La revanche du bois

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Les portes et les fenêtres sont percées en usine et les pièces s'assemblent comme un jeu de Meccano sur le chantier.

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Le bois réapparaît dans la construction d'immeubles de plus en plus hauts. Largement utilisée en Europe depuis une vingtaine d'années, une nouvelle génération de produits de bois d'ingénierie commence à poindre, porteuse de changement. Grâce à ses nombreux attributs écologiques, elle fait une percée au Québec.

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Les panneaux de bois lamellé-croisé (CLT) sont utilisés pour composer les murs, les planchers et la toiture. Les portes et les fenêtres sont percées en usine et les pièces s'assemblent comme un jeu de Meccano sur le chantier.

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En 2011, c'est au bord du lac Etchemin... (PHOTO FOURNIE PAR TERGOS ARCHITECTURE ET CONSTRUCTION ÉCOLOGIQUE) - image 1.1

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En 2011, c'est au bord du lac Etchemin qu'a été construite la toute première maison avec des panneaux en bois lamellé-croisé, au Québec. Réalisée par Tergos architecture et construction écologique, de Québec, la résidence de deux étages a obtenu la certification LEED Platine.

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Le bois fait un retour dans la construction d'immeubles de plusieurs étages. Après avoir cédé sa place au béton et à l'acier, il s'immisce sous de nouvelles formes et aspire à reprendre une partie du terrain perdu.

À Montréal et à Longueuil, le bois a séduit quelques promoteurs et concepteurs avant-gardistes, qui comptent bâtir des immeubles résidentiels de trois, cinq, six et huit étages à l'aide d'un système de construction en bois massif innovateur. D'autres projets sont sur la table à dessin.

En Europe, les immeubles réalisés avec d'immenses panneaux en bois lamellé-croisé se multiplient depuis une vingtaine d'années, atteignant jusqu'à neuf étages. Au Québec, la construction d'édifices avec ces panneaux préfabriqués, aussi appelés CLT (Cross-Laminated Timber), en est à ses débuts. Les immeubles résidentiels avec une structure en CLT, situés à Chibougamau, Desbiens et Québec, se comptent encore sur les doigts d'une main.

Or, la table est mise pour redonner au bois ses lettres de noblesse. Depuis l'adoption de la Charte du bois, en avril 2013, afin de favoriser une plus grande utilisation du bois dans la construction, la Régie du bâtiment du Québec autorise, à certaines conditions, la construction d'immeubles résidentiels en bois de cinq ou six étages. Et la réglementation sera assouplie à compter du 15 juin.

Après plus de cinq ans de recherches et de rencontres d'experts, et l'élaboration d'un guide technique, la construction d'immeubles de bois massif de plusieurs étages est donc prête à prendre son envol.

«Un travail colossal a été effectué depuis cinq ans. Il n'y a pas d'improvisation. Tout est bien réfléchi. Cela dérange un certain ordre établi, mais on assiste à l'aboutissement de tout cela.»

Louis Poliquin
directeur de Cecobois, le Centre d'expertise sur la construction commerciale en bois

On construisait des immeubles de 9 étages avec une structure de bois il y a 100 ans, fait remarquer Sylvain Gagnon, gestionnaire de recherche sur les systèmes de construction avancés à l'Institut de recherche FPInnovations. L'organisme privé a organisé une première mission de sensibilisation à la construction en CLT en Europe en 2009, et s'est depuis attelé à fournir les outils technologiques et scientifiques nécessaires pour permettre la conception et la construction de bâtiments en bois de grande hauteur, en Amérique du Nord.

«En Europe, on voit une nette progression de la construction massive en bois, qui inclut le CLT, précise M. Gagnon, l'un des auteurs du guide technique publié par FPInnovations l'été dernier. Maintenant qu'on a toutes les données et les outils requis, on verra quelle part du marché ce nouveau système de construction va prendre ici.»

Ouvrir la voie

Nordic Structures Bois, société soeur de Chantiers Chibougamau, fait figure de pionnière. Depuis une dizaine d'années, sa gamme de produits en bois lamellé-collé (un autre type de bois d'ingénierie utilisé pour faire poutres, arches, colonnes, etc.) a été utilisée pour réaliser plus de 1000 projets non résidentiels (ponts, stades de soccer, arénas, édifices de bureaux, etc.). Elle s'est servie de cette expertise pour devenir la première à produire des panneaux de bois lamellé-croisé dans l'est de l'Amérique du Nord. Le nouveau Stade de soccer de Montréal, à Saint-Michel, qui vient d'ouvrir, est d'ailleurs composé à la fois de bois lamellé-collé et de panneaux de bois lamellé-croisé.

«Quelques projets résidentiels de quatre et six étages avec une structure de bois lamellé-croisé ont été réalisés et on entre maintenant dans la phase grand public, indique Frédéric Verreault, porte-parole de l'entreprise de Chibougamau. On est prêts! On a une équipe d'architectes et d'ingénieurs pour concevoir les projets. On a une usine et de la matière première pour livrer jusqu'à 2000 condos par année. C'est majeur!»

Ce secteur est en plein développement, et de nouvelles avenues sont explorées, souligne Pierre Blanchet, titulaire de la Chaire industrielle de recherche sur la construction écoresponsable en bois, implantée à l'Université Laval en 2013.

«Sur les 5 millions de dollars alloués à notre programme de recherche, sur 5 ans, 1 million est consacré au CLT, révèle-t-il. Il y a 12 ou 13 projets de recherche sur le CLT, sur un total de 55.»

Lamellé-croisé de feuillus 

Un nouvel acteur s'apprête par ailleurs à entrer sur le marché, avec son propre procédé de fabrication de bois lamellé-croisé. Alors que Nordic Structures Bois se sert d'épinettes noires, CLT Canada utilisera plutôt des feuillus (peupliers, trembles). Son usine à Ripon, dans l'Outaouais, devrait commencer sa production en juin.

«On voit un grand potentiel, indique Michel-Arnauld d'Abbadie d'Arrast, président de CLT-Canada. Beaucoup veulent faire des immeubles de six étages en bois. Le CLT, utilisé conjointement avec d'autres types de matériaux, permet de faire une grande partie du travail en usine et d'assembler les pièces comme un jeu de Meccano, sur le chantier, pour avoir des bâtiments de meilleure qualité.»

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