Le déficit de la planète

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Quand on se désole pour l'extinction d'une espèce, notamment de certains amphibiens, on devrait aussi verser une larme pour notre propre avenir, car le maintien de la biodiversité constitue notre meilleure assurance vie.

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Jean Lemire*
La Presse

Nous sommes au coeur de l'Année internationale de la biodiversité et, pourtant, rien ne va plus pour les espèces vivantes de la planète. Le déclin de la diversité biologique planétaire continue de s'accentuer, et le rythme d'extinction des espèces est jusqu'à 1000 fois plus élevé que le taux historique connu jusqu'à ce jour.

En raison de la surexploitation des richesses naturelles, nous, humains, provoquons une modification importante des habitats essentiels aux différentes formes de vie. Ajoutez à cela les effets sans cesse grandissants de la pollution et des changements climatiques, et nous voilà confrontés à un état des lieux inquiétant pour la survie des différentes formes de vie sur Terre.

Il n'est pas étonnant de constater que de plus en plus d'espèces d'animaux et de plantes sont aujourd'hui menacées. Dans son dernier rapport onusien, le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique - un organisme basé à Montréal - conclut que «les systèmes naturels qui permettent la vie, l'économie et les moyens de subsistance sur la planète sont menacés de dégradation rapide et d'effondrement, à moins que des mesures rapides, radicales et créatives ne soient prises pour la conservation et l'utilisation durable de la diversité de la vie sur Terre».

L'alarme retentit depuis déjà un certain temps, mais elle ne semble pas être entendue. Pourtant, en 2002, au Sommet de Johannesburg, la communauté internationale s'était engagée à protéger la vie. L'objectif alors fixé par les gouvernements du monde entier était de parvenir, d'ici à 2010, à une réduction importante du rythme d'appauvrissement de la diversité biologique. Le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a reconnu cette semaine l'échec de l'atteinte de cet objectif. En fait, la publication de la troisième édition des Perspectives mondiales de la biodiversité constate que la situation est encore pire qu'auparavant?!

Comme simple citoyen, on peut se désoler quand on apprend que les populations de vertébrés ont chuté de 31%; trouver bien triste le déclin des amphibiens qui ont vu leurs populations diminuer de 42%; ou encore trouver dommage que les oiseaux, les poissons ou les récifs coralliens disparaissent à la vitesse grand V un peu partout sur la planète.

Mais bien au-delà des regrets et du chagrin, il est important de comprendre toute l'étendue de la catastrophe en cours. La menace ne touche pas seulement l'oiseau exotique, le grand singe ou le minuscule crustacé inconnu du public. La diversité biologique soutient le fonctionnement des écosystèmes desquels nous dépendons tous. L'eau que nous buvons, l'air que nous respirons, la nourriture que nous mangeons ou les médicaments qui nous soignent sont autant de services essentiels fournis par la nature.

Or, selon le dernier rapport des Nations unies, les tendances actuelles de l'appauvrissement de la diversité biologique nous rapprochent de plus en plus des seuils critiques susceptibles de réduire de manière catastrophique la capacité des écosystèmes de fournir ces services essentiels. Quand on se désole pour l'extinction d'une espèce, on devrait aussi verser une larme pour notre propre avenir, car le maintien de la biodiversité constitue notre meilleure assurance vie.

Les scientifiques confirment que l'empreinte écologique de l'humanité continue de croître et qu'elle dépasse la capacité biologique de la Terre. Techniquement, l'humanité est donc en déficit. Un mot populaire ces temps-ci. Or, il ne faudrait qu'une fraction des efforts déployés pour contrer la dernière crise financière pour rectifier le tir pour restaurer les services essentiels rendus par les écosystèmes et assurer une meilleure harmonie entre toutes les espèces. C'est une question de survie pour tous, y compris pour les neuf milliards d'humains que comptera la Terre d'ici 2050.

*Biologiste et explorateur, l'auteur a été nommé ambassadeur honorifique de la Vague verte, une campagne mondiale visant à éduquer les jeunes sur la biodiversité, campagne coordonnée par le secrétariat de la Convention internationale de la diversité biologique. Aujourd'hui se tiennent partout dans le monde des activités soulignant la Journée mondiale de la biodiversité.

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