La beauté du diable

Certains taccas, comme l'espèce Tacca intergrifolila, produisent de... (Photo: Brocken Inaglory, Wikimedia Commons)

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Certains taccas, comme l'espèce Tacca intergrifolila, produisent de grandes bractées blanches.

Photo: Brocken Inaglory, Wikimedia Commons

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Pierre Gingras

(Montréal) Quelle fleur étrange! De grandes bractées brun foncé, presque noires, qui forment de faux, néanmoins énormes, pétales, semblables à des ailes ouvertes. Et puis, au centre, plusieurs fleurs, parfois une vingtaine, comme de gros yeux. Pour agrémenter la scène, de longs filaments foncés d'une longueur de 15 à 30 cm qui pendent et peuvent donner l'impression d'une... queue fourchue, du moins pour les amateurs débordant d'imagination.

On comprend pourquoi elle porte le nom de fleur du diable ou de plante-araignée. La légende veut que ses «yeux» mystérieux suivent sans cesse vos allées et venues, ou, que la regarder de trop près porte malchance.

Voilà Tacca chantrieri. Elle est habituellement connue sous le nom de fleur chauve-souris, justement parce que ses bractées peuvent rappeler une chauve-souris en vol.

L'allure singulière de Tacca et la fascination qu'elle exerce ont même donné lieu à la fabrication de fleurs artificielles, assez bien réussies d'ailleurs.

Pourquoi parler de la chauve-souris végétale aujourd'hui? Parce que depuis quelques jours, Tacca chantrieri est offerte un peu partout au Québec chez les marchands de la chaîne Rona, ce qui ne s'est jamais vu, je crois (on en trouve aussi chez Scardera, à Longueuil). Parce que j'ai toujours voulu me procurer cette la plante mystérieuse. Le hic, c'est que les graines exigent parfois neuf mois avant de germer et que les fleurs apparaissent seulement de deux à trois ans après le semis, évidemment dans des conditions idéales. Malheureusement, je n'ai plus cette patience. Et la plante se vend autour de 40$, ce qui n'est pas donné.

Une plante difficile

Les taccas regroupent une dizaine d'espèces et quelques hybrides aux formes très semblables, mais aux coloris légèrement différents les uns des autres. Dans certains cas, les «ailes» de notre chauve-souris sont blanchâtres, pourpres ou verdâtres.

Ce sont des plantes à rhizomes originaires de l'Inde, du sud-est asiatique ou de l'ouest africain. Leurs feuilles sont étroites, mais assez longues, une bonne trentaine de centimètres, et sont semblables à celles de certains hostas. En milieu naturel, la hampe florale peut atteindre 1 mètre, alors qu'en culture domestique, elle s'allonge de 30 à 60 cm. La période de floraison est assez longue, environ deux mois, mais à la maison, elles devraient montrer des signes de fatigue au bout de trois ou quatre semaines.

Espèce tropicale de milieu humide, la plante chauve-souris est de culture difficile. Elle exige une bonne humidité ambiante et il est conseillé de l'installer sur un lit de petites pierres baignant dans l'eau, comme on le fait pour les orchidées. Même si sa température préférée avoisine les 20ºC, le tacca appréciera que l'on vaporise son feuillage régulièrement, sinon les filaments risquent de sécher rapidement. Il est aussi conseillé d'utiliser un fertilisant pour plante d'intérieur à dégagement lent, du genre Osmocote. Le terreau doit être maintenu humide en tout temps, mais jamais détrempé, et on arrose quand la surface du pot commence à sécher.

Attention, comme notre mammifère volant, elle déteste le soleil. Aussi faut-il la placer dans un endroit semi-ombragé. Par contre, en raison des jours courts, elle appréciera un coin bien éclairé au cours de l'automne et de l'hiver, mais si possible à l'abri du soleil de midi. Dans son habitat d'origine, la plante tombe en dormance au cours de l'automne, alors que dans les cultures commerciales de la Floride, d'où viennent les plants vendus au Québec, c'est l'époque de la floraison.

La plante semble très difficile à faire refleurir, mais un séjour à l'extérieur pendant tout l'été dans un coin ombragé pourrait faciliter la chose. En cas de succès, la plante devrait produire plusieurs hampes florales sur une période de quelques semaines.

En plus de son aspect singulier, Tacca chantrieri n'a pas fini de nous étonner. Des chercheurs ont découvert récemment dans ses tissus des substances qui pourraient remplacer le taxol en chimiothérapie, leurs effets secondaires étant moins importants. Des années de recherche à venir. Le beau côté du diable.

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