Après le rejet de Triangle, quel avenir pour les tours à Paris?

En France, «on est dans une situation où... (Photo Herzog & de Meuron, AP)

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En France, «on est dans une situation où il faudrait que l'architecture ne se voie pas. Le problème d'une tour, c'est qu'elle doit être fière et se voir», a dénoncé mardi l'architecte Jean Nouvel, au lendemain du vote négatif -mais contesté par la mairie- du Conseil de Paris sur une délibération cruciale sur le projet.

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Stéphanie LEROUGE
Agence France-Presse
PARIS

Le rejet du projet de tour Triangle signifie-t-il un enterrement durable de tels projets dans la capitale? Si certains y voient une manifestation de l'incurable propension de Paris à jouer les belles endormies, d'autres jugent Triangle victime d'une conjoncture politique défavorable.

En 2010, l'ancien maire de Paris socialiste Bertrand Delanoë avait pris une décision «historique» en faisant sauter le plafond de 37 mètres en vigueur depuis 1977 dans la capitale et en autorisant la construction d'immeubles de 180 mètres. Quatre ans plus tard, les tours y semblent à nouveau indésirables.

En France, «on est dans une situation où il faudrait que l'architecture ne se voie pas. Le problème d'une tour, c'est qu'elle doit être fière et se voir», a dénoncé mardi l'architecte Jean Nouvel, au lendemain du vote négatif -mais contesté par la mairie- du Conseil de Paris sur une délibération cruciale sur le projet.

«Le risque, c'est que Paris devienne une ville historique, qui n'a pas de regard sur l'avenir: un musée», a commenté dans Le Parisien l'architecte Jacques Rougerie, qui vient de participer à la rénovation de la piscine Molitor.

Interrogé par l'AFP samedi, le spécialiste du Paris haussmannien Michel Carmona n'hésitait pas à parler des tours comme d'un «tabou» pour Paris. «Paris a admis que son gabarit haussmannien lui convenait bien et souhaite préserver sa cohérence, l'unité de son paysage enviée dans le monde entier».

L'UNESCO elle-même n'a-t-elle pas encouragé cette prudence ? Sous-directeur général pour la culture, Francesco Bandarin avait exprimé en octobre 2013 un avis négatif sur les projets de tours à Paris, «l'une des rares villes horizontales préservées au monde».

Nouvelle donne politique

Ces considérations ne doivent pas faire oublier la part de jeu politique dans la décision du Conseil de Paris lundi. Bon nombre de détracteurs de Triangle ne se disent pas opposés aux tours dans l'absolu -l'UMP et l'UDI y étaient d'ailleurs favorables jusqu'en juillet 2013.

«Une tour Triangle réécrite, avec la volonté d'aboutir, cela changerait la donne», soulignait ainsi la semaine dernière le président du groupe UDI-MoDem, Eric Azière. Et l'élu de suggérer une évolution de la programmation de la tour et une «redéfinition» de sa relation avec le site du Parc des Expositions de Versailles où elle doit s'implanter.

Le député-maire UMP du XVe Philippe Goujon se disait lui aussi le 26 octobre ouvert à un autre projet: «Je n'étais pas hostile à une tour au départ, il n'y a pas de raison que je m'oppose, par principe, à une autre tour», a-t-il expliqué.

En réalité, Triangle semble d'abord victime d'une nouvelle donne politique, qui a vu le Parti socialiste et le Parti communiste (favorables à la Tour) perdre la majorité absolue au Conseil de Paris lors des municipales de mars, tandis que la candidate de l'UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, fraîchement arrivée dans le jeu parisien, adoptait une position en rupture avec celle de son groupe.

Rappelant l'aversion des Parisiens pour la Tour Montparnasse, construite en 1974, l'ancienne ministre sarkozyste n'a eu de cesse de clamer son hostilité aux projets de tour «isolée».

Si la députée de l'Essonne a pris ce parti, «c'est parce que j'étais pour et il fallait qu'elle soit contre», a grincé mardi sur RTL la maire de Paris PS Anne Hidalgo. L'édile n'a pas renoncé pour autant à Triangle, et a chargé son adjoint à l'urbanisme Jean-Louis Missika de «trouver un consensus» avec les élus de bonne volonté, en amendant le projet.

Deux autres tours sont par ailleurs sur les rails: le futur palais de justice de Paris, qui devrait voir le jour en 2017 aux Batignolles (XVIIe), et Duo, deux tours de 175 et 115 mètres dessinées par Jean Nouvel pour le quartier Masséna (XIIIe), dont le permis de construire est en cours d'instruction.

Faute de majorité, la maire de Paris a annoncé dès son élection qu'elle ne lancerait pas d'autres projets de gratte-ciel avant la fin de sa mandature, en 2020. Ceux-ci devraient en revanche continuer à fleurir de l'autre côté du périphérique, à La Défense et à Issy-les-Moulineaux.

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