Peter Simons: le respect d'une tradition familiale

Donald Simons, quatrième président de La Maison Simons,... (Photothèque Le Droit, Simon Séguin-Bertrand)

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Donald Simons, quatrième président de La Maison Simons, sa femme, et leurs fils, Richard et Peter (respectivement directeur des achats et président de l'entreprise), lors de l'ouverture du 10e magasin, à Gatineau, le 13 août 2015.

Photothèque Le Droit, Simon Séguin-Bertrand

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Depuis 175 ans, le destin de La maison Simons et celui de la ville de Québec sont étroitement liés. De père en fils, cinq générations se sont succédé pour faire du petit commerce d'origine une enseigne de prestige et un leader de la mode. Pendant ce temps, Québec passait d'une petite ville coloniale britannique à une grande agglomération urbaine et moderne du XXIe siècle. Survol de ces deux histoires intimement liées. »

Josée Guimond

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) L'histoire de La Maison Simons s'écrit depuis 175 ans. Une histoire commerciale et entrepreneuriale, mais avant tout, une longue tradition de valeurs humaines et familiales, basées sur le respect des gens et l'amour du travail bien fait. Des valeurs qu'incarne aujourd'hui le cinquième pdg de l'entreprise, Peter Simons.

Le magasin de la Côte de la Fabrique,... (Archives Le Soleil) - image 1.0

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Le magasin de la Côte de la Fabrique, à Québec, décoré pour le temps des Fêtes

Archives Le Soleil

Le célèbre logo et la boîte verte emblématique... (Photo fournie par Simons) - image 1.1

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Le célèbre logo et la boîte verte emblématique de Simons.

Photo fournie par Simons

«Dans nos choix, quand on fait des affaires, on veut que nos valeurs comptent. À la base, ne jamais s'écarter de la vérité, de la beauté, et s'occuper des gens. La communauté, c'est fondamental : ça touche à la générosité, et à l'idée de jouer un rôle qui est plus large que nous», répond M. Simons quand on lui demande de résumer la «philosophie» et les valeurs qui guident l'entreprise, au-delà des considérations commerciales.

À 51 ans, Peter Simons est à la tête de la compagnie depuis 19 ans. Il représente la cinquième génération, de père en fils, à voir aux destinées de l'entreprise. Une tradition familiale importante, transmise d'une génération à l'autre, mais qui n'a jamais été «imposée».

«Oui, on parlait de notre histoire à la maison mais on a toujours vécu dans le présent, raconte-t-il. Et mes parents n'ont jamais voulu nous faire sentir l'obligation de travailler au magasin. Le plus important pour moi, à part les anecdotes et les histoires - comme ma grand-mère qui faisait des sandwichs aux clients pendant la vente de janvier en 1940 - c'est les actions : voir mon père aller travailler tous les jours très heureux, passionné, même s'il travaillait très fort, voir sa fierté.»

M. Simons accorde justement à son père Donald, qui a dirigé la compagnie pendant 43 ans, tout le mérite de la pérennité de l'entreprise. «Mon père est l'architecte de notre destin, c'est sa vision de l'avenir qui nous a amenés jusqu'ici.»

Tout de même, sous la gouverne de Peter Simons, la compagnie est demeurée très prospère, et l'expansion de La Maison s'est accélérée. Depuis 1999, sept magasins ont ouvert leurs portes, et on prévoit que huit autres le feront d'ici 2019 (des investissements de plus de 200 millions $), faisant passer le chiffre d'affaires de l'entreprise de 350 à 700 millions $. 

Pourtant, le commerce de détail, ici et ailleurs, vit des heures difficiles, autant pour les grands joueurs du marché que pour les plus petits. «Ce n'est pas la taille qui nous protège, une entreprise, ça demeure fragile. Peut-être que je me trompe de faire de l'expansion. Ça va peut-être marcher, peut-être pas, mais on a mis toutes nos billes dans le jeu parce qu'on y croit. C'est facile de construire des magasins, mais on veut que ce soit profitable, et surtout, on veut remplir nos obligations envers nos partenaires, nos employés, et nos clients.

«On prend un risque entrepreneurial mais on a du support : par exemple, Louis Vachon, le patron de la Banque Nationale, puis de la Banque de Montréal,... on ne fait pas ça tout seul. Mais ne nous trompons pas : si je ne donne pas un service hors pair, et que je ne suis pas de classe mondiale, je serai balayé», ajoute Peter Simons qui, bien que pragmatique et réaliste, est très positif devant l'avenir. «Nous sommes un petit poisson dans l'étang mondial mais je n'ai pas peur : un petit poisson bouge plus vite et, j'espère, a besoin d'être plus intelligent!»

La liberté du privé

La Maison Simons est aujourd'hui la plus vieille entreprise privée familiale au Canada qui, pour l'instant, demeurera justement privée. «On a voulu maintenir un capital fermé familial parce qu'on croyait qu'on pourrait mieux remplir nos objectifs social et commercial, en étant plus libres de certaines contraintes du marché. Ça nous permet aussi de créer plus facilement des collaborations avec des gens stimulants et intéressants, des designers ou des artistes avec qui on a envie de travailler.»

À la question du Soleil «est-ce qu'un jour, Simons pourrait être une entreprise inscrite à la Bourse», M. Simons répond que non... mais souligne que «l'avenir est complexe, et les demandes sont lourdes pour les entreprises privées».

«Je pense que si j'avais été en Bourse, j'aurais perdu mon emploi plusieurs fois!» lance également en riant l'homme d'affaires. «Comment expliquer devant un C. A. que je veux embaucher Guido Molinari [aujourd'hui décédé, qui a réalisé une oeuvre dans le commerce de Montréal], que ça va coûter X dollars pour une oeuvre d'art dans un magasin... Peut-être, mais ils voudraient ensuite savoir quel est le retour sur l'investissement! Être privé, ça nous laisse de l'espace pour faire... des "folies"?»

Selon Peter Simons, si la compagnie avait été publique, la maison-mère de la côte de la Fabrique n'aurait probablement jamais été rénovée et agrandie, car il n'y avait aucune logique d'affaires derrière ça, plutôt «une logique plus complexe d'appartenance». «Mon grand-père est mort ici à 51 ans, j'ai vu mon père ici des années, dans son gros bureau, puis passer à un plus petit bureau... Mon coeur est ici.»

Le coeur de la compagnie est aussi là pour y rester car malgré l'expansion, les Simons, tant Peter que Richard (son frère, aussi directeur des achats), n'ont aucun désir de déménager le siège social... ni de déménager eux-mêmes d'ailleurs, de la ville à laquelle ils sont si attachés.

Leur sentiment d'appartenance envers Québec et ses citoyens s'est d'ailleurs traduit par le legs, en 2008, de la fontaine de Tourny, qui a coûté 4 millions $ aux Simons. «C'est la suite logique à nos valeurs... même si ça a pris une envergure un peu hors de proportion», affirme en souriant le discret Peter Simons, que la grande reconnaissance des gens d'ici a beaucoup touché... mais presque embarrassé. «Je vois le monde en profiter et je suis content. C'est important de créer de belles places. La beauté, c'est fort : ça remonte le moral, ça donne espoir, et ça encourage à rêver et voir plus loin.»

Une beauté également présente dans tous les magasins, par une architecture distinctive à chacun, mais aussi par de nombreuses oeuvres d'art. «Je n'ai pas de mérite : mon père appréciait l'art, c'était une passion pour lui, et il m'a transmis ça. On veut rendre les magasins particuliers, significatifs, et on espère que les gens l'apprécient.»

L'avenir

Dans le futur, La Maison Simons continuera sa croissance, mais toujours à une échelle humaine. La bannière pourrait, à terme, compter 20 ou 25 magasins, au maximum. «On n'a aucun désir d'avoir des magasins à tous les coins de rue. On veut une entreprise de qualité, qui résonne dans le coeur et dont on est fier. Être "gros"? Qui est fier d'être gros? Est-ce si important? Vraiment?» s'interroge tout haut Peter Simons, connaissant déjà la réponse.

En entrevue, M. Simons se fait poser régulièrement la question d'une éventuelle sixième génération à la tête de l'entreprise familiale. Lui-même a deux enfants (de 12 et 14 ans) et son frère Richard en a trois. «Mon frère et moi, on veut qu'ils trouvent quelque chose qui les intéresse. Tous les enfants sont les bienvenus, mais ça va au mérite, il n'y a pas de népotisme. Quand je suis entré au magasin, mon père m'a dit : "Je te le dis, si tu ne fais pas l'affaire, je vais te mettre à la porte, et ce ne sera pas parce que je ne t'aime pas". Je suis resté... mais je me suis fait parler une couple de fois!»

Maintenant que la présence canadienne de Simons grandit, songe-t-il à une percée au sud de la frontière? Le site Web transactionnel est ouvert au marché américain mais pour le reste... «On a déjà eu des offres... mais dans ma tête, notre histoire est québécoise et canadienne. On va écrire ce chapitre-là dans notre histoire... et ce sera peut-être pour une autre génération à prendre d'autres décisions.»

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