Êtes-vous fait pour la campagne?

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Un sondage mené par SOM révèle qu'un adulte sur cinq a déjà envisagé de s'installer en milieu rural.

Photo David Boily, Archives La Presse

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Julie Roy

Collaboration spéciale

La Presse

La campagne fait rêver, au point où de plus en plus d'urbains rêvent de s'y installer. Mais entre le rêve et la réalité, le choc est parfois brutal pour ceux qui sont mal préparés.

L'appel de la vie rurale

La majorité de la population québécoise réside toujours en régions urbaines (55 %), mais les régions rurales, qui comptent une faible densité de population et où se concentrent les activités agricoles, gagnent - de nouveau - du terrain. Un sondage mené par SOM révèle même qu'un adulte sur cinq a déjà envisagé de s'installer en milieu rural. 

Fille de la ville, Gabrielle Ladouceur-Despins n'aurait jamais pensé déménager un jour à la campagne. C'est pourtant ce qu'elle a fait, il y a un an, en s'installant dans un condo à Sainte-Anne-des-Plaines, avec vue sur un champ agricole.

«La seule expérience de la campagne que j'avais était désastreuse. Au début de la vingtaine, j'ai réalisé un stage durant tout un été dans un village de l'Île-du-Prince-Édouard. Je me suis ennuyée à mourir. J'ai tellement détesté cela que je disais à tout le monde que jamais je n'irais vivre dans un milieu rural», se souvient Gabrielle.

Dix ans ont passé. Elle a tenu parole jusqu'au jour où le manque de stationnement l'a fait changer d'idée. «Les stationnements étaient tellement rares dans mon quartier que j'avais prévu un budget contraventions. Je n'en pouvais plus de tourner sans arrêt juste pour rentrer chez moi.»

Travaillant à Laval, elle se met en quête d'un nouveau chez-soi. Célibataire et sans enfant, elle réalise qu'elle n'arrive pas à trouver ce qui correspond ni à son budget ni à ses besoins. Les souvenirs de sa mésaventure en campagne étant moins présents, elle accepte de visiter un condo dans la petite municipalité de 14 500 habitants. «J'ai été conquise sur-le-champ. Le condo répondait à toutes mes attentes. J'ai acheté sur un coup de tête sans même prendre le temps de me demander si j'allais aimer ce nouveau milieu», raconte Gabrielle.

Gabrielle Ladouceur-Despins se sent plus zen et moins... (Photo Olivier PontBriand, La Presse) - image 2.0

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Gabrielle Ladouceur-Despins se sent plus zen et moins stressée depuis qu'elle a quitté Montréal.

Photo Olivier PontBriand, La Presse

À la suite de son achat impulsif, elle prend conscience qu'elle a peut-être fait une erreur. «Je me suis mise à avoir peur. Seule, loin de mon réseau, je craignais pour ma sécurité. J'avais peur aussi de m'ennuyer et d'attendre tous les soirs que le lendemain arrive.»

Par chance, ce n'est pas ce qui s'est produit. La lune de miel s'est poursuivie.

«La tranquillité ne me donne pas du tout envie de retourner en ville. J'aime voir la terre changer de couleur. C'est d'une beauté à couper le souffle. Quand je marche le soir, le ciel est parsemé d'étoiles, c'est le plus beau des spectacles.»

Côté solitude, encore là, les craintes de la jeune femme n'étaient pas fondées. Elle a tout mis en oeuvre pour s'intégrer dans son nouveau milieu. «Il faut sortir de chez soi. Oser rencontrer et parler à de nouvelles personnes. Je suis allée au centre communautaire. Je me suis mise à faire du jardinage au jardin communautaire. Je ne me sens pas du tout isolée. Au contraire, Sainte-Anne-des-Plaines a une culture de proximité qui fait qu'il est facile de parler aux gens, que ce soit à la boulangerie ou au dépanneur.»

Évidemment, il lui faut parcourir plus de kilomètres pour se rendre au travail. Une distance qu'elle a dû apprivoiser.

«Au début, j'avais l'impression que c'était plus loin, mais c'était plus une distance psychologique qu'autre chose. Je suis à peine à 45 minutes de route. Ce n'est pas dramatique.»

La néorurale a aussi dû s'habituer à l'hiver à campagne, à sa noirceur et à son manque de trottoirs. «Si j'avais visité le condo en février, j'aurais peut-être hésité. L'hiver, ce n'est pas le même rythme que les autres saisons. Marcher pour aller au village, c'est moins tentant qu'en été. Comme dans tout, il faut un temps d'adaptation.»

Et les amis et la famille?

Lorsqu'elle a emménagé, ses amis et sa famille sont évidemment venus lui rendre visite. Elle a dû les avertir de ne pas trop s'en faire avec l'odeur de fumier, que cela n'était que passager. «Je craignais la réaction des autres, mais tout s'est très bien déroulé. C'est la campagne, après tout. Le producteur agricole doit bien travailler.»

Au fil du temps, sa famille s'est résolue à l'idée de parcourir cette distance supplémentaire pour la voir, mais les visites de ses amis se sont faites plus rares. Elle a compris que la majorité l'emportait et que si elle voulait continuer à entretenir son réseau, c'est elle qui devrait se déplacer. Une situation avec laquelle vit bien la jeune femme. «C'est moi qui ai décidé de m'éloigner. Les gens ont leur vie. Même si je les vois moins souvent, je peux toujours rester en contact avec eux grâce aux réseaux sociaux.»

Gabrielle est aujourd'hui tellement sereine avec sa décision qu'elle affirme que lorsqu'elle aura des enfants, elle achètera une maison encore plus loin. «Je suis bien à la campagne. Cela a été un long chemin avant de m'y rendre, mais j'ai accepté le changement. J'étais rendue à cette étape de ma vie.»

Qui dit campagne dit production agricole et les... (Photo Alain Roberge, Archives La Presse) - image 3.0

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Qui dit campagne dit production agricole et les travaux de la ferme qui y sont liés.

Photo Alain Roberge, Archives La Presse

Une cohabitation pas toujours simple

Des champs à perte de vue, des vaches qui broutent, des rivières... Qu'elle fait rêver, cette campagne! Cette réalité bucolique est toutefois perturbée le jour où l'odeur de fumier, le bruit des travaux de la ferme et le tracteur sur la route viennent s'y mêler. Ce choc ne se fait pas toujours sans heurts.

«Les gens ne sont pas toujours conscients de cette réalité. La campagne, ce n'est pas tranquille quand le séchoir à foin part ou lorsque le producteur fait les labours. Ces gens gagnent leur vie, ils n'ont pas le choix», mentionne René Beauregard, directeur de l'organisme Au coeur des familles agricoles.

Claudette et Gilbert Mathieu ainsi que leurs deux garçons, Jasmin et Pascal, sont propriétaires de la Ferme Caribou, une ferme laitière et de grandes cultures, située à Terrebonne. La famille Mathieu possède des terres à cet endroit depuis 1877. Même si ce coin de pays n'a plus rien à voir avec une municipalité rurale, l'urbanisation de la campagne et toutes ses conséquences y sont les mêmes que partout ailleurs au Québec.

Qui dit arrivée de nouveaux citoyens dit davantage de circulation automobile. Pour les Mathieu, cela équivaut à s'armer de patience juste pour sortir de leur cour avec la machinerie. «Nous cultivons 405 hectares dans 10 emplacements. Il faut sortir souvent», raconte Claudette. À 65 ans, cette dernière avoue ne plus vouloir conduire le tracteur sur la route en raison du stress que cela engendre. «Il y a les camions, les vélos, les marcheurs et toutes les autos. Il y a tellement de choses, cela m'énerve trop.»

C'est donc Gilbert et ses fils qui prennent la route, mais la vigilance est plus que de mise. «Les gens n'ont pas de notion d'agriculture et ils sont très impatients. Ils nous dépassent régulièrement par la droite et il y en a même un qui s'est pris dans le fossé. Il n'était plus capable de sortir», raconte Jasmin. Si certains prennent des risques, d'autres expriment leur mécontentement par les doigts d'honneur et leur klaxon. «Il faut rester zen, sinon tu es tout le temps en maudit», souligne Jasmin.

La circulation n'est pas la seule conséquence de cette urbanisation. Les Mathieu ne comptent plus les fois où des véhicules tout terrain ont pris leurs terres pour leur terrain de jeu. Cela est sans compter ces citadins qui ne comprennent pas qu'un champ n'est pas un lieu de villégiature.

«Nous avons vu une voiture monter dans notre champ. Quand nous sommes arrivés, les gens étaient confortablement installés pour un pique-nique. Ils nous ont répondu qu'ils regardaient la nature!»

Le bruit, les abeilles trop près de la maison, l'odeur du fumier s'ajoutent aux éléments qui irritent parfois les nouveaux venus. «Une femme s'est déjà plainte des odeurs. Nous l'avons invitée à venir visiter nos installations, elle n'est jamais venue», raconte Gilbert Mathieu.

Des solutions pour vivre en harmonie

L'ouverture d'esprit, la communication, la politique de la porte ouverte pour créer des relations harmonieuses avec sa communauté, c'est ce que prône René Beauregard.

«Pour avoir une réelle idée de l'endroit où vous allez vivre, il est bon d'aller explorer les lieux au moment où les activités agricoles sont les plus fortes, soit au printemps et en automne. Allez cogner aux portes des agriculteurs, posez des questions.»

Chez les Mathieu, cette invitation n'est pas restée lettre morte puisqu'il ne se passe pas une semaine sans que quelqu'un vienne en visite. «Nous ne refusons jamais personne. Le temps que l'on met à informer les gens améliore la cohabitation», croit Gilbert Mathieu.

Pour permettre aux citadins d'être mieux informés de la réalité agricole, l'organisme Au coeur des familles agricoles a créé un Guide du bon voisinage.

Pour plusieurs les vaches qui broutent font partie... (Photo Mathieu Waddell, Archives La Presse) - image 4.0

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Pour plusieurs les vaches qui broutent font partie de ce tableau bucolique que leur inspire la campagne.

Photo Mathieu Waddell, Archives La Presse

Avant de faire le saut

Comment savoir si la vie en zone rurale vous convient? Voici quelques pistes de réflexion.

Le grand paradoxe

Patrice LeBlanc, doyen à la gestion académique et aux études à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), est catégorique: les néoruraux qui déménagent à la campagne ne souhaitent pas avoir de voisins proches, sont attirés par les grands espaces et la nature, mais ils veulent tout de même la proximité des commerces et des services. Le centre du village est donc peu attractif, et l'accessibilité à la grande ville est importante. «Les gens ne veulent pas habiter en région éloignée comme en Abitibi. Ils souhaitent être à la campagne, mais pas trop loin de la ville. C'est assez paradoxal.»

Les deux côtés de la médaille

Selon la Chaire Desjardins en développement des petites collectivités, ce sont les facteurs attractifs de la campagne qui sont pris en compte par ceux qui pensent y déménager: la tranquillité, les grands espaces, la qualité de vie, etc. Et les éléments négatifs de la ville comme le stress et la pollution. La campagne est donc un choix, et non une solution de rechange. Toutefois, bien qu'elle représente le calme, la nature et la liberté, la campagne a aussi son revers. Pour plusieurs, elle signifie la peur de l'isolement, l'insécurité et le manque de services. D'ailleurs, ce dernier point est un facteur déterminant dans le choix d'une municipalité pour 35 % des gens qui envisagent la campagne comme lieu de résidence.

Moins cher?

La vie à la campagne est-elle moins chère qu'à la ville. Pas toujours. La popularité de plusieurs municipalités rurales des Laurentides, de la Montérégie et de Lanaudière a fait bondir le prix de certaines demeures au cours des dernières années. Aussi, lorsque l'on s'éloigne des grands centres, les besoins de transport grandissent. En plus du temps de transport, il faut prendre en compte le coût d'achat d'un véhicule, son entretien et l'essence. Selon CAA-Québec, l'utilisation d'une voiture compacte coûte en moyenne 9500 $ par an. L'organisme propose sur son site internet un lien pour vous aider à connaître les coûts que représente votre véhicule.

L'internet... à basse vitesse

Pour 46 % des gens qui envisagent de vivre en milieu rural, l'accès à l'internet haute vitesse est important et peut même déterminer le choix du lieu où s'installer. Il est vrai qu'en cette matière, les municipalités ne sont pas toutes égales. Bien que l'internet haute vitesse soit considéré comme un service de télécommunications de base par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), il n'en demeure pas moins que 340 000 ménages québécois n'y ont pas accès. Pour changer cette situation, le gouvernement du Québec a lancé en décembre dernier son programme Québec branché, assorti d'une enveloppe de 100 millions pour implanter l'internet haute vitesse dans les régions rurales.

La grande séduction

Les municipalités rurales dans les régions adjacentes à Montréal sont celles qui attirent le plus de néoruraux. Tandis que celles qui sont en régions éloignées peinent à attirer de nouveaux venus. Patrice LeBlanc, de l'UQAT, reconnaît que certaines régions doivent orchestrer une grande séduction pour attirer de nouveaux citoyens. «Il y a un défi d'accueil et d'accompagnement tant pour l'intégration que l'emploi. Des efforts sont toutefois faits par plusieurs municipalités.» Parmi les initiatives, M. LeBlanc mentionne l'organisation Place aux jeunes, présente dans 15 régions du Québec. Cette dernière vise, entre autres, à promouvoir la migration des jeunes en région.




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