorat en sociologie à l'UQAM.

«Le multiculturalisme a échoué. Le message vient d'Allemagne, de la chancelière Angela Merkel. Il a fait le tour du globe. En tendant l'oreille, on remarquera qu'un tel message circule dans toutes les sociétés occidentales et s'impose de plus en plus comme une évidence. Il suffit de constater l'implosion identitaire de certaines métropoles européennes sous la pression des communautarismes pour se convaincre de sa justesse.

Angela Merkel a formulé avec ironie une définition du multiculturalisme qui réfère à l'idéal d'une diversité bucolique: «Nous vivons maintenant côte à côte et nous nous en réjouissons.» Il s'agit pourtant d'une définition assez restrictive. Car si l'idéologie multiculturaliste repose effectivement sur l'utopie d'une société sans culture commune, ses promoteurs l'ont considérablement radicalisé depuis une quinzaine d'années.

En fait, les multiculturalistes reconnaissent depuis longtemps le caractère improbable de leur vision du monde. Ils savent bien qu'une hétérogénéité identitaire trop radicale a pour prix la fragmentation sociale. Mais les multiculturalistes en font porter la responsabilité aux sociétés occidentales qui accueilleraient mal la diversité. Ils ont pour cela travaillé à censurer la dissidence idéologique en assimilant la critique du multiculturalisme à la xénophobie.

Les multiculturalistes ont aussi pratiqué la rééducation thérapeutique des populations majoritaires. Ce n'est plus à l'immigré de prendre le pli de la société qui l'accueille, c'est à cette dernière de réaménager ses institutions et sa culture pour éviter qu'elles n'entravent l'expression de la diversité. Le multiculturalisme repose fondamentalement sur l'inversion du devoir d'intégration.

Il faut en convenir, c'est dans leurs principes que les sociétés occidentales sont blessées. Le meilleur exemple est celui de la liberté de religion. Ce principe vital est de plus en plus instrumentalisé pour justifier l'autoségrégation de certaines communautés souhaitant s'imperméabiliser contre leur société d'accueil. Ce n'est pas sans raison que l'opinion publique se braque contre certains vêtements religieux. Car leur signification est d'abord politique. Ils correspondent à une déclaration de non-appartenance à la société d'accueil.

Il fallait s'y attendre. La société libérale présuppose une culture, des habitudes, des coutumes, des moeurs mêmes, qui sont celles de la civilisation occidentale. Elle présuppose une forme de civilité démocratique qui vient nourrir les institutions. Elle ne se réduit pas à l'adhésion aux chartes des droits. En fait, la sacralisation des chartes a déformé la culture des sociétés libérales en favorisant un clientélisme victimaire qui ruine le travail de l'intégration.

Cela nous ramène au Canada. On apprenait il y a quelques jours qu'une femme pourra désormais témoigner en niqab dans les tribunaux ontariens. Il faut y voir une autre épreuve de force perdue par les institutions canadiennes qui ne savent plus répondre aux demandes les plus exagérées. L'accommodement raisonnable est devenu la norme. La gauche multiculturelle y voit le signe d'une tolérance supérieurement évoluée, malgré le désaveu populaire, qui n'est plus exclusif au Québec et qui s'exprime même au Canada anglais.

Désormais, le multiculturalisme a si mauvaise réputation que les hommes politiques cherchent à s'en dissocier. Il ne faudrait toutefois pas se laisser bluffer. Au Québec, nos élites croient s'en distinguer en parlant de l'interculturalisme ou en jouant la carte du «pluralisme identitaire». On joue sur les mots pour donner l'impression de rompre avec la rectitude politique. Mais une rhétorique vaguement musclée sur la question de l'intégration ne fait pas une politique.  

La crise est profonde. Car le multiculturalisme est aujourd'hui intériorisé par l'administration publique et soutenu par une expertocratie qui pratique l'ingénierie sociale au nom de la gestion de la diversité. Remettre en question le multiculturalisme, c'est contester l'élite qui en fait la promotion. C'est surtout remettre en question la déformation de la démocratie dont elle s'est rendue coupable. Nous ne sommes pas sortis du bois.

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