La mérule pleureuse, «cancer du bâtiment», fait des ravages

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La mérule pleureuse est un véritable «cancer du bâtiment», selon Gino De Champlain, expert chez Enviro-Option.

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André Dumont

Collaboration spéciale

La Presse

Elle a le pelage blanc aux extrémités rousses. Elle s'accroche au bois de la structure du sous-sol et le dévore de l'intérieur, provoquant d'immenses dommages à l'insu des propriétaires. Cette bête redoutable, c'est la mérule pleureuse. Les cas se multiplient au Québec.

En France, elle ravage des villages côtiers entiers. Chez nous, jusqu'à tout récemment, on ne recensait qu'une poignée de cas par année. Voilà que des résidences sont touchées dans presque toutes les régions, de la Côte-Nord jusqu'en Outaouais.

«En 2016, nous avons connu une année vraiment exceptionnelle et je m'attends à ce que 2017 soit pire», affirme Gino De Champlain, expert chez Enviro-Option.

La mérule pleureuse est un champignon qui s'attaque principalement au bois dans les vides sanitaires, ces sous-sols de faible dégagement où règnent obscurité et humidité. On la reconnaît à ses hyphes (filaments) blancs et à ses «larmes» rousses aux extrémités de son mycélium.

Ses invasions sont de plus en plus fréquentes dans le Plateau Mont-Royal et les autres quartiers centraux de Montréal, dans des vides sanitaires qui ne sont jamais visités, jusqu'au jour d'une inspection préachat. L'ampleur des dommages est spectaculaire: le champignon s'étend sur plusieurs mètres et des pièces de bois soutenant le plancher du rez-de-chaussée n'ont plus aucune rigidité.

En dehors des transactions immobilières, les premiers signes menant à la découverte d'une mérule sont des planchers devenus mous ou une poudre rouge (des spores) qui se répand au sous-sol.

«J'ai vu des cas où la poudre sortait par les plinthes en bas de mur, tellement la mérule sporulait», raconte Gino De Champlain, expert chez Enviro-Option .

Une analyse en laboratoire permet d'identifier la souche de champignon. La visite d'un expert est ensuite nécessaire pour établir l'ampleur des dommages et proposer une intervention.

80 000 $ pour s'en débarrasser

Des traitements chimiques ont été mis au point en Europe. On utilise aussi une flamme vive ou de l'air chaud pour tuer le champignon sur place. Au Québec, les rares firmes spécialisées en décontamination ayant de l'expérience avec la mérule peuvent suggérer des moyens pour stopper sa progression. Elles proposent surtout une solution définitive: retirer le champignon, remplacer le bois atteint et éliminer les sources d'humidité pouvant favoriser son retour.

L'opération est toujours très coûteuse. La facture pour remplacer tout le bois atteint (poutres, colonnes et solives) dans un vide sanitaire peut facilement grimper à 80 000 $.

Dans le cas d'une maison de campagne où la mérule s'est aventurée au-delà du sous-sol, la meilleure solution peut être la démolition complète. Ne comptez pas sur l'assureur, ou sur les gouvernements, pour venir soulager les troubles financiers qui s'ensuivent.

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Prévenir plutôt que guérir

La mérule se trouve aussi dans la nature, où elle s'attaque aux souches de conifères en décomposition. Au Québec, on soupçonne que sa dispersion est principalement le fait de l'homme.

«Ce champignon produit des millions, voire des milliards de spores. La personne qui a une mérule dans son vide sanitaire sans le savoir va au travail et chez des amis. Il y a aussi le plombier, le rat ou le chat qui va dans le vide sanitaire, et tous les mouvements d'air habituels dans une maison», indique Gino De Champlain.

Puisqu'il est impossible de prévenir la dispersion des spores, la seule précaution efficace est de s'assurer de ne pas offrir à la mérule un milieu de vie propice à son développement. 

Les vides sanitaires doivent être ventilés ou déshumidifiés et les sources d'humidité, éliminées.

«Cancer du bâtiment»

La mérule s'installe généralement sur du bois déjà pourri. Selon certains experts, elle aurait la capacité de détruire du bois sain, à condition d'avoir accès à de l'eau. Pour s'abreuver, sa structure mycélienne s'étirera sur des dizaines de mètres et ira jusqu'à traverser des murs de béton ou de brique, leur infligeant des dommages. 

Un sol humide en certaines saisons peut être favorable à la mérule, mais l'eau dont elle a besoin provient habituellement d'un problème plus grave, comme une infiltration par les murs extérieurs ou un terrain mal drainé. Tant que la source d'eau n'est pas éliminée, la menace de la mérule demeure. 

Contrairement à d'autres champignons, celui-ci ne craint pas de s'aventurer hors de l'obscurité totale. Aucun lien n'a encore été établi avec des problèmes de santé des occupants. Cependant, si le milieu est favorable à la croissance de la mérule, il l'est aussi pour d'autres champignons et moisissures dont les spores peuvent nuire à la santé respiratoire. 

Qualifiée de «cancer du bâtiment», la mérule est véritablement destructrice. «Une poutre de soutien d'un pied de large dégradée par le champignon, on peut la casser avec les mains», dit Gino De Champlain.




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