Pakistan: où est passé notre générosité

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Le Pakistan, notamment la province de Sindh, se remet péniblement des inondations des derniers jours. Le gouvernement estime à 13,8 millions le nombre de personnes touchées par la catastrophe, dont quelque six millions ont besoin d’une aide humanitaire pour survivre.

PHOTO: AKHTAR SOOMRO, REUTERS

 

Stéphanie Alcaraz Robinson

Résidante de Longueuil, l'auteure complète un baccalauréat en ressources humaines à l'UQAM.

La Presse

La générosité, la solidarité, l'entraide, la mobilisation et la sympathie sont des qualités légendaires chez les Québécois et les Canadiens en général.

Nous avons maintes fois prouvé, par exemple lors du tsunami en Asie et du tremblement de terre qui a secoué Haïti, que nous étions capables de surmonter nos propres problèmes quotidiens pour venir en aide aux gens qui sont dans le plus terrible besoin.

Des marches, des concerts spontanés, des dons en profusion, de simples citoyens qui vont se rendre sur les lieux afin de reconstruire les ruines, des célébrités nationales qui parlent au nom de ceux qui se retrouvent sans voix. Bref, la société se met en branle et vient en aide aux sinistrés. Des montants d'argent astronomiques sont offerts par les citoyens, les gouvernements et les organismes de tout genre à ceux qui ont tout perdu. Dans les médias, les restaurants, le métro, au bureau, partout où on va, on parle de ces terribles tragédies.

Par contre, alors qu'une des pires catastrophes mondiales se produit en ce moment au Pakistan, toutes ces qualités admirables qui sont habituellement déployées sont terriblement absentes.

Des millions de sinistrés ont tout perdu. Et ça continue d'empirer. Où sont les Georges Laraque et Luck Mervil? Les pages couvertures et les innombrables reportages? Les dons et les téléthons? Les concerts et les marches? Combien a-t-on amassé si généreusement pour ce pays déchiré et ravagé? Où est donc passée toute cette générosité alors que ce pays a tant besoin de notre aide?

Il est triste de constater que le sort de ces Pakistanais nous importe peu. Que les morts haïtiens ont plus de valeur que les morts pakistanais. Que parce qu'il n'y a pas de plages superbes, de tourisme prisé et de célébrités pakistanaises au Canada, on préfère tourner la page, passer sous silence ce drame et oublier tous ces humains qui souffrent et qui sont dans le besoin.

Notre générosité vient-elle avec des conditions? On choisit ceux que l'on aide et que les autres se débrouillent? Comment peut-on évaluer la valeur de la vie humaine avec un désintéressement aussi vif et cruel? Est-on dérangé par leur religion, la couleur de leur peau? Nos préjugés envers ce pays sont-ils plus importants que ces gens qui souffrent?

Toutes ces belles qualités se sont transformées en un haussement d'épaules, un pur fait divers, une nouvelle sans trop d'artifice. On continue notre vie comme si de rien n'était, en jugeant que ces Pakistanais ne valent pas qu'on se mobilise pour eux. Le sommeil d'aucuns ne sera troublé, et demain, nous parlerons d'autre chose. Jusqu'à ce qu'un pays que l'on aime se fasse dévaster. Alors là, on sortira nos chéquiers, notre intérêt et notre générosité. On reparlera de héros, de personnes admirables, de tragédies et d'amour. On se tapera le dos, en disant que l'on a bien agi, que l'on est un peuple de bonnes personnes et que tous les pays devraient être comme nous. Mais, veut-on vraiment que l'humanité choisisse leurs intérêts comme nous le faisons?

A-t-on vraiment le droit de fermer les yeux sur le drame que vivent les Pakistanais en ce moment?

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