Cybersécurité: le Québec déconnecté

La perte de l'Institut de sécurité de l'information... (PHOTO: ARCHIVES LA PRESSE)

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La perte de l'Institut de sécurité de l'information aura des effets importants sur l'état des réflexions touchant aux questions de sécurité des nouvelles technologies de l'information et des communications.

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Benoît Gagnon

L'auteur est doctorant à l'École de criminologie de l'Université de Montréal.

Cyberpresse

C'est avec stupeur, colère et tristesse que j'apprenais, le 2 juin, la fermeture de l'Institut de sécurité de l'information (ISIQ). Probablement que la majorité des gens connaissent très peu les activités de l'ISIQ. Pourtant, la perte de cette organisation aura des effets importants sur l'état des réflexions touchant aux questions de sécurité des nouvelles technologies de l'information et des communications (NTIC).

Tout d'abord, cela veut dire que le Québec perd un pôle important de réflexion sur une problématique qui sera - qui est déjà à bien des égards - incontournable à l'avenir. L'ISIQ a été au coeur de bon nombre de conférences et d'événements touchant aux questions de sécurité, des rencontres qui permettaient de donner une perspective toute québécoise à des questions de pointe.

Le Québec perd également un centre grandement dédié à l'éducation. Tout d'abord, l'ISIQ a été très souvent impliqué dans l'éducation des spécialistes de l'industrie. En mettant en contact différents joueurs impliqués dans la sécurisation des systèmes utilisés dans différents secteurs critiques de la société, l'ISIQ a permis d'améliorer la collaboration entre des acteurs qui n'auraient pas naturellement eu tendance à travailler ensemble.

Ensuite, il s'est également impliqué dans l'éducation des étudiants en informatique intéressés par les questions de sécurité de l'information. Il a notamment participé à des événements comme «La boule de cristal», une compétition où des équipes d'étudiants s'affrontent sur le terrain de la cybersécurité. Non seulement cela permettait à des étudiants de s'intéresser aux questions de sécurité de l'information, mais cela faisait également le point sur bon nombre de vulnérabilités informationnelles existantes.

Finalement, l'ISIQ avait un mandat d'éducation du public. Une tâche d'autant plus importante que la croissance dans l'utilisation des NTIC par les citoyens apporte toute une série de nouvelles opportunités criminelles. Parlez-en d'ailleurs à ce Québécois qui contrôlait de manière illégale 72 000 ordinateurs à partir de sa maison...

La raison évoquée pour la fermeture de l'ISIQ est essentiellement liée à des questions de financement. Incapables de trouver des appuis suffisants, notamment du côté gouvernemental, les dirigeants n'ont eu d'autres choix que de mettre la clé dans la porte. Or, c'est cette inertie du gouvernement dans l'appui à l'ISIQ qu'il faut questionner.

Un malaise encore plus grand

En effet, au-delà de cette importante perte dans le spectre technologique du Québec, la fermeture de l'ISIQ souligne à grands traits une problématique beaucoup plus lourde. Il y a un manque de vision des décideurs gouvernementaux en matière de NTIC. De toute évidence, le leadership dans le domaine des technologies de l'information est absent, et ce, tant au niveau fédéral qu'au niveau provincial. Un manque de direction qui, à terme, engendrera bien des problèmes pour la société québécoise.

Tout d'abord, force est d'admettre que les NTIC prennent de plus en plus de place dans les sociétés modernes. Elles sont devenues des moteurs puissants des économies contemporaines. D'ailleurs, c'est un des secteurs qui a su le mieux s'en sortir dans la récente crise économique.

Ensuite, la question de la sécurité des infrastructures informatiques est bien souvent malheureusement complètement hors du champ politique. Or, quand on sait que Québec est présentement en train d'informatiser les bases de données de santé et qu'il y a des problèmes dans l'attribution équitable des contrats, les décideurs devraient peut-être se poser un peu plus de questions par rapport à la sécurité de l'information.

Sans tomber dans le cliché, il serait intéressant que les décideurs politiques se mettent s'intéresser et à utiliser un peu plus les NTIC. En tentant d'en comprendre les tenants et aboutissants, peut-être qu'ils ne laisseraient pas des institutions comme l'ISIQ mourir dans l'indifférence la plus complète.

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