Canneur-rempailleur: les sauveurs de sièges

Raymond et Solange Parent, propriétaires de l'atelier Au... (Photo David Boily, La Presse)

Agrandir

Raymond et Solange Parent, propriétaires de l'atelier Au Jonc canné

Photo David Boily, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Traditionnellement, le métier de canneur-rempailleur, qui consiste à tresser des sièges et des dossiers de chaises en paille, en corde, en rotin, en foin de mer ou en babiche, était autrefois enseigné aux aveugles, avec quelques autres métiers que l'on jugeait appropriés pour eux, comme la fabrication de balais, le tissage ou l'imprimerie.

À 75 ans, Raymond Parent est l'un des... (Photo David Boily, La Presse) - image 1.0

Agrandir

À 75 ans, Raymond Parent est l'un des rares artisans rempailleurs au Québec.

Photo David Boily, La Presse

M. Parent a appris le métier de l'ancien... (Photo David Boily, La Presse) - image 1.1

Agrandir

M. Parent a appris le métier de l'ancien propriétaire du Jonc canné, Laval Aubin, mort récemment à un âge très avancé.

Photo David Boily, La Presse

Ainsi, au Québec, chaque village, chaque ville avait son rempailleur, le plus souvent aveugle. Si cette tradition s'est maintenue en Europe, elle a pris fin chez nous depuis longtemps déjà. 

Aujourd'hui, une poignée d'artisans seulement (tous pourvus d'une excellente vue !) maîtrisent les techniques de rempaillage, de cannage et de tressage, auxquelles l'École des métiers du meuble de Montréal ne consacre qu'une petite quinzaine d'heures sur les 1350 que compte son programme « Rembourrage artisanal ». 

Il faut donc, pour apprendre ce métier de plus en plus rare, trouver un maître artisan disposé à transmettre son savoir. Ainsi, Jacques Demers, qui l'exerce à Québec depuis 33 ans, est-il allé chercher sa formation en France. « C'est sûr que la tradition est plus vivante en Europe ; ils ont tellement de meubles anciens, beaucoup plus qu'ici... Je suis toujours en contact avec des artisans là-bas, j'y vais régulièrement. Nous échangeons des techniques, des façons de faire. Il y a toujours des choses à apprendre. » 

À 64 ans, M. Demers, qui a toujours transmis volontiers son savoir au cours des ans, achève de préparer sa relève, et son apprentie reprendra bientôt le flambeau. 

À Montréal, Raymond Parent, rembourreur de métier (sa femme Solange et lui sont propriétaires, depuis près de 50 ans, de l'atelier de rembourrage Quintal), a appris le métier grâce à Laval Aubin, propriétaire du Jonc canné, l'atelier voisin du sien. Quand M. Aubin a voulu passer la main, il y a une vingtaine d'années, M. Parent s'est porté acquéreur de l'affaire.

À 75 ans, M. Parent répare toujours chaises et fauteuils.

« C'est un travail qui demande de la patience, mais il y a de quoi bien gagner sa vie. »

À preuve, ces dizaines de chaises remises à neuf qui, sagement alignées dans la pièce, attendent de retourner chez leurs propriétaires. 

Il lui faut une bonne douzaine d'heures pour canner un siège en jonc ; plus encore pour corder une chaise, explique-t-il, parce qu'il faut tirer (et fort !) sur des mètres et des mètres de corde. C'est pourquoi M. Parent estime que ce métier ne convient guère à une femme (« ça demande beaucoup de force pour pouvoir assurer une tension suffisante »).

Mais Renée Nadon, qui l'exerce depuis 10 ans, n'est manifestement pas de cet avis ! Établie à Deux-Montagnes, cette passionnée de patrimoine et de meubles anciens, lasse de son travail de représentante publicitaire, a décidé de joindre l'utile à l'agréable en 2006, après avoir fait la rencontre de Jacques Demers à la Foire des métiers anciens de Longueuil. 

Pendant huit mois, une fois par mois, elle a fait la route de Deux-Montagnes à Québec pour apprendre de M. Demers l'a b c du métier. « J'arrivais avec un projet, il me montrait comment faire, je repartais à la fin de la journée et je revenais le mois suivant avec le morceau achevé. » Il fallait vouloir ! Aujourd'hui, son atelier l'occupe à temps plein et, à 58 ans, elle a commencé à former sa relève en la personne de sa bru.

Bien sûr, faire canner une chaise à la main coûte assez cher (environ 700 $ pour le siège et le dossier). « Mais dans le cas d'un mobilier de valeur, c'est un investissement qui vaut la peine », croit François Robert, directeur adjoint de l'École des métiers du meuble de Montréal.

« Au Québec, on a malheureusement perdu énormément de nos meubles anciens dans les années 60 et 70 parce que les gens préféraient acheter du neuf au lieu de faire restaurer leurs vieux meubles... »

La paille, la corde ou la babiche sont toutefois un peu plus abordables - les techniques sont moins complexes que le cannage à petits trous, et les matériaux, moins onéreux. Il existe également du jonc « prétressé », vendu en rouleaux, beaucoup plus facile à installer et, partant, meilleur marché.

Les bricoleurs audacieux peuvent toujours, quant à eux, se lancer eux-mêmes dans le cannage : l'internet regorge de tutos, et on peut se procurer le matériel nécessaire chez certains fournisseurs ontariens, tels Lee Valley ou Levairs Woodworking.

On n'a plus de raison de laisser nos vieilles chaises accumuler la poussière dans le débarras !




publicité

publicité

Les plus populaires : Maison

Tous les plus populaires de la section Maison
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer