Un gage de sécurité

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Il faut continuer de favoriser la réinsertion des jeunes contrevenants plutôt que la protection du public.

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Caroline Savard, Marie-Marthe Cousineau, Michèle Goyette*
La Presse

Le 16 mars 2010, le gouvernement fédéral a déposé un projet de loi qui influencera certaines de nos pratiques envers les jeunes, plus particulièrement envers les jeunes contrevenants.

Mais lorsque le gouvernement propose un virage, il est de notre devoir de nous assurer qu'il n'y aura pas de dérapage. À ce titre, nous croyons que des spécialistes et associations citoyennes devraient être entendus en consultation à la suite du dépôt du projet de loi C-4.

Le projet de loi suscite une réflexion de fond puisque, pour la première fois en plus de 100 ans, on nous demande de miser d'abord sur la notion de protection du public plutôt que sur la réadaptation sociale des contrevenants, tel qu'il est inscrit actuellement dans la loi depuis 1908.

La Société de criminologie du Québec est plutôt d'avis que nous sommes avant tout responsables de nos jeunes et qu'il est de notre devoir de préconiser et favoriser leur réinsertion sociale, notamment en mettant l'accent sur la réadaptation. Ce concept doit demeurer au premier plan, tant dans nos textes de loi que dans nos actions.

Le gouvernement suggère une rupture, un changement majeur de paradigme dans l'intervention auprès des jeunes contrevenants en insistant sur la notion de sécurité à une population qui devrait plutôt se réjouir d'une criminalité à la baisse, de mesures mises en place qui tiennent compte à la fois du risque que représente un jeune délinquant, des torts causés aux victimes et des programmes de réinsertion sociale qui ont fait leur preuve.

À ce chapitre, le Québec s'est doté d'une approche qui fait l'envie de plusieurs pays et qui est traditionnellement basée sur une ouverture envers les jeunes.

La coercition ne ferait qu'engendrer des coûts sociaux plus élevés. Pensons à une hausse du taux de mise en détention ou aux dommages collatéraux pour l'avenir de ces jeunes et de leur famille. Et vous, que souhaiteriez-vous pour votre enfant? Car ceux touchés, ce sont également les parents, frères et soeurs, ainsi que les oncles et tantes. Il y a là un impact social certain de l'effet punitif vis-à-vis des familles. Et cela, sans aucune garantie d'une meilleure protection, une protection durable du public.

Penser protéger la société sans égard à répondre à la «détresse humaine» sous-jacente de la jeunesse, ou aux problèmes sociaux en cause ne réglera rien, car à leur sortie, les jeunes présenteront toujours la même problématique. C'est pourquoi nous affirmons qu'il faut continuer à miser sur nos jeunes et sur leur capacité de changement et de réinsertion sociale.

Chaque projet de loi qui nous est présenté est en fait un projet de société, puisque chacune des décisions qui s'ensuivent a un impact réel sur l'avenir des jeunes Québécois et, plus largement, sur celui de la société tout entière. Nous devons prôner un avenir sain pour la jeunesse, ce qui veut dire choisir l'accessibilité à une bonne éducation, au développement d'habiletés sociales, d'intérêts, de rêves, etc. Cela implique également investir dans les milieux où la pauvreté se fait sentir, parfois cruellement, et investir dans les programmes d'intervention visant les jeunes présentant des problèmes de comportement. En ce sens, la prévention est la solution la plus appropriée pour contrer la criminalité.

Ce sont nos jeunes à qui nous donnerons les meilleurs services et ceux qui bénéficieront des programmes les mieux adaptés à leurs besoins, en intervenant au bon moment, qui contribueront au développement d'une société sécuritaire.

Ce n'est pas en passant au second rang la guérison et en proposant de nouvelles mesures punitives telles que la dissuasion et le retrait de la confidentialité que nous nous protégerons et protégerons nos familles, mais plutôt en investissant pour la jeunesse.

Il est nécessaire de préserver cette philosophie qui guide nos actions au Canada, depuis 1908, celle qui prône d'abord la réadaptation et la réinsertion sociale des adolescents contrevenants. C'est par cette voie que nous obtiendrons la paix sociale et la sécurité durable recherchée pour une qualité de vie sans cesse améliorée.

*Les auteures sont respectivement directrice générale, présidente et membre du conseil d'administration de la Société de criminologie du Québec. Marie-Marthe Cousineau est également directrice de l'École de criminologie de l'Université de Montréal.




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