Les chiffres ne mentent pas

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Au cours des quatre prochaines années, nos taxes et impôts vont augmenter de presque 30%.

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Jean-Luc Landry

L'auteur est président de Landry Morin
, un gestionnaire de portefeuilles.
La Presse

L'opinion publique a la mémoire courte et les politiciens le savent.

Lors de la présentation de leur budget, les ministres des Finances tentent donc de passer un grand nombre de messages dans la panoplie de documents qu'ils présentent aux analystes et présentent leur budget sous le meilleur jour possible.

Les analystes savent de leur côté que le public a un temps d'attention encore plus court que sa mémoire et ils ont donc quelques heures seulement pour commenter le budget. Ils n'ont pas le temps de se lancer dans des analyses détaillées et doivent donc se fier aux affirmations du ministre. Dans ces conditions, les interprétations peuvent être différentes d'un journaliste à l'autre. Dans le budget Bachand par exemple, est-ce que les dépenses augmentent de 2,2% ou de 3,2%? On peut trouver les deux affirmations dans le budget.

Mais les chiffres ne mentent pas. Voici donc à partir des chiffres une analyse des grandes lignes du budget du ministre Bachand.

1. Il y aura une forte augmentation des revenus autonomes du gouvernement au cours des prochaines années. Et qui dit revenus autonomes du gouvernement veut dire taxes et impôts. Au cours des quatre prochaines années, nos taxes et impôts vont augmenter de presque 30%. Il faut remonter au début des années 90 pour trouver une telle hausse de taxes. Les principales augmentations proviendront de la hausse de 2% de la TVQ (2,5 milliards de dollars), de la hausse de 4 cents le litre sur l'essence (1,6 milliard) et de l'impôt santé (1,5 milliard).

2. Le secteur des ménages paie 90% des hausses de taxes. Le reste est payé par les entreprises et une bonne partie de la hausse est temporaire pour elles. Les particuliers contribuent donc en réalité 10 fois plus que les entreprises à la lutte au déficit et non pas quatre fois plus comme le prétend le ministre.

3. Il n'y a pratiquement pas de hausse de tarif dans ce budget. La hausse du tarif patrimonial sur l'électricité prendra effet dans quatre ans et le ministre ne peut même pas nous dire comment sera appliqué le ticket modérateur dans la santé, qui devra générer 500 millions dans quelques années. Le principe de l'utilisateur-payeur n'est pas appliqué.

4. La dette va exploser. Dans le budget, le ministre parle beaucoup des années 2014 à 2025, mais la réalité est qu'il devra emprunter 7 milliards par an d'ici 2014. La dette brute du gouvernement est de 160 milliards actuellement (53% du PIB) et elle sera de 190 milliards en 2014. Ces chiffres ne tiennent pas compte de la part québécoise de la dette fédérale. Ce qui rend la situation inquiétante, c'est que cette dette sera supportée par de moins en moins de travailleurs au cours des prochaines années. La population du Québec est l'une des plus vieilles dans le monde (avec les Japonais et les Allemands) et la population active a déjà commencé à décliner.

5. L'augmentation des dépenses prévue est de 3,2%, et non pas de 2,2% comme le prétendent les documents budgétaires. Le ministre a utilisé le nouveau fonds dédié de la santé pour attribuer directement les revenus de ce fonds aux dépenses de santé. Dans les faits, la situation reste la même : les dépenses de santé vont augmenter d'au moins 5 % par an et les dépenses de programme de 3,2% par an, le même taux que Jérôme-Forget.

En conclusion, le modèle québécois demeure intact:

a) Les Québécois se donnent des services gouvernementaux beaucoup plus élevés que ceux des autres provinces canadiennes (ces services sont évalués à 17 milliards de plus qu'en Ontario);

b) Ces services sont sous-tarifiés et le gouvernement tente de compenser par des taxes et des impôts plus élevés qu'ailleurs. Comme les Québécois sont moins riches que les autres Canadiens, il n'arrive pas à combler son déficit et la dette augmente.

La preuve reste à faire que ce budget marque un tournant dans les finances publiques québécoises.




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