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Les Américains dépendants de nos sables bitumineux

À partir de cette année, le Canada va... (PHOTO: ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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À partir de cette année, le Canada va devenir le principal fournisseur de pétrole des États-Unis, soit l'équivalent des importations combinées de l'Arabie Saoudite et du Koweït.

PHOTO: ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Fournier

L'auteur est analyste géopolitique à la Banque Nationale.

Cyberpresse

De tous les défis géopolitiques tant intérieurs qu'extérieurs auxquels devra faire face le Canada dans les prochaines années, aucun n'est plus important que le développement des sables bitumineux.

À partir de cette année, le Canada va devenir le principal fournisseur de pétrole des États-Unis, soit l'équivalent des importations combinées de l'Arabie Saoudite et du Koweït. En 2030, 36% de la consommation américaine de pétrole proviendra des sables bitumineux. Même les projections les plus optimistes sur le potentiel des énergies propres et renouvelables ne permettent pas de croire que la dépendance à l'égard du pétrole pourra être réduite de façon significative avant plusieurs décennies, particulièrement dans les secteurs du transport et de l'industrie chimique.

La catastrophe du golfe du Mexique, où les États-Unis obtiennent un tiers de leurs approvisionnements, va porter un dur coup à la sécurité énergétique américaine. Rappelons aussi qu'un tiers de la production mondiale de pétrole provient des forages en mer.

L'invraisemblable cafouillage de la BP démontre clairement qu'il n'existe présentement aucune technologie efficace pour affronter les accidents majeurs. À tout le moins, on peut anticiper un sérieux ralentissement pour la production offshore, et une augmentation importante des coûts pour assurer une plus grande sécurité aux forages en mer qui sont déjà très coûteux.

En plus, la présidence de Barack Obama ne survivrait pas à une deuxième catastrophe pétrolière. Inévitablement, malgré les coûts de production élevés (environ 70$ le baril en moyenne) et les défis environnementaux (gaz à effets de serre, déchets toxiques...), les sables bitumineux sont perçus plus que jamais comme un élément clé de l'indépendance énergétique de nos voisins

La détérioration de leur situation géopolitique par rapport à leurs autres fournisseurs actuels et potentiels accentue la précarité des approvisionnements futurs pour les États-Unis. Le Moyen-Orient, particulièrement l'Irak et l'Iran, se retourne contre l'Occident et définit son avenir pétrolier de plus en plus en fonction des marchés asiatiques. Les réserves pétrolières du Mexique s'épuisent beaucoup plus rapidement que prévu. Le Vénézuéla a exproprié la plupart des entreprises pétrolières étrangères et a conclu d'importantes ententes à long terme avec la Chine et la Russie. Même le Brésil «nationalise» graduellement ses énormes découvertes offshore, et signe des contrats de financement et d'approvisionnement à long terme avec la Chine. Vraisemblablement, le Brésil et le Mexique, où se trouve une grande quantité du pétrole offshore non encore exploité, devront faire face à une opposition grandissante contre les nouveaux forages.

Entretemps, la Chine devient un acteur de plus en plus actif dans les sables bitumineux canadiens. En 2005 et 2008, la Chine a fait deux acquisitions relativement modestes. L'année dernière, PetroChina a payé 1,9 milliard de dollars pour une participation de 60% dans deux projets contrôlés par Athabasca Oil Sands en Alberta, à un moment où la récession et la baisse des prix du pétrole avaient refroidi les ardeurs des pétrolières privées. En avril dernier, la Chine a suivi avec un investissement de 4,6 milliards pour acheter 9% du projet Syncrude. Finalement, le mois dernier, le fonds souverain China Investment Corp. a conclu une entente avec Penn West pour une participation de 45% dans le projet des sables bitumineux de Peace River. Comme ailleurs dans le monde, et comme pour d'autres ressources, la Chine met la priorité sur son développement industriel à long terme plutôt que les profits à court terme, ce qui constitue un défi de taille pour les multinationales privées.

L'entreprise TransCanada Pipeline a récemment demandé l'autorisation de construire un oléoduc de plusieurs milliards qui permettrait d'acheminer vers le Pacifique, et éventuellement vers le marché asiatique, le pétrole extrait des sables. Une entreprise concurrente, Enbridge, attend aussi la réponse des autorités. Même si les obstacles sont considérables, et que la mise en service pourrait prendre une décennie, au moins un des projets a de fortes chances de voir le jour.

Plus tôt que tard, les États-Unis n'auront d'autre choix que de tenter d'assurer et de sécuriser leur accès à long terme au pétrole canadien, soit dans le cadre de l'ALENA ou soit à travers un accord avec le gouvernement canadien. Parmi les facteurs qui pèseront dans la balance, on doit inclure le désir des provinces productrices de maximiser les retombées économiques du pétrole, la nécessité d'investissements majeurs pour réduire les impacts environnementaux, et l'avenir de nos relations économiques et politiques avec les États-Unis et nos autres partenaires commerciaux, y compris la Chine.

Au niveau de la politique intérieure canadienne, l'opposition se mobilise autour des enjeux environnementaux, et des retombées économiques, notamment autour des effets pervers qu'aurait le pétrodollar canadien sur les structures industrielles de l'Ontario et du Québec. Globalement, le NPD et le Bloc québécois s'opposent au développement des sables, le gouvernement conservateur est favorable, et le PLC semble divisé... Il est néanmoins significatif que, peu après son élection à la direction, Michael Ignatieff se soit dissocié publiquement et rapidement de son prédécesseur Stéphane Dion en adoptant une position beaucoup plus conciliante à l'égard des sables bitumineux.

Considérant l'ampleur et l'urgence des défis qui se cachent derrière les sables bitumineux, il est grand temps de s'y préparer et d'engager le débat.

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