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Taxe et franchise santé: un affront à la solidarité

Médecins québécois pour le régime public (MQRP) dénonce... (PHOTO: ARCHIVES REUTERS)

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Médecins québécois pour le régime public (MQRP) dénonce les mesures Bachand sur le financement des soins de santé, qui remet en cause le fondement même de l'assurance-maladie.

PHOTO: ARCHIVES REUTERS

Marie-Claude Goulet

L'auteure est présidente de Médecins québécois pour le régime public.

Cyberpresse

Médecins québécois pour le régime public (MQRP) dénonce les mesures Bachand sur le financement des soins de santé: le fondement même de l'assurance-maladie est dorénavant remis en cause.

Au Québec, nous nous sommes battus pour obtenir, au début des années 70, une assurance-maladie universelle et publique, comme la plupart des pays industrialisés où les soins sont dispensés, non pas en fonction du portefeuille, mais bien des besoins. Pourquoi? Par solidarité sociale, parce que la très grande majorité des gens, même assez fortunés, ne peuvent assumer véritablement les coûts reliés aux soins de santé à un moment ou l'autre de leur vie. Il s'agissait de partager collectivement les risques associés à la maladie individuelle.

C'est cela, et bien d'autres choses, que ce nouveau budget remet essentiellement en question: le principe de «l'utilisateur-payeur» est contraire au système d'assurance-maladie universelle et à la solidarité dont elle s'inspire.

Imposer à toute la population, peu importe ses revenus, la même taxe santé constitue une mesure aussi régressive qu'injuste. Riche ou pauvre, chacun va payer le même montant, appauvrissant ceux qui sont déjà en difficulté.

On ajoute l'insulte à l'injure en ajoutant une «franchise santé» ou «ticket modérateur» dissimulé sous le vocable «ticket orienteur», applicable selon le nombre de visites médicales ou même selon l'endroit où l'on consulte. Comme si on avait vraiment le choix. Cette mesure lamentable véhicule le préjugé commun que beaucoup de gens consultent «pour rien» ou ne vont pas «à la bonne place». Des études sérieuses démontrent pourtant l'effet délétère d'un tel «ticket», les gens les plus malades et les plus démunis consulteront moins, non pas parce qu'ils en auront moins besoin... mais parce qu'ils n'auront pas l'argent pour le faire; lorsqu'ils consulteront finalement... les coûts pourraient être plus élevés: l'hospitalisation sera plus fréquente et souvent prolongée, comme cela a bien été démontré aux États-Unis.

On tente également de nous faire croire qu'il faut appliquer les règles du marché à notre système de santé et qu'on doit mettre les établissements en compétition et les financer ensuite en fonction de leur productivité et de leurs résultats.

On sait pourtant pertinemment que les règles du marché sont invalides lorsqu'appliquées à la prestation de soins de santé. Favoriser de telles règles conduit à multiplier les interventions «rentables», souvent inutiles, dans la population la moins malade... et à mettre de côté les clientèles chroniques et âgées. On parle de soigner des malades... pas de vendre son produit! Pourquoi ne pas miser sur la collaboration, qui a fait ses preuves, plutôt que la compétition?

Et si on parle d'argent... parlons-en sérieusement. Peut-on réellement demander aux usagers de se vider les poches pour payer le système de soins de santé, tout en ne leur offrant pas plus de services, tout en continuant à payer nos médicaments au gros prix, en multipliant des cliniques privées à but lucratif et en privilégiant la sous-traitance du public, alors qu'on sait pertinemment qu'au final les coûts seront plus élevés. Sans parler des agences privées de main-d'oeuvre ou encore du choix très coûteux des PPP pour nos CHUs.

Comment se réjouir suite à l'annonce d'un budget qui remet en question les fondements mêmes de notre système de santé? Comment se réjouir alors qu'on vient remettre en question les principes d'accessibilité et d'universalité? Qui profitera de ce budget et qui en paiera les frais?

M. Bachand, votre budget indéfendable, MQRP le dénonce haut et fort. C'est un affront envers les gens les plus malades et les plus démunis, un affront à la solidarité sociale, un affront à la démocratie.




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